Partenaire interdépendant adulte en Alberta (PIA)

La législation albertaine n'utilise pas le terme « union de fait ». Les couples non mariés qui répondent au critère légal deviennent plutôt des « partenaires interdépendants adultes » (PIA) en vertu de l'Adult Interdependent Relationships Act, qui, depuis le 1 janvier 2020, leur accorde aussi un droit légal à la division des biens.
L'Alberta ne parle pas d'« union de fait »
Beaucoup d'Albertains parlent de leur partenaire non marié comme de leur « conjoint de fait », mais cette expression n'apparaît nulle part dans les lois familiales de l'Alberta. En 2003, l'Alberta a remplacé ce concept par un statut légal défini: le partenaire interdépendant adulte (adult interdependent partner, PIA), créé par l'Adult Interdependent Relationships Act (AIRA). Ce changement était délibéré. Plutôt que de rattacher droits et obligations à la seule cohabitation de type conjugal, l'Alberta a construit un statut fondé sur l'« interdépendance », qui peut, dans des circonstances limitées, inclure des personnes qui ne forment pas du tout un couple.
Le fait qu'une personne soit admissible ou non au statut de PIA a une incidence sur la pension alimentaire entre partenaires, la division des biens et la succession. Il s'agit d'une question factuelle et légale aux conséquences réelles, pas d'une simple étiquette.
Comment devenir partenaire interdépendant adulte
En vertu de l'AIRA, deux personnes deviennent partenaires interdépendants adultes de l'une des trois façons suivantes:
- Trois ans de cohabitation. Elles ont vécu ensemble dans une « relation d'interdépendance » pendant une période continue d'au moins 3 ans.
- Une relation dotée d'une certaine permanence, plus un enfant. Elles ont vécu ensemble dans une relation d'interdépendance pendant moins de 3 ans, mais la relation présente une certaine permanence et elles ont un enfant ensemble, par naissance ou par adoption.
- Un accord écrit. Elles signent un accord formel de partenariat interdépendant adulte, qui peut créer le statut de PIA immédiatement, sans attendre aucune période de cohabitation, à condition que les deux parties aient obtenu des conseils juridiques indépendants.
Une « relation d'interdépendance » signifie que deux personnes partagent leur vie, sont engagées émotionnellement l'une envers l'autre, et fonctionnent comme une unité économique et domestique. Les tribunaux examinent des éléments comme les finances communes, un foyer partagé et le soutien mutuel, et pas seulement la durée pendant laquelle deux personnes ont vécu à la même adresse.
Le statut de PIA ne se limite pas aux couples
Une particularité qui surprend les gens hors de l'Alberta: une relation interdépendante adulte n'a pas à être conjugale. L'AIRA permet à deux personnes qui ne forment pas un couple, par exemple deux parents adultes ou deux amis de longue date, d'être admissibles au statut de partenaires interdépendants adultes si elles satisfont au critère légal d'interdépendance et ne se trouvent pas déjà dans un degré de parenté que la loi exclut (comme un parent et son enfant). C'est l'un des aspects les plus clairs par lesquels le modèle albertain s'écarte de l'« union de fait » telle que la plupart des Canadiens la comprennent, laquelle suppose un couple de type conjugal.
Division des biens: le changement qui distingue l'Alberta
Pendant des décennies, les partenaires non mariés de l'Alberta n'ont bénéficié d'aucun régime légal de biens. Lorsqu'une relation prenait fin, un partenaire dont le nom n'apparaissait pas au titre devait s'appuyer sur des doctrines d'equity comme l'enrichissement injustifié, une voie imprévisible et coûteuse.
Cela a changé le 1 janvier 2020, lorsque la Matrimonial Property Act de l'Alberta a été renommée et réécrite pour devenir la Family Property Act, étendant pour la première fois ses règles de division des biens aux partenaires interdépendants adultes. Depuis cette date, les PIA dont la relation prend fin sont régis par le même cadre légal que les époux qui divorcent, plutôt que par des recours en equity au cas par cas.
Le point de départ est une présomption de division égale des biens familiaux, c'est-à-dire les biens acquis pendant la relation. Les tribunaux albertains peuvent ordonner une division inégale lorsqu'une division égale ne serait pas juste et équitable, mais le partage égal demeure la règle par défaut.
Certains biens sont exemptés de la division, notamment:
- Les biens que l'un ou l'autre partenaire possédait avant le début de la relation
- Les dons reçus d'un tiers pendant la relation
- Les héritages reçus pendant la relation
- Certaines indemnités pour dommages ou sommes d'assurance reçues par un seul des partenaires
Les biens exemptés ne sont toutefois pas définitivement à l'abri de toute division. Si un bien exempté prend de la valeur pendant la relation, par exemple un compte de placement antérieur à la relation qui s'apprécie, cette augmentation de valeur est divisible, généralement sur une base juste et équitable plutôt que selon un partage strict de 50/50. L'exemption protège la valeur d'origine, pas la croissance.
Un partenaire dispose généralement de 2 ans à compter de la date où il a su, ou aurait dû savoir, que la relation avait pris fin pour intenter une réclamation relative aux biens en vertu de la Family Property Act. Les partenaires peuvent aussi renoncer aux règles par défaut au moyen de leur propre accord écrit.
Pension alimentaire entre partenaires pour les PIA
La Family Law Act de l'Alberta permet à un tribunal d'ordonner une pension alimentaire entre partenaires pour un partenaire interdépendant adulte, selon des facteurs calqués de près sur les facteurs de la pension alimentaire pour époux prévus dans la Loi sur le divorce fédérale. Comme pour les époux mariés, une personne qui demande une pension alimentaire entre partenaires doit d'abord établir un droit à cette pension avant que ne se pose la question du montant ou de la durée. Les tribunaux albertains se réfèrent souvent, par analogie, aux Lignes directrices facultatives en matière de pensions alimentaires pour époux (SSAG) fédérales pour fixer le montant et la durée de la pension alimentaire entre partenaires, mais les SSAG demeurent des lignes directrices facultatives, et non une loi, pour les PIA exactement comme pour les époux qui divorcent. Elles éclairent le pouvoir discrétionnaire du tribunal; elles ne le lient pas.
Les réclamations de pension alimentaire entre partenaires sont également assujetties à un délai de prescription, généralement de 2 ans à compter de la date de fin de la relation de PIA, de sorte que tarder comporte un risque.
Comment prend fin une relation interdépendante adulte
En vertu de l'AIRA, une personne cesse d'être le partenaire interdépendant adulte de quelqu'un, et devient un « ancien » PIA, à la première des dates suivantes:
- Les partenaires signent un accord écrit démontrant leur intention de vivre séparés sans possibilité de réconciliation
- Les partenaires vivent séparés pendant plus d'un an, l'un ou les deux ayant l'intention de ne pas poursuivre la relation (une seule tentative de réconciliation de 90 jours ou moins ne fait pas repartir le délai à zéro)
- Un des partenaires se marie avec une autre personne
- L'un ou les deux partenaires obtiennent d'un tribunal une déclaration d'irréconciliabilité
Comme la date de fin détermine le point de départ des délais de prescription applicables aux biens et à la pension alimentaire, établir précisément à quel moment une relation a pris fin peut avoir une grande importance dans un litige ultérieur.
Conséquences successorales: les PIA héritent en cas de succession ab intestat
La Wills and Succession Act de l'Alberta traite un partenaire interdépendant adulte survivant de façon similaire à un époux marié survivant lorsqu'une personne décède sans testament. Si la personne décédée n'a pas d'enfants, ou seulement des enfants issus de la relation de PIA, le PIA survivant hérite généralement de la totalité de la succession. Si la personne décédée a aussi des enfants issus d'une autre relation, le PIA survivant reçoit habituellement une part préférentielle (un montant fixe ou une part de la succession, selon le plus élevé des deux), le reste étant partagé avec ces enfants. Un PIA perd ce droit successoral ab intestat si le couple était déjà séparé depuis 2 ans ou plus, ou si un tribunal avait déjà déclaré la relation irréconciliable, avant le décès.
Il s'agit d'un contraste important avec des provinces comme l'Ontario, où un conjoint de fait n'a aucun droit automatique en vertu des règles de succession ab intestat et doit plutôt demander une pension alimentaire au tribunal à titre de personne à charge. Le mariage, ou le fait d'entrer dans une nouvelle relation de PIA, ne révoque généralement pas un testament existant en Alberta comme cela peut être le cas dans certaines autres provinces, mais les PIA qui souhaitent avoir la certitude de ce qu'il adviendra de leur succession devraient tout de même avoir un testament à jour.
Époux mariés c. partenaires interdépendants adultes en Alberta
| Époux marié | Partenaire interdépendant adulte | |
|---|---|---|
| Comment le statut est créé | Cérémonie de mariage / licence | 3 ans d'interdépendance, un enfant plus une certaine permanence, ou un accord écrit |
| Loi applicable au divorce ou à la fin de la relation | Loi sur le divorce fédérale | Family Law Act provinciale / AIRA |
| Division des biens | Family Property Act, présomption de division égale | Family Property Act, présomption de division égale (depuis le 1 janvier 2020) |
| Pension alimentaire (entre époux ou partenaires) | Family Law Act ou Loi sur le divorce, fondée sur un droit à établir | Family Law Act, fondée sur un droit à établir (même cadre) |
| Utilisation des SSAG | Facultative seulement | Facultative seulement |
| Succession ab intestat | Part légale en vertu de la Wills and Succession Act | Part légale en vertu de la Wills and Succession Act, similaire à celle d'un époux |
| Comment la relation prend fin légalement | Jugement de divorce | Accord écrit, 1 an de séparation, mariage avec un tiers, ou déclaration du tribunal |
Comment l'Alberta se compare au reste du Canada
L'approche albertaine est l'un des nombreux modèles que les provinces canadiennes utilisent pour les couples non mariés. L'Ontario accorde aux conjoints de fait un droit de réclamer une pension alimentaire après 3 ans (ou plus tôt s'il y a un enfant), mais aucune égalisation automatique des biens. La Colombie-Britannique considère que 2 ans de cohabitation de type conjugal font d'une personne un « conjoint » avec des droits complets à la division des biens, la norme la plus généreuse au pays. L'Alberta se situe entre ces deux approches: elle a conservé une désignation légale distincte, « partenaire interdépendant adulte », plutôt que d'englober les partenaires non mariés sous le mot « conjoint », mais depuis 2020, elle accorde aux PIA un régime de biens presque aussi complet que celui de la Colombie-Britannique. Pour un survol province par province, consultez notre guide sur les relations de fait à travers le Canada, et pour un aperçu direct du modèle très différent de l'Ontario, consultez les relations de fait en Ontario.
Formaliser une relation de PIA
Parce que le statut de PIA repose sur des faits (la durée de la cohabitation, le fonctionnement du couple comme unité économique), et parce que ces faits peuvent réellement être contestés plus tard, de nombreux couples choisissent de signer un accord écrit de partenariat interdépendant adulte plutôt que de s'en remettre au simple écoulement du temps. Un accord écrit peut aussi servir à renoncer aux règles par défaut de division des biens et à fixer des conditions différentes. Dans un cas comme dans l'autre, un contrat familial exécutoire doit généralement être écrit, signé, attesté par un témoin, et fondé sur une divulgation financière complète. Notre guide sur les conventions de séparation au Canada explique ces exigences plus en détail. Pour une vue d'ensemble du droit de la famille au Canada, consultez le portail du droit de la famille.
Avertissement: Cet article explique des concepts juridiques généraux relatifs aux partenariats interdépendants adultes en Alberta et ne constitue pas un avis juridique. La question de savoir si une relation donnée constitue un partenariat interdépendant adulte, et la façon dont s'appliquent les règles relatives aux biens, à la pension alimentaire ou à la succession, dépend des faits propres à chaque situation. Consultez un avocat albertain en droit de la famille dûment autorisé avant de vous fier à ces renseignements.
Questions fréquentes
L'Alberta reconnaît-elle le mariage de fait?
La législation albertaine n'utilise pas le terme « union de fait ». Les couples non mariés qui satisfont au critère légal deviennent des « partenaires interdépendants adultes » en vertu de l'Adult Interdependent Relationships Act, un statut légal distinct avec ses propres règles en matière de biens, de pension alimentaire et de succession.
Combien de temps faut-il vivre ensemble en Alberta pour être considéré comme conjoints de fait?
Trois années consécutives de vie commune dans une relation d'interdépendance constituent le principal seuil. Un couple peut être admissible plus tôt, avec une relation dotée d'une certaine permanence, s'il a un enfant, ou immédiatement en signant un accord écrit de partenariat interdépendant adulte.
Les conjoints de fait en Alberta partagent-ils les biens à 50/50?
Depuis le 1 janvier 2020, les partenaires interdépendants adultes sont couverts par la Family Property Act, qui présume une division égale des biens acquis pendant la relation, comme pour les époux mariés. Les biens possédés avant la relation, les dons et les héritages sont généralement exemptés, bien que toute augmentation de leur valeur pendant la relation puisse tout de même être divisée.
Deux amis ou deux parents peuvent-ils être partenaires interdépendants adultes en Alberta?
Oui, dans des circonstances limitées. Contrairement aux règles d'union de fait de la plupart des provinces, la relation interdépendante adulte de l'Alberta n'a pas à être conjugale. Deux personnes qui ne forment pas un couple, comme des parents ou des amis de longue date, peuvent être admissibles si elles satisfont au critère légal de la relation d'interdépendance.
Un partenaire interdépendant adulte hérite-t-il s'il n'y a pas de testament en Alberta?
Généralement oui. La Wills and Succession Act de l'Alberta accorde à un partenaire interdépendant adulte survivant un droit successoral ab intestat similaire à celui d'un époux marié, contrairement à des provinces comme l'Ontario où un conjoint de fait n'a aucun droit d'héritage automatique sans testament.
Comment une relation interdépendante adulte prend-elle fin légalement en Alberta?
Elle prend fin à la première des situations suivantes: un accord écrit indiquant que les partenaires ont l'intention de vivre séparés sans réconciliation, une vie séparée de plus d'un an avec l'intention d'un des partenaires de mettre fin à la relation, le mariage de l'un des partenaires avec une autre personne, ou une déclaration d'irréconciliabilité du tribunal.
Mises à jour
La Matrimonial Property Act de l'Alberta a été renommée et réécrite pour devenir la Family Property Act, étendant pour la première fois la division légale des biens, y compris la présomption de division égale, aux partenaires interdépendants adultes.
Sources et références
- Adult Interdependent Relationships Act, SA 2002, c A-4.5(kings-printer.alberta.ca).gov
- Family Property Act, RSA 2000, c F-4.7(kings-printer.alberta.ca).gov
- Alberta.ca - Division des biens entre partenaires non mariés(alberta.ca).gov
- Alberta.ca - Législation en droit de la famille(alberta.ca).gov
- Family Law Act, SA 2003, c F-4.5 (pension alimentaire entre partenaires)(kings-printer.alberta.ca).gov
- Wills and Succession Act, SA 2010, c W-12.2(kings-printer.alberta.ca).gov
- Department of Justice Canada - Lignes directrices facultatives en matière de pensions alimentaires pour époux(justice.gc.ca).gov