Alcool au volant au Canada : amendes, prison et interdictions

Une première déclaration de culpabilité pour conduite avec facultés affaiblies au Canada entraîne une amende minimale obligatoire de 1 000 $ et une interdiction fédérale de conduire d'un an, l'amende, la peine d'emprisonnement et la durée de l'interdiction augmentant fortement selon le taux d'alcoolémie, le refus de se soumettre à un test et les récidives.
Trois peines distinctes, pas une seule
On demande souvent « quelle est la peine pour une conduite avec facultés affaiblies au Canada » comme s'il s'agissait d'un seul chiffre. Ce n'est pas le cas. Une déclaration de culpabilité pour facultés affaiblies en vertu du Code criminel entraîne trois conséquences distinctes qui s'additionnent et qui sont décidées par trois autorités différentes.
La première est la peine criminelle, une amende ou une peine d'emprisonnement imposée par le tribunal en vertu des articles 320.19 à 320.21 du Code criminel. La deuxième est l'interdiction fédérale de conduire, une interdiction nationale de conduire tout véhicule automobile imposée par le même tribunal en vertu de l'article 320.24. La troisième est la suspension provinciale du permis, une mesure administrative prise par l'autorité provinciale responsable du transport ou de l'assurance (le ministère des Transports de l'Ontario, Alberta Transportation, la SAAQ au Québec, ou ICBC et RoadSafetyBC en Colombie-Britannique) qui peut débuter immédiatement sur place, avant même qu'un tribunal ait examiné l'affaire.
Ces trois peines suivent des horloges différentes et sont levées par des processus distincts. Il est important de comprendre laquelle est laquelle, car remplir l'une d'elles, comme payer l'amende, ne met pas fin aux deux autres.
Amendes et peines de prison prévues par le Code criminel fédéral
La conduite avec facultés affaiblies (article 320.14) et le fait d'avoir un taux d'alcoolémie interdit (article 320.15) sont des infractions mixtes pouvant être poursuivies par mise en accusation ou par procédure sommaire. L'article 320.19 établit des peines minimales obligatoires qui s'appliquent peu importe la voie choisie par la Couronne.
| Infraction | Peine minimale obligatoire |
|---|---|
| Première infraction, alcoolémie de 80 à 119 mg% | Amende de 1 000 $ |
| Première infraction, alcoolémie de 120 à 159 mg% | Amende de 1 500 $ |
| Première infraction, alcoolémie de 160 mg% ou plus | Amende de 2 000 $ |
| Première infraction, refus de fournir un échantillon | Amende de 2 000 $ |
| Deuxième infraction | 30 jours d'emprisonnement |
| Troisième infraction ou plus | 120 jours d'emprisonnement |
| Causant des lésions corporelles (peu importe le nombre d'infractions) | Jusqu'à 14 ans de prison (mise en accusation) |
| Causant la mort (peu importe le nombre d'infractions) | Jusqu'à l'emprisonnement à perpétuité |
Ce sont des planchers, pas des plafonds. Un juge peut imposer une amende plus élevée ou une peine plus longue selon des facteurs aggravants, mais ne peut pas descendre sous le minimum indiqué dans le tableau. Poursuivie par mise en accusation, une première ou une deuxième infraction de base peut entraîner jusqu'à 10 ans; poursuivie par procédure sommaire, jusqu'à deux ans moins un jour.
Comment l'amende de première infraction varie selon l'alcoolémie
L'amende d'un contrevenant à sa première infraction n'est pas fixe. Elle augmente selon le résultat du test. Entre 80 et 119 mg d'alcool par 100 mL de sang, le minimum est de 1 000 $. Au-delà de 120 à 159 mg%, le plancher passe à 1 500 $. À 160 mg% ou plus, soit le double de la limite légale, le minimum grimpe à 2 000 $. Les tribunaux ajoutent régulièrement des frais, des suramendes compensatoires et des conditions de probation en plus de l'amende minimale.
Refuser de fournir un échantillon d'haleine ou de sang
Refuser ou omettre de se conformer à un ordre légal de fournir un échantillon d'haleine, de sang ou de coordination physique constitue une infraction distincte prévue à l'article 320.15, et elle est punie au moins aussi sévèrement que le fait d'échouer le test. Depuis décembre 2018, l'article 320.27(2) permet à un agent de police d'exiger un échantillon d'haleine sur place de tout conducteur légalement intercepté, sans avoir à soupçonner au préalable des facultés affaiblies, une mesure communément appelée le dépistage obligatoire d'alcool. Un refus lors d'une première infraction entraîne la même amende minimale obligatoire de 2 000 $ que le taux d'alcoolémie le plus élevé, le raisonnement étant qu'un conducteur ne devrait pas tirer avantage du fait de refuser de se soumettre au test.
Deuxième infraction et infractions subséquentes : l'emprisonnement obligatoire
Une fois qu'une déclaration de culpabilité antérieure pour facultés affaiblies figure au dossier, la peine minimale obligatoire passe d'une amende à l'emprisonnement. Une deuxième infraction entraîne un minimum de 30 jours de détention; une troisième infraction ou toute infraction ultérieure entraîne un minimum de 120 jours. L'article 320.26 définit ce qui compte comme une infraction antérieure, et cela inclut les déclarations de culpabilité prononcées en vertu des anciennes dispositions du Code criminel (anciens articles 253 à 255) ainsi qu'en vertu des articles actuels. Le Code ne prévoit aucune période de prescription. Contrairement aux points d'inaptitude provinciaux, qui s'effacent généralement après deux ans, une déclaration de culpabilité antérieure pour facultés affaiblies compte contre le contrevenant indéfiniment aux fins de la détermination de la peine.
Facultés affaiblies causant des lésions corporelles ou la mort
Lorsque la conduite avec facultés affaiblies, un taux d'alcoolémie interdit ou un refus de se soumettre au test est lié à une collision qui blesse une personne, l'article 320.2 porte la peine maximale à 14 ans de prison par mise en accusation (ou à deux ans moins un jour et une amende maximale de 5 000 $ par procédure sommaire), tandis que les minimums de première, deuxième et subséquente infraction du tableau ci-dessus demeurent applicables comme plancher. Lorsque la collision cause la mort, l'article 320.21 porte la peine maximale à l'emprisonnement à perpétuité, la peine la plus sévère du Code criminel après le meurtre. Les facteurs aggravants qu'un tribunal doit prendre en compte lors de la détermination de la peine, énumérés à l'article 320.22, comprennent un taux d'alcoolémie particulièrement élevé, une vitesse largement supérieure à la limite permise, la présence de jeunes passagers dans le véhicule, et le fait de causer plusieurs blessures ou décès.
L'interdiction fédérale de conduire (distincte de l'amende ou de la peine d'emprisonnement)
En plus de la peine criminelle, l'article 320.24 oblige le tribunal à imposer une interdiction de conduire, soit une interdiction de conduire tout véhicule automobile n'importe où au Canada. Pour une première infraction, le minimum est d'un an et le maximum de trois ans, en plus de tout temps réellement purgé en détention et débutant seulement après celui-ci. Pour une deuxième infraction, la fourchette est de deux à 10 ans. Pour une troisième infraction ou plus, le minimum est de trois ans, encore une fois en plus de toute peine de détention. Cette interdiction est une conséquence fédérale de droit criminel, distincte de ce que fait votre province d'origine avec votre permis de conduire.
La suspension provinciale du permis : une troisième peine distincte
Les provinces superposent leur propre suspension administrative aux deux conséquences ci-dessus, et celle-ci débute habituellement bien avant la fin du processus criminel. En Ontario, un conducteur qui échoue ou refuse un test sur place fait face à une suspension administrative immédiate du permis de conduire de 90 jours sur-le-champ, indépendamment de toute déclaration de culpabilité ultérieure. La Colombie-Britannique, l'Alberta et le Québec appliquent chacun des sanctions administratives immédiates comparables sur place, par l'entremise d'ICBC et de RoadSafetyBC, d'Alberta Transportation et de la SAAQ respectivement. Un conducteur peut donc perdre le droit de circuler dès le soir même de l'interception, bien avant qu'un tribunal ait tranché quoi que ce soit, puis faire face en plus à l'interdiction fédérale distincte s'il est déclaré coupable.
Le programme d'antidémarreur éthylométrique
La loi fédérale permet à un conducteur sous le coup d'une interdiction de présenter une demande à un programme provincial d'antidémarreur éthylométrique, qui permet de conduire plus tôt que ce que l'interdiction complète permettrait autrement, à condition que chaque véhicule conduit soit muni d'un appareil de détection d'alcool qui bloque le démarrage du moteur s'il détecte de l'alcool. Selon les règles actuelles, un contrevenant à sa première infraction peut présenter une demande immédiatement, un contrevenant à sa deuxième infraction doit attendre un minimum de trois mois dans l'interdiction, et un contrevenant à sa troisième infraction ou plus doit attendre un minimum de six mois. Chaque province administre sa propre version du programme (le programme d'antidémarreur de l'Ontario, offert par le ministère des Transports, en est un exemple typique) et fixe ses propres frais d'inscription, règles de surveillance et période minimale de participation, qui peut être plus longue que le minimum fédéral.
Programmes obligatoires de sensibilisation et de réadaptation
Chaque province exige également qu'un conducteur reconnu coupable termine un programme de mesures de réadaptation ou de sensibilisation avant que son permis suspendu puisse être rétabli, en plus et distinctement de l'exigence de l'antidémarreur. Le programme Back on Track de l'Ontario, offert par un fournisseur de traitement autorisé, comprend une évaluation initiale, un atelier de sensibilisation et un entretien de suivi quelques mois plus tard. Les autres provinces appliquent leurs propres équivalents. Sauter cette étape signifie que le permis demeure suspendu même après que la période d'interdiction criminelle et toute condition d'antidémarreur aient techniquement pris fin.
Conséquences sur le casier judiciaire
Une déclaration de culpabilité en vertu de l'une ou l'autre de ces dispositions du Code criminel constitue un casier judiciaire d'adulte, et non une simple contravention provinciale mineure. Elle peut apparaître dans les vérifications d'antécédents pour un emploi ou un poste de bénévole, et elle peut compliquer les déplacements. Certains pays peuvent refuser l'entrée à des visiteurs ayant une déclaration de culpabilité criminelle liée à la conduite, et le Canada lui-même considère une déclaration de culpabilité étrangère pour facultés affaiblies comme un motif d'interdiction de territoire pour les personnes qui cherchent à entrer au Canada. Les Canadiens qui voyagent à l'étranger, y compris aux États-Unis, devraient donc s'attendre à un examen similaire à d'autres frontières. Un casier ne disparaît pas de lui-même. La seule façon de le faire effacer est de présenter une demande de suspension du casier à la Commission des libérations conditionnelles du Canada, une fois écoulé le délai d'attente requis après avoir purgé la totalité de la peine, probation comprise.
Foire aux questions
Pour les catégories d'infractions plus larges auxquelles s'applique cette échelle de peines, consultez Lois sur la conduite avec facultés affaiblies au Canada. Les points d'inaptitude et les suspensions de permis pour des infractions non liées aux facultés affaiblies sont traités séparément; vérifiez votre dossier avec l'outil de vérification des points d'inaptitude au Canada. Pour savoir comment un dossier de conduite criminel s'articule avec les règles sur l'enregistrement de vos propres interactions avec la police, consultez Lois sur l'enregistrement au Canada. Pour l'ensemble des règles de conduite provinciales et fédérales, visitez le portail des lois sur la conduite au Canada.
Avis : Cet article fournit de l'information juridique générale sur le droit fédéral canadien relatif à la conduite avec facultés affaiblies et ne constitue pas un avis juridique. Les accusations pour facultés affaiblies entraînent de graves conséquences criminelles; consultez un avocat criminaliste autorisé dans votre province au sujet de votre situation particulière.
Questions fréquentes
Quelle est la peine minimale pour une première déclaration de culpabilité pour facultés affaiblies au Canada?
Une amende minimale obligatoire débutant à 1 000 $ pour une alcoolémie de 80 à 119 mg%, augmentant à 1 500 $ à 120-159 mg% et à 2 000 $ à 160 mg% ou plus ou en cas de refus de test, en plus d'une interdiction fédérale de conduire d'un minimum d'un an s'ajoutant à l'amende.
Une amende pour facultés affaiblies est-elle la même chose qu'une suspension de permis?
Non. L'amende (ou la peine d'emprisonnement) est une peine criminelle imposée par le tribunal. L'interdiction fédérale de conduire est une interdiction distincte imposée par le même tribunal. La suspension provinciale du permis est une troisième mesure administrative distincte prise par votre province, et elle peut débuter sur place avant même une déclaration de culpabilité.
Que se passe-t-il si je refuse un alcootest au Canada?
Refuser ou omettre de se conformer à un ordre légal de fournir un échantillon d'haleine, de sang ou de coordination constitue une infraction distincte au Code criminel et entraîne au moins la même peine minimale obligatoire que le taux d'alcoolémie le plus élevé, soit une amende de 2 000 $ pour une première infraction.
Une déclaration de culpabilité antérieure pour facultés affaiblies s'efface-t-elle un jour aux fins de la détermination de la peine?
Non. Contrairement aux points d'inaptitude provinciaux, qui s'effacent généralement après deux ans, le Code criminel ne prévoit aucune période de prescription pour comptabiliser une déclaration de culpabilité antérieure pour facultés affaiblies, de sorte qu'elle compte indéfiniment pour les minimums obligatoires applicables à une deuxième infraction ou aux infractions subséquentes.
Puis-je conduire avant la fin de ma période d'interdiction?
Seulement par l'entremise d'un programme provincial d'antidémarreur éthylométrique, qui permet à un conducteur admissible de conduire un véhicule muni d'un appareil de détection d'alcool. Un contrevenant à sa première infraction peut généralement présenter une demande immédiatement; les contrevenants à leur deuxième infraction ou plus doivent attendre une période minimale déterminée dans l'interdiction avant de pouvoir présenter une demande.
Une déclaration de culpabilité canadienne pour facultés affaiblies affectera-t-elle mes voyages vers d'autres pays?
Cela est possible. Une déclaration de culpabilité criminelle liée à la conduite constitue un casier judiciaire d'adulte, et d'autres pays peuvent refuser l'entrée sur cette base. Le Canada lui-même considère une déclaration de culpabilité étrangère pour facultés affaiblies comme un motif d'interdiction de territoire pour les personnes qui entrent au Canada, de sorte que les voyageurs ayant une déclaration de culpabilité canadienne devraient s'attendre à un examen comparable ailleurs.
Sources et références
- Code criminel, art. 320.19, Peine (amendes minimales obligatoires et peines d'emprisonnement)(laws-lois.justice.gc.ca).gov
- Code criminel, art. 320.2, Peine en cas de lésions corporelles(laws-lois.justice.gc.ca).gov
- Code criminel, art. 320.21, Peine en cas de mort(laws-lois.justice.gc.ca).gov
- Code criminel, art. 320.24, Ordonnance d'interdiction obligatoire(laws-lois.justice.gc.ca).gov
- Code criminel, art. 320.14, Conduite avec facultés affaiblies(laws-lois.justice.gc.ca).gov
- Code criminel, art. 320.26, Infractions antérieures et subséquentes(laws-lois.justice.gc.ca).gov
- Commission des libérations conditionnelles du Canada, Déterminer votre admissibilité à une suspension du casier(canada.ca).gov
- Gouvernement du Canada, Conduite avec facultés affaiblies et interdiction de territoire(canada.ca).gov
- Ontario, Programme d'antidémarreur(ontario.ca).gov