Quebec
Règlement d'une succession au Québec : le guide

Le Québec règle les successions selon le Code civil, et non la common law : il n'y a donc pas d'impôt sur l'homologation à la manière ontarienne, un testament notarié n'a jamais besoin d'être vérifié par un tribunal, et la personne responsable s'appelle le liquidateur, et non l'exécuteur testamentaire.
Pourquoi le Québec règle les successions autrement
Le Québec est la seule province canadienne régie par une tradition de droit civil, énoncée dans le Code civil du Québec, plutôt que par la common law utilisée partout ailleurs au Canada. Les successions portent ce nom, la personne qui les administre est le liquidateur, et le processus visant à prouver un testament s'appelle la vérification (vérification du testament) plutôt que l'homologation.
Il n'existe aucun équivalent de l'impôt ontarien sur l'administration des successions (Estate Administration Tax) ni de la loi britanno-colombienne sur les frais d'homologation (Probate Fee Act). Le Québec n'impose aucuns frais proportionnels à la valeur de la succession pour l'administrer. Les seuls coûts qui existent sont des frais fixes liés à la vérification de certains testaments, en plus des honoraires notariaux et des frais d'enregistrement habituels, et non une taxe fondée sur la taille de la succession.
Les trois types de testaments et le moment où la vérification s'applique
Le Québec reconnaît trois formes valides de testament, et seulement deux d'entre elles nécessitent une vérification après le décès.
- Testament notarié : préparé et reçu devant un notaire, signé en présence de témoins, et conservé dans le greffe du notaire. Comme le notaire a déjà confirmé l'identité et la capacité du testateur au moment de sa rédaction, le testament notarié est un acte authentique. Il n'a pas besoin d'être vérifié après le décès et peut être utilisé immédiatement dès que le notaire délivre une copie certifiée.
- Testament olographe : entièrement écrit et signé de la main du testateur, sans témoins. Valide au Québec, mais il doit être vérifié après le décès.
- Testament devant témoins : signé en présence de deux témoins, mais pas devant un notaire. Également valide, et il doit lui aussi être vérifié après le décès.
La vérification confirme que le document est authentique et a été validement rédigé. Elle peut se faire de deux façons : par une demande non contentieuse devant un notaire, ou par une demande présentée à la Cour supérieure du Québec. Dans les deux cas, des frais fixes de tribunal ou de notaire s'appliquent, liés à la démarche elle-même et non à la valeur de la succession. C'est la raison pratique pour laquelle le testament notarié est souvent recommandé au Québec : c'est la seule forme qui évite complètement l'étape de la vérification.
Qui agit comme liquidateur
Le liquidateur est l'équivalent, au Québec, de l'exécuteur testamentaire ou du fiduciaire de la succession. La plupart des testaments désignent directement un ou plusieurs liquidateurs. Si le testament n'en désigne aucun, ou si la personne est décédée sans testament, les héritiers doivent désigner un liquidateur à la majorité, ou s'adresser à la Cour supérieure pour en faire nommer un si les héritiers n'arrivent pas à s'entendre.
Une personne désignée comme liquidateur n'est pas obligée d'accepter ce rôle. L'accepter entraîne un ensemble d'obligations légales envers les héritiers et les créanciers de la succession ; la personne désignée devrait donc confirmer qu'elle est disposée et apte à assumer ce rôle avant d'agir.
Étape par étape : comment se règle une succession au Québec
- Retrouver le testament et confirmer sa nature. Effectuer une recherche dans le registre de la Chambre des notaires du Québec et dans celui du Barreau du Québec, qui couvrent ensemble les testaments notariés et les testaments déposés chez un avocat. Cette recherche confirme s'il existe un testament plus récent et quelle forme de testament s'applique.
- Obtenir le certificat de décès auprès du Directeur de l'état civil ; il est nécessaire pour presque toutes les étapes qui suivent, y compris les comptes bancaires, les prestations de retraite et les déclarations fiscales.
- Faire vérifier le testament si nécessaire. Un testament olographe ou un testament devant témoins doit être soumis à un notaire ou à la Cour supérieure pour vérification avant de pouvoir être utilisé. Un testament notarié échappe à cette étape.
- Confirmer ou accepter le rôle de liquidateur, et inscrire un avis désignant le liquidateur, ainsi qu'un avis attestant que la recherche testamentaire a été effectuée, au Registre des droits personnels et réels mobiliers (RDPRM), le registre québécois des droits personnels et réels mobiliers.
- Préparer un inventaire complet de l'actif et du passif de la personne décédée. Le liquidateur doit publier un avis de l'inventaire et inscrire un avis de clôture de l'inventaire au RDPRM une fois celui-ci terminé, ce qui donne aux créanciers et aux héritiers un délai pour l'examiner.
- Laisser les héritiers décider d'accepter ou de renoncer. Une fois l'inventaire disponible, chaque héritier peut accepter la succession, l'accepter jusqu'à concurrence de la valeur de ce qu'il reçoit (ce qui limite son exposition personnelle aux dettes), ou y renoncer entièrement.
- Payer les dettes et les legs à même les biens de la succession avant toute distribution aux héritiers.
- Préparer une déclaration de transmission pour tout immeuble appartenant à la personne décédée. Ce document notarié transfère le titre de propriété au nom des héritiers ou du liquidateur et est publié au Registre foncier du Québec.
- Produire les déclarations fiscales finales : la déclaration fédérale T1 auprès de l'Agence du revenu du Canada et la déclaration québécoise TP-1 auprès de Revenu Québec, couvrant l'année du décès. Des déclarations supplémentaires peuvent être nécessaires si la succession elle-même génère des revenus pendant son administration.
- Obtenir les certificats de décharge de l'ARC et de Revenu Québec avant de distribuer les biens restants. Un certificat de décharge confirme que tous les impôts, intérêts et pénalités dus par la personne décédée et par la succession ont été payés ou pris en compte. Distribuer les biens avant d'obtenir ces certificats peut rendre le liquidateur personnellement responsable des impôts impayés.
- Distribuer les biens restants aux héritiers conformément au testament ou, en l'absence de testament, conformément aux règles du Code civil sur les successions ab intestat, et fournir une reddition de compte finale.
Accepter ou renoncer à une succession
Le droit québécois donne à chaque héritier un véritable choix au décès d'une personne. Un héritier qui accepte purement et simplement la succession peut être tenu responsable des dettes de la personne décédée jusqu'à concurrence de la valeur de ce qu'il hérite. Un héritier qui n'est pas certain que les dettes dépassent l'actif peut attendre l'inventaire du liquidateur avant de se décider, et peut renoncer entièrement à la succession s'il s'avère qu'elle comporte plus de passif que d'actif. La renonciation doit se faire de façon formelle, généralement par acte notarié ou par déclaration déposée au tribunal, et elle est irrévocable une fois faite.
Ce qui limite réellement la liberté de tester au Québec
Les provinces de common law limitent la liberté du testateur principalement par des recours en créance alimentaire des personnes à charge ou en modification du testament, où un conjoint ou un enfant peut demander à un tribunal d'écarter le testament parce qu'il a été omis ou insuffisamment pourvu. Le Québec a une obligation de soutien plus restreinte (obligation alimentaire) : un conjoint survivant, un ex-conjoint à qui une pension est encore due, ou un enfant dans le besoin peut réclamer une pension alimentaire à même la succession, mais cette réclamation doit généralement être présentée dans les six mois suivant le décès.
La contrainte la plus importante au Québec est le patrimoine familial, un mécanisme du Code civil qui s'applique automatiquement aux conjoints mariés et unis civilement. Au décès, avant même que le testament ne prenne effet, certains biens familiaux accumulés pendant le mariage, comme la résidence familiale, les véhicules utilisés par la famille et l'épargne-retraite accumulée pendant le mariage, sont évalués et partagés à parts à peu près égales entre le conjoint survivant et la succession de la personne décédée. Ce partage se fait indépendamment de ce que prévoit le testament, à moins que le couple n'ait validement renoncé aux règles du patrimoine familial par contrat de mariage avant certaines dates qui permettaient d'y renoncer. Les conjoints de fait au Québec ne sont pas couverts par le patrimoine familial, ce qui constitue une différence importante par rapport à la façon dont certaines autres provinces traitent les conjoints non mariés de longue date.
Comment le Québec se compare au reste du Canada
| Québec | La plupart des autres provinces | |
|---|---|---|
| Personne responsable | Liquidateur | Exécuteur testamentaire / fiduciaire de la succession / administrateur |
| Droit applicable | Code civil du Québec | Common law + lois provinciales sur les testaments et successions |
| Testament notarié | Aucune vérification nécessaire | Catégorie de testament non reconnue |
| Testament olographe ou devant témoins | Doit être vérifié par un notaire ou la Cour supérieure, frais fixes | Doit être homologué par le tribunal, souvent des frais proportionnels à la valeur |
| Structure des frais d'homologation | Frais fixes pour la vérification seulement, sans lien avec la valeur de la succession | L'Ontario, la Colombie-Britannique et la plupart des autres provinces exigent des frais proportionnels à la valeur de la succession |
| Protection du conjoint | Partage du patrimoine familial (conjoints mariés ou unis civilement seulement) | Demandes de créance alimentaire des personnes à charge / modification du testament |
Pages connexes
Consultez les obligations de l'exécuteur testamentaire au Canada pour voir comment les responsabilités du liquidateur se comparent au rôle de l'exécuteur testamentaire dans les provinces de common law, et testament notarié c. testament olographe pour un examen plus approfondi des raisons pour lesquelles le testament notarié québécois évite la vérification. En cas d'inaptitude avant le décès, le mandat de protection québécois fonctionne différemment des procurations des autres provinces, un sujet traité dans la procuration au Canada. Pour un portrait complet des coûts d'homologation partout au pays, visitez le carrefour des testaments et successions.
Avis de non-responsabilité : Cet article fournit des renseignements généraux sur la façon dont les successions sont réglées au Québec et ne constitue pas un avis juridique. Les règles relatives aux successions, à la fiscalité et au patrimoine familial peuvent changer, et chaque succession est différente. Consultez un notaire ou un avocat québécois pour obtenir un avis adapté à une situation particulière.
Questions fréquentes
Le Québec impose-t-il un impôt sur l'homologation comme l'Ontario ?
Non. Le Québec n'a pas d'impôt sur l'homologation fondé sur la valeur. Il n'impose que des frais fixes pour la vérification d'un testament olographe ou d'un testament devant témoins, en plus des honoraires notariaux et des frais d'enregistrement habituels. Un testament notarié évite complètement les frais de vérification.
Qui est le liquidateur et comment est-il choisi ?
Le liquidateur est l'équivalent, au Québec, de l'exécuteur testamentaire. La plupart des testaments en désignent un directement. Si aucun n'est désigné, les héritiers choisissent un liquidateur à la majorité, ou s'adressent à la Cour supérieure s'ils n'arrivent pas à s'entendre.
Qu'est-ce que le RDPRM et pourquoi est-il important pour une succession ?
Le RDPRM est le Registre des droits personnels et réels mobiliers du Québec. Le liquidateur doit y inscrire un avis le désignant et confirmant la recherche testamentaire, puis plus tard un avis de clôture de l'inventaire, afin que les créanciers et les héritiers soient informés publiquement de l'état de la succession.
Un héritier peut-il refuser d'accepter une succession au Québec ?
Oui. Un héritier peut accepter la succession, l'accepter jusqu'à concurrence de la valeur des biens reçus, ou y renoncer entièrement, généralement après avoir examiné l'inventaire du liquidateur pour voir si les dettes dépassent l'actif.
À quoi sert une déclaration de transmission ?
C'est le document notarié qui transfère le titre de propriété d'un immeuble appartenant à une personne décédée aux héritiers ou au liquidateur. Elle est publiée au Registre foncier du Québec et est requise avant qu'un immeuble puisse être vendu ou formellement transféré.
Le patrimoine familial a-t-il préséance sur un testament québécois ?
Pour les conjoints mariés ou unis civilement, oui en partie. Certains biens familiaux sont évalués et partagés à parts à peu près égales entre le conjoint survivant et la succession avant que le testament ne prenne effet, peu importe ce qu'il prévoit, à moins que le couple n'ait validement renoncé à ce partage par contrat de mariage.
Sources et références
- Quebec.ca : Régler la succession d'une personne décédée(quebec.ca).gov
- Quebec.ca : Faire vérifier un testament(quebec.ca).gov
- Justice Québec : Testaments et successions(quebec.ca).gov
- Revenu Québec : Liquidateurs d'une succession (certificat de décharge/distribution)(revenuquebec.ca).gov
- Agence du revenu du Canada : Certificat de décharge(canada.ca).gov
- Gouvernement du Québec : RDPRM (registre des droits personnels et réels mobiliers)(rdprm.gouv.qc.ca).gov