Décès sans testament au Canada : la succession ab intestat

Si vous décédez sans testament valide au Canada, c'est la loi provinciale, et non vos volontés personnelles, qui décide de l'héritage de votre succession et de son ordre.
Ce que signifie « décéder sans testament » au Canada
Décéder « ab intestat » signifie qu'une personne est décédée sans testament valide, ou avec un testament qui ne dispose pas de la totalité de la succession. Dans les deux cas, la province ou le territoire où le défunt était domicilié applique sa propre loi sur la succession ab intestat pour déterminer qui hérite. Chaque province a des règles différentes, de sorte que le résultat peut varier considérablement pour une même famille selon l'endroit où le défunt vivait.
Ces lois comprennent la Succession Law Reform Act de l'Ontario, la Wills, Estates and Succession Act (WESA) de la Colombie-Britannique, la Wills and Succession Act de l'Alberta, l'Intestate Succession Act, 2019 de la Saskatchewan, et des lois similaires dans toutes les autres provinces. Le Québec fait exception : il applique les règles du Code civil du Québec sur les successions plutôt qu'une loi de type common law sur la succession ab intestat.
Le droit de la succession ab intestat comble un vide. Il ne sait pas que vous vouliez qu'un frère ou une sœur en particulier reçoive des objets de famille, que vous vouliez léguer un don précis à un ami ou à un organisme de bienfaisance, ou que vous vouliez qu'un conjoint de fait soit traité de la même façon qu'un époux marié. Il applique une formule fixe selon les proches qui survivent.
L'ordre de succession en cas de décès sans testament
Bien que les montants en dollars diffèrent, les provinces de common law suivent généralement la même hiérarchie de base.
- Conjoint et descendants (enfants, petits-enfants) survivants : le conjoint reçoit une part préférentielle, un montant fixe en dollars, plus une portion du reliquat; les descendants se partagent le reste.
- Conjoint survivant sans descendant : le conjoint reçoit généralement la totalité de la succession.
- Aucun conjoint, mais des descendants survivants : les descendants se partagent la succession à parts égales, par souche, ce qui signifie que la part d'un enfant décédé passe aux propres enfants de cet enfant.
- Aucun conjoint ni descendant : les parents héritent, puis les frères et sœurs, puis les neveux et nièces, puis des proches parents plus éloignés, selon un ordre établi par la loi applicable.
- Aucun proche parent : la succession est dévolue à la Couronne du chef de la province.
Le terme « conjoint », dans toutes les provinces sauf dans le cadre du Code civil du Québec, désigne généralement une personne légalement mariée au défunt au moment du décès. Un divorce, ou dans certaines provinces une séparation, met fin au statut de conjoint aux fins de la succession ab intestat. La question de savoir si un conjoint de fait non marié compte comme « conjoint » aux fins de la succession ab intestat est le point où les provinces divergent nettement, comme expliqué plus loin.
La part préférentielle du conjoint par province
Avant que les enfants ou d'autres proches ne reçoivent quoi que ce soit, la plupart des provinces accordent au conjoint survivant une « part préférentielle », un montant fixe en dollars versé avant tout le reste de la succession. Ce n'est qu'après le versement de la part préférentielle que le reliquat est partagé entre le conjoint et les descendants.
| Province | Part préférentielle | Loi applicable |
|---|---|---|
| Ontario | 350 000 $, montant augmenté depuis 200 000 $ à compter du 1er mars 2021 | Succession Law Reform Act |
| Colombie-Britannique | 300 000 $ si tous les descendants sont aussi des descendants du conjoint survivant; 150 000 $ si certains descendants ne le sont pas | Wills, Estates and Succession Act (WESA) |
| Alberta | Aucune part préférentielle fixe lorsque tous les descendants sont partagés avec le conjoint; le conjoint ou le partenaire interdépendant adulte hérite alors de la totalité de la succession. Lorsque certains descendants ne sont pas ceux du conjoint, un montant prescrit par la loi s'applique avant le partage du reliquat. | Wills and Succession Act |
| Saskatchewan | 100 000 $ | Intestate Succession Act, 2019 |
| Manitoba, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Île-du-Prince-Édouard, Terre-Neuve-et-Labrador | Chacune fixe son propre montant de part préférentielle dans sa loi sur la succession ab intestat, et le montant est révisé périodiquement. Vérifiez le montant en vigueur auprès de la loi provinciale applicable avant de vous y fier. | Loi provinciale sur la succession ab intestat |
| Québec | Aucune part préférentielle; la dévolution suit plutôt les fractions prévues au Code civil | Code civil du Québec |
Après le versement de la part préférentielle, le cas échéant, le reliquat est généralement partagé de la façon suivante dans les provinces de common law. Si le défunt laisse un seul enfant, le conjoint et cet enfant se partagent habituellement le reliquat à parts égales. Si plus d'un enfant survit, le conjoint reçoit généralement le tiers du reliquat et les enfants se partagent les deux tiers à parts égales entre eux, sous réserve de la formule exacte de chaque province.
Les conjoints de fait : un piège important
La question de savoir si un conjoint de fait hérite automatiquement en cas de succession ab intestat est l'une des différences les plus lourdes de conséquences entre les provinces, et c'est une source fréquente de malentendus.
- Ontario : les règles de succession ab intestat de la Succession Law Reform Act emploient le terme « conjoint » au sens d'époux légalement marié. Un conjoint de fait, peu importe la durée de la relation, ne reçoit pas automatiquement la part préférentielle ni la part des descendants. Un conjoint de fait survivant peut demander, à titre de personne à charge, un soutien financier de la succession, mais il s'agit d'une démarche distincte et discrétionnaire, et non d'un héritage automatique.
- Colombie-Britannique : la WESA définit « conjoint » comme incluant une personne ayant vécu avec le défunt dans une relation de type conjugal pendant au moins deux ans, ou avec qui le défunt a eu un enfant, à moins que la relation n'ait pris fin avant le décès. Un conjoint de fait admissible hérite en cas de succession ab intestat en Colombie-Britannique de la même façon qu'un époux marié.
- Alberta : la Wills and Succession Act emploie le terme « partenaire interdépendant adulte », un statut généralement accessible après trois ans de cohabitation, ou plus tôt en présence d'une entente d'interdépendance ou d'un enfant commun, et traite un partenaire admissible de la même façon qu'un époux marié aux fins de la succession ab intestat.
- Saskatchewan : l'Intestate Succession Act, 2019 inclut un conjoint de fait cohabitant, généralement après deux ans de cohabitation ou une période plus courte en présence d'un enfant, dans la définition de « conjoint ».
Comme les règles varient autant, un couple en union de fait ne devrait pas présumer que sa province traite la situation de la même façon qu'une autre province. C'est l'une des raisons les plus claires pour lesquelles un testament est important, même pour les couples qui se considèrent comme mariés en tout, sauf en titre.
Aucun proche parent vivant : la déshérence au profit de la Couronne
Si aucune recherche ne permet de trouver un conjoint, un descendant, un parent, un frère ou une sœur, un neveu, une nièce, ni aucun autre proche parent dans le degré de parenté reconnu par la loi, la succession ne reste pas en suspens. Elle est dévolue, c'est-à-dire qu'elle passe à la Couronne du chef de la province, par exemple en vertu de l'Escheats Act, 2015 de l'Ontario, ou de l'Escheat Act de la Colombie-Britannique. Les provinces prévoient généralement un processus permettant à une personne qui se manifeste plus tard avec une preuve valide de lien de parenté de réclamer les biens, mais seulement dans un délai limité. Ce résultat demeure rare en pratique, car le droit successoral provincial ratisse large avant d'en arriver à la déshérence.
Le Québec : la dévolution selon le Code civil
Le Québec n'a pas de loi sur la succession ab intestat. La succession sans testament, appelée succession ab intestat, est régie par les règles du Code civil du Québec sur la dévolution légale. Le Code partage la succession selon des fractions fixes, en fonction des catégories de proches qui survivent.
- Conjoint et descendants : le conjoint reçoit le tiers de la succession; les descendants se partagent les deux tiers restants.
- Conjoint et ascendants ou collatéraux privilégiés, c'est-à-dire les parents ou les frères et sœurs, mais aucun descendant : le conjoint reçoit les deux tiers; les ascendants et collatéraux privilégiés se partagent le tiers restant.
- Conjoint seul, sans descendant ni ascendant ou collatéral privilégié : le conjoint reçoit la totalité de la succession.
- Aucun conjoint : les descendants héritent de tout; s'il n'y en a pas, les ascendants et collatéraux héritent selon d'autres règles du Code civil.
Le terme « conjoint », dans les règles de dévolution du Code civil du Québec, désigne un époux marié ou un conjoint uni civilement. Le Québec n'étend pas les droits de succession ab intestat à un conjoint de fait, même en présence d'une relation de longue durée. Un conjoint de fait au Québec n'a aucun droit automatique d'hériter en l'absence de testament, un piège encore plus marqué que celui de l'Ontario. Un liquidateur, l'équivalent québécois d'un exécuteur testamentaire ou d'un administrateur de succession, est nommé pour régler la succession, habituellement l'un des héritiers, à moins que le tribunal ne nomme une autre personne.
Demander l'administration d'une succession ab intestat
En l'absence de testament, il n'y a pas de liquidateur ni d'exécuteur désigné. Une personne intéressée, habituellement le conjoint survivant ou un enfant majeur, doit plutôt demander au tribunal l'autorisation d'administrer la succession : un Certificat de nomination à titre de fiduciaire de succession sans testament en Ontario, des lettres d'administration dans la plupart des autres provinces de common law, ou au Québec, une nomination à titre de liquidateur lorsque les héritiers ne s'entendent pas. L'administrateur nommé par le tribunal a les mêmes obligations de base qu'un exécuteur testamentaire : repérer et évaluer les biens, payer les dettes et les impôts, puis distribuer ce qui reste selon la formule de succession ab intestat applicable, et non selon les volontés non écrites du défunt.
Pourquoi c'est important : rédigez un testament
Le droit de la succession ab intestat ne peut pas tenir compte d'une famille recomposée, d'un conjoint de fait, d'un organisme de bienfaisance préféré, de legs particuliers, ni d'un tuteur privilégié pour des enfants mineurs. Il applique une formule universelle qui peut ne pas correspondre à ce que le défunt aurait souhaité, et elle peut laisser à un conjoint de fait survivant beaucoup moins que ce qu'un époux survivant recevrait dans la même province. Toute personne vivant en union de fait, toute personne ayant une famille recomposée, ou toute personne qui souhaite avoir son mot à dire sur ses héritiers devrait rédiger un testament valide.
Consultez notre guide sur la rédaction d'un testament au Canada pour connaître les formalités exigées par chaque province, et sur les obligations du liquidateur au Canada pour savoir ce que la personne qui règle une succession, avec ou sans testament, doit réellement faire. Notre carrefour testaments et homologation couvre le reste du portrait de la planification successorale au Canada, y compris les frais d'homologation par province.
Avis de non-responsabilité : Cet article fournit des renseignements généraux sur le droit de la succession ab intestat au Canada et ne constitue pas un avis juridique. Les règles provinciales, les montants en dollars et les seuils changent au fil du temps; vérifiez les montants actuels auprès de la loi provinciale applicable ou auprès d'un avocat ou d'un notaire autorisé avant de prendre des décisions concernant une succession.
Questions fréquentes
Qu'arrive-t-il à mes biens si je décède sans testament au Canada ?
La loi de votre province sur la succession ab intestat détermine qui hérite, selon un ordre fixe, habituellement en commençant par le conjoint survivant et les enfants, puis les parents, puis les frères et sœurs et les autres proches. Un tribunal nomme un administrateur pour distribuer la succession selon cette formule plutôt que selon vos volontés non écrites.
Mon conjoint de fait hérite-t-il automatiquement si je décède sans testament ?
Cela dépend de la province. Les règles de succession ab intestat de l'Ontario n'incluent pas les conjoints de fait dans la part du conjoint. La Colombie-Britannique, l'Alberta et la Saskatchewan reconnaissent un conjoint de fait ou un partenaire interdépendant adulte admissible comme conjoint aux fins de la succession ab intestat. Le Code civil du Québec n'étend pas du tout la succession ab intestat à un conjoint de fait.
Qu'est-ce qu'une part préférentielle du conjoint ?
Il s'agit d'un montant fixe en dollars que reçoit le conjoint survivant avant que le reliquat d'une succession ab intestat ne soit partagé avec les enfants. Le montant varie considérablement selon la province, par exemple 350 000 $ en Ontario et 100 000 $ en Saskatchewan.
Qui devient l'exécuteur s'il n'y a pas de testament ?
Il n'y a pas d'exécuteur sans testament. Une personne intéressée, habituellement le conjoint survivant ou un enfant majeur, doit plutôt demander au tribunal l'autorisation d'administrer la succession, appelée Certificat de nomination à titre de fiduciaire de succession sans testament en Ontario, ou lettres d'administration dans la plupart des autres provinces.
Qu'arrive-t-il si une personne décède sans aucun proche parent vivant ?
Si aucun conjoint, descendant, parent, frère ou sœur, ni autre proche parent ne peut être retrouvé, la succession est dévolue à la Couronne du chef de la province. Les provinces permettent généralement à une personne pouvant prouver un lien de parenté admissible de présenter une réclamation ultérieure, dans un délai limité.
La succession ab intestat est-elle différente au Québec ?
Oui. Le Québec n'a pas de loi sur la succession ab intestat. Le Code civil du Québec partage plutôt la succession selon des fractions fixes, par exemple le tiers au conjoint et les deux tiers aux descendants lorsque les deux survivent, plutôt que le modèle de part préférentielle utilisé dans les provinces de common law.
Mises à jour
L'Ontario a augmenté la part préférentielle du conjoint en cas de succession ab intestat de 200 000 $ à 350 000 $, pour les décès survenus à compter du 1er mars 2021.
Sources et références
- Ontario : administration des successions (répartition avec ou sans testament)(ontario.ca).gov
- Impôt sur l'administration des successions (Ontario)(ontario.ca).gov
- Colombie-Britannique : après un décès, gérer les testaments et successions (succession ab intestat)(gov.bc.ca).gov
- BC Laws - Wills, Estates and Succession Act (loi sur les testaments et successions)(bclaws.gov.bc.ca).gov
- Wills and Succession Act, Alberta (succession ab intestat)(alberta.ca).gov
- Québec : décéder sans laisser de testament (héritiers légaux et partage)(quebec.ca).gov
- Justice Québec - régler une succession sans testament(quebec.ca).gov
- Canada.ca - que faire lorsqu'une personne est décédée (règlement de la succession)(canada.ca).gov