Réparations et entretien : les droits du locataire au Canada

L'obligation du propriétaire de garder un logement locatif en bon état est l'une des protections les plus solides dont dispose un locataire partout au Canada. Elle existe dans chaque province et territoire, et au Québec, elle découle du Code civil plutôt que d'une loi sur la location résidentielle. Ce guide explique ce que le propriétaire doit réparer, comment documenter une demande de réparation, et ce qu'un locataire peut faire en vertu du droit provincial et territorial lorsque le propriétaire refuse d'agir.
Le processus pour faire respecter cette obligation varie selon la province, puisque chaque juridiction a son propre tribunal du logement, ses propres formulaires et recours. Cet aperçu présente d'abord les points communs, puis indique le tribunal et le processus applicables là où vous habitez. Pour un survol plus large des protections offertes aux locataires, voir droits des locataires au Canada.
Information vérifiée en dernier lieu le 19 juillet 2026. Ce guide constitue de l'information juridique générale et ne constitue pas un avis juridique.
Portée de la juridiction : Ce guide couvre l'obligation générale du propriétaire en matière de réparation et d'entretien, telle qu'elle s'applique en vertu de la loi sur la location résidentielle de chaque province et territoire canadien, et en vertu du Code civil du Québec au Québec. Les tribunaux provinciaux et territoriaux du logement appliquent ces règles à des litiges individuels, et le résultat dépend des faits précis et de la législation en vigueur. Ce guide ne couvre pas les baux commerciaux, les règlements de copropriété, ni le droit locatif américain.
Que doit réparer et entretenir mon propriétaire?
Chaque province et territoire canadien impose essentiellement la même obligation fondamentale au propriétaire : garder le logement locatif et l'ensemble résidentiel en bon état, habitable, et conforme aux normes de santé, de sécurité et de salubrité applicables dans cette juridiction. En Ontario, l'article 20 de la Residential Tenancies Act, 2006 exige que le propriétaire fournisse et maintienne un logement locatif en bon état et habitable, et qu'il respecte les normes de santé, de sécurité, de salubrité et d'entretien, et cette obligation s'applique même si le locataire connaissait le problème avant de signer le bail. La Residential Tenancy Act de la Colombie-Britannique, à l'article 32, exige que le propriétaire fournisse et maintienne un logement locatif conforme aux normes de santé, de sécurité et de salubrité exigées par la loi et adapté à l'habitation compte tenu de son âge, de son caractère et de son emplacement. La Residential Tenancies Act de l'Alberta, à l'article 16, fait en sorte que chaque bail comporte une clause selon laquelle le propriétaire maintiendra les lieux au niveau des normes minimales d'habitation établies en vertu de la Public Health Act et du Housing Regulation, ou au-dessus de celui-ci, et cette obligation ne peut faire l'objet d'aucune renonciation contractuelle. Le Manitoba, la Saskatchewan, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, l'Île-du-Prince-Édouard, Terre-Neuve-et-Labrador, le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut imposent tous une obligation légale comparable en vertu de leur propre loi sur la location résidentielle.
Au Québec, cette même idée découle du Code civil du Québec plutôt que d'une loi sur la location résidentielle. L'article 1910 exige que le locateur maintienne le logement en bon état habitable pendant toute la durée du bail, et l'article 1854 exige que le locateur délivre le bien en bon état au début du bail. L'article 1864 exige que le locateur effectue toutes les réparations nécessaires, à l'exception de celles qui incombent au locataire.
De quoi le locataire est-il responsable?
On s'attend généralement à ce que le locataire garde le logement raisonnablement propre et salubre, et qu'il répare ou paie les dommages que lui-même, un membre de son ménage ou un invité cause, au-delà de l'usure normale. Le guide gouvernemental de la Colombie-Britannique sur les réparations et l'entretien précise que le locataire doit maintenir des normes raisonnables de santé, de propreté et de salubrité, qu'il n'est pas tenu de réparer l'usure raisonnable, et qu'il demeure financièrement responsable des dommages causés par lui-même, un invité ou un animal de compagnie. Le même partage de base entre l'usage normal et les dommages causés par le locataire s'applique dans les autres provinces et territoires, bien que ce qui constitue de l'usure normale dans un cas donné soit souvent tranché par le tribunal en fonction des faits précis.
Faites toute demande de réparation par écrit
Commencez par informer le propriétaire du problème par écrit, que ce soit par lettre, par courriel ou au moyen d'un formulaire de demande d'entretien, et conservez-en une copie avec la date d'envoi. La brochure du Landlord and Tenant Board de l'Ontario (la LTB), soit la Commission de la location immobilière de l'Ontario, sur l'entretien et les réparations recommande exactement cette étape avant que le locataire ne dépose une demande relative à l'entretien, le formulaire T6, puisque le locataire doit pouvoir démontrer que le propriétaire a été informé du problème et a eu une occasion raisonnable de le régler. Le guide gouvernemental de la Colombie-Britannique adopte la même approche et conseille au locataire de décrire le problème par écrit et de laisser au propriétaire un délai raisonnable pour répondre avant d'aller plus loin. Ajoutez des photos ou une vidéo, datées si possible, et tenez un court registre indiquant quand le problème est apparu, quand il a été signalé et toute réponse reçue du propriétaire. C'est ce registre que le tribunal demandera à voir si le litige se rend jusqu'à une audience.
Réparations d'urgence et chauffage ou services essentiels
Une réparation d'urgence est une réparation qui touche la santé, la sécurité ou la capacité d'utiliser le logement, comme une perte totale de chauffage, une fuite majeure, une serrure extérieure brisée ou une absence d'eau courante. L'article 21 de la Residential Tenancies Act de l'Ontario exige par ailleurs que le propriétaire fournisse, et ne perturbe jamais délibérément, les services essentiels qu'il est tenu de fournir en vertu du bail, définis comme l'eau chaude ou froide, le combustible, l'électricité, le gaz ou le chauffage, et ce, en tout temps avant l'exécution d'une ordonnance d'éviction, même si le locataire doit du loyer. La Residential Tenancy Act de la Colombie-Britannique prévoit un processus précis pour les réparations d'urgence : le locataire doit tenter au moins deux fois de joindre le numéro de contact d'urgence que le propriétaire est tenu de fournir, puis peut faire effectuer la réparation directement une fois ces tentatives infructueuses et un avis raisonnable donné, le propriétaire étant alors tenu de rembourser les coûts raisonnables. Les directives de l'Alberta et du Manitoba considèrent toutes deux qu'une véritable urgence touchant la santé ou la sécurité, comme une perte totale de chauffage, exige une intervention du propriétaire dans un délai d'environ une journée, un délai plus long étant accordé pour les réparations non urgentes. Si le propriétaire ne rétablit pas le chauffage ou un autre service essentiel, communiquez avec le tribunal provincial ou territorial du logement et, dans une municipalité dotée de son propre règlement sur les services essentiels ou les normes d'habitation, avec le service municipal d'application des règlements également.
Si le propriétaire refuse toujours de régler le problème
Chaque province et territoire dispose d'un tribunal du logement ou d'un bureau de la location qui peut ordonner au propriétaire d'effectuer des réparations, et la plupart peuvent aussi ordonner une diminution de loyer, soit une réduction reflétant la perte de valeur du fait de vivre avec le problème, pour la période où le propriétaire était en défaut. En Ontario, le locataire dépose une demande auprès du Landlord and Tenant Board au moyen du formulaire T6, et la Commission peut ordonner l'exécution des travaux, ordonner une diminution de loyer ou, dans les cas graves, permettre au locataire de mettre fin au bail. Cette diminution de loyer est un recours ordonné par le tribunal pour un problème d'entretien, distinct des règles qui limitent l'augmentation de loyer que le propriétaire peut imposer entre deux termes de bail, traitées dans les règles d'augmentation de loyer. Les locataires du Québec s'adressent au Tribunal administratif du logement, qui applique les obligations du Code civil décrites ci-dessus. Les municipalités appliquent aussi leurs propres normes d'habitation ainsi que leurs règlements sur le bâtiment ou les services essentiels, indépendamment du tribunal du logement, et un appel au service municipal d'application des règlements peut entraîner une inspection et une ordonnance de conformité contre le propriétaire, parfois plus rapidement qu'une audience complète devant le tribunal.
Le tribunal ou le bureau qui entend une plainte relative aux réparations varie selon la juridiction :
- Ontario : Landlord and Tenant Board (LTB)
- Colombie-Britannique : Residential Tenancy Branch (RTB)
- Alberta : Residential Tenancy Dispute Resolution Service (RTDRS), ou les tribunaux judiciaires pour les questions hors de son champ de compétence
- Québec : Tribunal administratif du logement (TAL)
- Manitoba : Residential Tenancies Branch
- Saskatchewan : Office of Residential Tenancies (ORT)
- Nouvelle-Écosse : Residential Tenancies Program
- Nouveau-Brunswick : Residential Tenancies Tribunal
- Île-du-Prince-Édouard : Island Regulatory and Appeals Commission (IRAC), Residential Rental Property Office
- Terre-Neuve-et-Labrador : Residential Tenancies
- Yukon : Residential Tenancies Office (RTO)
- Territoires du Nord-Ouest et Nunavut : Rental Officer
Le droit du propriétaire d'entrer dans le logement pour l'inspecter ou pour y effectuer une réparation approuvée est un sujet connexe mais distinct, traité dans l'accès au logement par le propriétaire et la vie privée.
Pouvez-vous retenir votre loyer, ou faire la réparation vous-même et en déduire le coût?
Dans la majeure partie du Canada, retenir unilatéralement son loyer parce que le propriétaire n'a pas effectué une réparation n'est pas un recours reconnu, et cela peut exposer le locataire à une demande d'éviction pour non-paiement de loyer, même lorsque la plainte relative à la réparation est fondée. Dans la plupart des provinces et territoires, la voie habituelle consiste à s'adresser au tribunal du logement pour obtenir une ordonnance de réparation et une diminution de loyer, plutôt que de déduire vous-même un montant de votre loyer.
Deux provinces prévoient dans leur loi une exception étroite et conditionnelle. La Colombie-Britannique permet au locataire qui a dûment organisé une réparation d'urgence, après au moins deux tentatives pour joindre le contact d'urgence du propriétaire, de déduire le coût raisonnable du loyer si le propriétaire ne le rembourse pas une fois les reçus et un état détaillé écrit fournis. Le Code civil du Québec permet au locataire qui a fait tous les efforts raisonnables pour aviser le locateur d'une réparation urgente et nécessaire, et qui n'est pas remboursé, de retenir le coût raisonnable sur un loyer futur sans autorisation préalable du Tribunal administratif du logement, bien que le locataire puisse aussi demander au Tribunal, à l'avance, d'autoriser une réparation non urgente et d'en fixer le montant. Le Nouveau-Brunswick emprunte une voie encore différente, puisqu'un Residential Tenancies Officer peut ordonner que le loyer soit versé au Tribunal en attendant les réparations, plutôt que de laisser le locataire le retenir directement. En dehors de ces situations précises et documentées, obtenez une ordonnance de votre tribunal avant de réduire ce que vous payez.
Foire aux questions
Avis de non-responsabilité
Cet article fournit de l'information juridique générale sur les obligations des propriétaires en matière de réparation et d'entretien partout au Canada, vérifiée le 19 juillet 2026. Il ne constitue pas un avis juridique et ne remplace pas les conseils d'un avocat ou d'un parajuriste autorisé dans votre province ou territoire, ni ceux de votre organisme local de défense des droits des locataires. Le droit locatif évolue et chaque tribunal l'interprète en fonction des faits précis d'un litige; confirmez donc les exigences actuelles auprès de votre tribunal provincial ou territorial du logement avant de vous fier à ce guide pour une situation particulière. Pour des sujets connexes, voir les droits des locataires au Canada, l'accès au logement par le propriétaire et la vie privée, les règles d'augmentation de loyer et le droit canadien par province.
Questions fréquentes
Que doit réparer un propriétaire dans un logement locatif au Canada?
Dans chaque province et territoire, le propriétaire doit garder le logement locatif et l'immeuble en bon état, habitables, et conformes aux normes de santé, de sécurité et de salubrité applicables là où vous habitez, par exemple en vertu de l'article 20 de la Residential Tenancies Act, 2006 de l'Ontario ou de l'article 32 de la Residential Tenancy Act de la Colombie-Britannique. Au Québec, l'obligation équivalente découle des articles 1854 et 1910 du Code civil du Québec.
Puis-je cesser de payer mon loyer si mon propriétaire refuse de faire des réparations?
En général, non. Retenir votre loyer de votre propre initiative n'est pas un recours reconnu dans la majeure partie du Canada et peut servir de motif à une demande d'éviction pour non-paiement de loyer. Adressez-vous plutôt à votre tribunal provincial ou territorial du logement pour obtenir une ordonnance de réparation et une diminution de loyer. La Colombie-Britannique et le Québec permettent une déduction étroite et conditionnelle, seulement après avoir suivi des étapes précises de réparation d'urgence ou de réparation urgente et nécessaire.
Qu'est-ce qui constitue une réparation d'urgence?
Une réparation d'urgence est une réparation nécessaire pour la santé, la sécurité ou la préservation du logement, comme une perte totale de chauffage, une fuite d'eau majeure, une absence d'eau courante ou une serrure extérieure brisée. La Residential Tenancy Act de la Colombie-Britannique exige que le locataire tente au moins deux fois de joindre le contact d'urgence du propriétaire avant de faire effectuer la réparation directement et d'en demander le remboursement, et les autres provinces appliquent des normes d'urgence semblables, exigeant souvent une intervention dans un délai d'environ une journée pour une véritable urgence.
Comment documenter une demande de réparation?
Informez le propriétaire du problème par écrit, par lettre, par courriel ou au moyen d'un formulaire de demande d'entretien, et conservez-en une copie avec la date. Ajoutez des photos ou une vidéo, ainsi qu'un registre simple indiquant quand le problème est apparu, quand vous l'avez signalé et toute réponse reçue. Des tribunaux comme le Landlord and Tenant Board de l'Ontario exigent ce type de dossier écrit avant d'entendre une demande relative à l'entretien.
Que peut faire le tribunal du logement si mon propriétaire ignore mes demandes de réparation?
La plupart des tribunaux provinciaux et territoriaux, comme le Landlord and Tenant Board de l'Ontario, le Residential Tenancy Branch de la Colombie-Britannique, le Residential Tenancy Dispute Resolution Service de l'Alberta ou le Tribunal administratif du logement du Québec, peuvent ordonner au propriétaire de terminer les réparations d'ici une date fixée et peuvent ordonner une diminution de loyer pour la période durant laquelle le problème est demeuré non résolu. Dans les cas graves impliquant un logement impropre à l'habitation, un tribunal peut aussi permettre au locataire de mettre fin au bail. L'application des règlements municipaux ou des normes d'habitation est une voie distincte qui peut se poursuivre parallèlement à une demande devant le tribunal.
Sources et références
- Residential Tenancies Act, 2006, SO 2006, c 17, s 20 (obligations d'entretien du propriétaire)(ontario.ca).gov
- Residential Tenancies Act, 2006, SO 2006, c 17, s 21 (services essentiels)(ontario.ca).gov
- Tribunals Ontario, Landlord and Tenant Board : brochure, Entretien et réparations(tribunalsontario.ca).gov
- Residential Tenancy Act, SBC 2002, c 78, ss 32-33 (Colombie-Britannique, obligations de réparation et de réparation d'urgence)(bclaws.gov.bc.ca).gov
- Province de la Colombie-Britannique : réparations et entretien pendant une location(www2.gov.bc.ca).gov
- Residential Tenancies Act, SA 2004, c R-17.1, s 16 (Alberta, engagement du propriétaire relatif aux normes minimales d'habitation)(kings-printer.alberta.ca).gov
- Gouvernement de l'Alberta : Residential Tenancy Dispute Resolution Service (RTDRS)(alberta.ca).gov
- Code civil du Québec, CCQ-1991, art. 1854, 1864, 1910 (obligations du locateur en matière de délivrance, de réparation et d'entretien)(legisquebec.gouv.qc.ca).gov
- Tribunal administratif du logement : réparations urgentes et nécessaires(tal.gouv.qc.ca).gov
- Gouvernement de la Saskatchewan : demander des réparations(saskatchewan.ca).gov