Le temps parental et la responsabilité décisionnelle au Canada

Depuis le 1er mars 2021, la Loi sur le divorce fédérale n'utilise plus les mots « garde » et « droit de visite »; elle emploie plutôt « responsabilité décisionnelle » et « temps parental », avec des « ordonnances de contact » pour les personnes autres que les parents.
De « garde et droit de visite » à « temps parental et responsabilité décisionnelle »
Pendant des décennies, la Loi sur le divorce a utilisé les mots « garde » et « droit de visite » pour décrire la façon dont les parents séparés partageaient la responsabilité de leurs enfants. Les avocats et les juges en droit de la famille critiquaient depuis longtemps ces termes, qui présentaient les arrangements parentaux comme quelque chose qu'un parent gagne ou perd, plutôt que comme un arrangement construit autour des besoins réels de l'enfant.
Le projet de loi C-78 a modifié la Loi sur le divorce, et ces modifications sont entrées en vigueur le 1er mars 2021. La Loi utilise désormais la « responsabilité décisionnelle » pour désigner l'autorité sur les décisions importantes de la vie d'un enfant, et le « temps parental » pour la période pendant laquelle l'enfant est sous les soins d'un parent. Pour les personnes qui ne sont pas les parents de l'enfant, comme les grands-parents ou d'autres membres de la famille, la Loi a plutôt créé les « ordonnances de contact ».
Ce changement était voulu. Le ministère de la Justice a décrit l'objectif comme étant d'encourager les parents et le système juridique à se concentrer sur les besoins et les relations de l'enfant plutôt que sur le parent qui « obtient » l'enfant. Plusieurs provinces ont depuis harmonisé leurs propres lois en matière de droit de la famille avec cette même terminologie, bien que les lois plus anciennes, les ordonnances judiciaires antérieures et le langage courant utilisent encore souvent « garde » et « droit de visite ». Si vous consultez une convention de séparation ou une ordonnance judiciaire plus ancienne, ces termes demeurent juridiquement valides; ils décrivent simplement les mêmes concepts avec l'ancien vocabulaire.
Ce que couvre la responsabilité décisionnelle
La responsabilité décisionnelle est l'autorité de prendre des décisions importantes concernant le bien-être de l'enfant, notamment :
- La santé, comme les décisions importantes en matière de traitements médicaux, dentaires et de santé mentale
- L'éducation, comme le choix de l'école et la participation à des programmes d'éducation spécialisée
- La culture, la langue et la religion, y compris l'éducation culturelle, linguistique, religieuse et spirituelle de l'enfant et, le cas échéant, son éducation et son patrimoine autochtones
- Les activités parascolaires importantes
Un tribunal peut accorder la responsabilité décisionnelle à un seul parent, aux deux parents conjointement, ou la répartir par domaine, par exemple en confiant à un parent la responsabilité des questions scolaires tandis que les deux parents partagent les décisions médicales. La Loi sur le divorce ne prévoit aucune règle par défaut qui favorise la responsabilité décisionnelle exclusive ou conjointe; le tribunal tranche selon l'intérêt de l'enfant, au cas par cas.
Ce que couvre le temps parental
Le temps parental est simplement la période pendant laquelle l'enfant est sous les soins d'un parent, que ce parent exerce ou non la responsabilité décisionnelle. Sauf ordonnance contraire du tribunal, un parent qui a du temps parental peut généralement prendre les décisions courantes touchant l'enfant pendant cette période, comme les repas, l'heure du coucher, le temps d'écran et les devoirs, même si l'autre parent détient la responsabilité décisionnelle exclusive pour les décisions importantes.
Cette distinction a une portée pratique. Un parent peut avoir un horaire de temps parental important, par exemple en semaines alternées, tandis que la responsabilité décisionnelle pour les décisions importantes et non urgentes appartient à un seul parent ou est partagée. Ces deux concepts sont traités, et au besoin, contestés devant les tribunaux, de façon distincte.
Les ordonnances de contact pour les non-parents
Le temps parental est réservé aux parents et aux personnes qui tiennent lieu de parent. D'autres personnes qui jouent un rôle important dans la vie d'un enfant, le plus souvent les grands-parents, peuvent plutôt demander une ordonnance de contact, qui établit des modalités de visite ou de communication avec l'enfant. Un tribunal n'accorde une ordonnance de contact que si elle est dans l'intérêt de l'enfant, et il tiendra compte de facteurs comme la relation existante entre l'enfant et la personne qui demande le contact.
L'intérêt de l'enfant : le seul critère
En vertu de l'article 16 de la Loi sur le divorce, le tribunal « ne tient compte que de l'intérêt de l'enfant » lorsqu'il rend une ordonnance parentale. Le projet de loi C-78 a codifié une liste non exhaustive de facteurs que le tribunal doit considérer, notamment :
- Les besoins de l'enfant, compte tenu de son âge et de son stade de développement
- La nature et la force des relations de l'enfant avec chacun des parents, ses frères et sœurs, et les autres personnes importantes
- La volonté de chaque parent de favoriser la relation de l'enfant avec l'autre parent
- L'historique des soins prodigués à l'enfant
- Les points de vue et les préférences de l'enfant, compte tenu de son âge et de sa maturité
- L'éducation et le patrimoine culturels, linguistiques, religieux et spirituels de l'enfant, y compris son éducation et son patrimoine autochtones
- Les projets de chaque parent concernant les soins à donner à l'enfant
- La capacité et la volonté de chaque parent de communiquer et de coopérer sur les questions touchant l'enfant
- Toute instance civile ou criminelle, ordonnance, condition ou mesure pertinente à la sécurité de l'enfant
- La violence familiale, et son impact sur l'enfant ainsi que sur la capacité et la volonté de la personne qui l'a exercée de prendre soin de l'enfant et de répondre à ses besoins
La loi elle-même n'accorde une priorité à aucun facteur en particulier; le tribunal les soupèse tous ensemble en fonction de la situation propre à l'enfant.
La violence familiale est un facteur explicite
Le projet de loi C-78 a ajouté la violence familiale à l'article 16 comme facteur distinct, et l'a définie largement à l'article 2 de la Loi. La définition couvre la violence physique, mais aussi les comportements coercitifs et dominants, les menaces, le harcèlement, la violence psychologique et financière, ainsi que tout comportement qui amène un enfant à être témoin ou exposé à de la violence familiale dirigée contre un autre membre de la famille. Une déclaration de culpabilité criminelle n'est pas requise pour que le tribunal tienne compte de la violence familiale en vertu de la Loi sur le divorce; le tribunal examine la nature, la gravité et la répétition du comportement, ainsi que le risque qu'il présente pour l'avenir.
Plans parentaux et règlement extrajudiciaire des différends familiaux
La Loi sur le divorce encourage les parents qui se séparent à régler les arrangements parentaux de façon coopérative lorsque cela est approprié, et les conseillers juridiques ont l'obligation d'informer leurs clients des options de règlement extrajudiciaire des différends familiaux, comme la médiation, et d'encourager le recours à un plan parental. Un plan parental est un document écrit qui établit l'horaire du temps parental, la répartition de la responsabilité décisionnelle, les arrangements pour les vacances et les occasions spéciales, la façon dont les parents communiqueront, et la façon dont des questions comme le déménagement seront traitées.
Le règlement extrajudiciaire des différends familiaux ne convient pas à tous les cas. Lorsqu'il existe des antécédents de violence familiale ou un déséquilibre de pouvoir important entre les parents, la médiation et les processus semblables peuvent ne pas être sécuritaires ni appropriés, et la Loi n'oblige pas les parties à y recourir.
Déménager avec un enfant
Les dispositions sur le déménagement ajoutées par le projet de loi C-78 comptent parmi les changements les plus importants en pratique pour les familles séparées. Un parent qui a l'intention de changer la résidence de l'enfant d'une manière qui aurait un effet important sur la relation de l'enfant avec l'autre parent, ou avec une personne titulaire d'une ordonnance de contact, doit généralement donner un préavis écrit, selon la forme exigée par la Loi, au moins 60 jours avant le déménagement prévu. L'avis doit inclure la date prévue du déménagement et la nouvelle adresse proposée.
L'autre parent (ou le titulaire de l'ordonnance de contact) dispose ensuite de 30 jours pour s'y opposer, au moyen du formulaire prescrit. Si une opposition valide est déposée, le parent qui souhaite déménager ne peut généralement pas déplacer l'enfant tant que les parents n'ont pas conclu une entente ou qu'un tribunal n'a pas tranché la question. Si personne ne s'y oppose et que les conditions pertinentes sont remplies, le déménagement peut avoir lieu sans demande au tribunal.
La personne qui doit faire la preuve dépend de l'arrangement parental existant :
| Arrangement parental existant | Qui porte le fardeau de la preuve en cas de déménagement |
|---|---|
| L'enfant passe un temps sensiblement égal avec chaque parent | Le parent qui propose le déménagement doit démontrer que le déménagement est dans l'intérêt de l'enfant |
| Un parent a la grande majorité du temps parental | Le parent qui s'oppose au déménagement doit démontrer qu'il n'est pas dans l'intérêt de l'enfant |
| Autres arrangements | Les deux parents partagent le fardeau de démontrer si le déménagement est ou non dans l'intérêt de l'enfant |
Tout déménagement ne déclenche pas ce régime de préavis. Un déménagement de moindre importance, comme un changement de résidence dans la même ville, qui n'aurait pas d'effet important sur la relation de l'enfant avec l'autre parent, est traité comme un simple changement de résidence plutôt qu'un « déménagement important » au sens de la Loi, bien qu'il soit généralement préférable d'informer l'autre parent même d'un déménagement de routine.
Le temps parental n'est pas conditionnel à la pension alimentaire pour enfants
Une idée fausse répandue veut qu'un parent puisse refuser le temps parental si l'autre parent est en retard sur la pension alimentaire, ou refuser de verser la pension si le temps parental lui est refusé. Les deux sont erronés, et les deux peuvent créer des problèmes juridiques pour le parent qui agit ainsi. La pension alimentaire pour enfants est un droit de l'enfant, indépendant de l'horaire parental, et le temps parental est évalué selon son propre critère de l'intérêt de l'enfant. Un parent aux prises avec une pension impayée ou un refus de temps parental devrait soulever la question directement, y compris par l'exécution judiciaire si nécessaire, plutôt que de refuser l'autre obligation. Consultez notre guide sur la pension alimentaire pour enfants au Canada pour savoir comment les montants et l'exécution fonctionnent.
Le droit de la famille provincial et l'ancienne terminologie
La Loi sur le divorce s'applique aux conjoints mariés qui divorcent. Les parents qui n'ont jamais été mariés, ou qui se séparent sans divorcer, sont généralement régis par le droit de la famille provincial ou territorial. Certaines provinces s'étaient déjà éloignées des termes « garde » et « droit de visite » avant le changement fédéral; la Family Law Act de la Colombie-Britannique, par exemple, utilise « temps parental », « responsabilités parentales » et « tutelle » depuis 2013. D'autres, dont l'Ontario, ont modifié leur propre législation pour s'harmoniser avec les nouveaux termes fédéraux à peu près au moment où les changements fédéraux sont entrés en vigueur.
En raison de cette mosaïque législative, et parce que les ordonnances et ententes plus anciennes demeurent valides, il est courant de voir « garde » et « droit de visite » utilisés dans des documents judiciaires, dans les conversations courantes, et dans certains contextes provinciaux encore aujourd'hui. Ces termes décrivent les mêmes concepts sous-jacents; en cas de doute, demandez à un professionnel du droit de la famille quel régime, fédéral ou provincial, s'applique à votre situation et quels termes votre ordonnance ou entente utilise précisément.
Pour le processus plus général de séparation et de divorce, consultez nos guides sur les conventions de séparation au Canada et le divorce au Canada, ainsi que le carrefour du droit de la famille au Canada pour l'ensemble du dossier.
Avis de non-responsabilité : Cet article est fourni à titre d'information générale seulement et ne constitue pas un avis juridique. Les résultats en droit de la famille dépendent des faits propres à chaque cas. Consultez un avocat autorisé en droit de la famille dans votre province ou territoire pour obtenir des conseils sur votre situation.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qui a remplacé la garde et le droit de visite en droit de la famille canadien?
La Loi sur le divorce fédérale utilise désormais la responsabilité décisionnelle (qui prend les décisions importantes pour un enfant) et le temps parental (la période pendant laquelle l'enfant est sous les soins d'un parent). Des ordonnances de contact sont offertes aux grands-parents et aux autres non-conjoints. Le changement est entré en vigueur le 1er mars 2021 en vertu du projet de loi C-78 et visait à éloigner la loi d'un langage de gagnant et de perdant pour la recentrer sur les besoins de l'enfant.
La responsabilité décisionnelle doit-elle revenir à un seul parent?
Non. Un tribunal peut accorder la responsabilité décisionnelle à un seul parent, aux deux parents conjointement, ou la répartir par catégorie, par exemple un parent décide des questions scolaires tandis que les deux décident des soins médicaux. La Loi sur le divorce ne prévoit aucune présomption pour ou contre la responsabilité décisionnelle conjointe; le tribunal tranche selon ce qui sert l'intérêt de l'enfant.
Puis-je avoir du temps parental sans responsabilité décisionnelle?
Oui. Les deux sont distincts. Un parent peut avoir un temps parental important pendant que l'autre parent détient la responsabilité décisionnelle exclusive pour les décisions importantes, et un parent qui a du temps parental peut généralement encore prendre les décisions courantes, comme les repas, l'heure du coucher et les devoirs, pendant que l'enfant est sous ses soins.
Quel préavis dois-je donner avant de déménager avec mon enfant?
Un parent qui prévoit changer le lieu de résidence de l'enfant d'une manière qui aurait un effet important sur la relation de l'enfant avec l'autre parent doit généralement donner un préavis écrit d'au moins 60 jours, selon la forme exigée par la Loi sur le divorce, incluant la date proposée et la nouvelle adresse. L'autre parent dispose ensuite de 30 jours pour s'y opposer au moyen du formulaire prescrit.
Puis-je refuser le temps parental si mon ex n'a pas payé la pension alimentaire?
Non. Le temps parental et la pension alimentaire pour enfants sont traités comme des obligations juridiquement distinctes en vertu de la Loi sur le divorce. Un parent ne devrait pas refuser le temps parental parce que la pension n'est pas payée, et un parent payeur ne devrait pas refuser de verser la pension parce que le temps parental lui est refusé. Chacun de ces problèmes devrait être réglé directement, y compris par voie judiciaire au besoin, et non par l'auto-justice.
Les grands-parents ont-ils droit au temps parental?
Les grands-parents et les autres non-conjoints n'obtiennent pas de temps parental, qui est réservé aux parents et à ceux qui tiennent lieu de parent. Ils peuvent plutôt demander au tribunal une ordonnance de contact, que le tribunal n'accorde que si elle est dans l'intérêt de l'enfant.
Mises à jour
Les modifications du projet de loi C-78 à la Loi sur le divorce sont entrées en vigueur à l'échelle nationale, remplaçant garde et droit de visite par responsabilité décisionnelle et temps parental, ajoutant des ordonnances de contact pour les non-conjoints, codifiant les facteurs de l'intérêt de l'enfant à l'article 16 (y compris la violence familiale comme facteur explicite), et instaurant le régime de préavis et d'opposition en matière de déménagement.
Sources et références
- Loi sur le divorce, L.R.C. (1985), ch. 3 (2e suppl.) - article 2 (définitions, y compris la violence familiale)(laws-lois.justice.gc.ca).gov
- Loi sur le divorce, L.R.C. (1985), ch. 3 (2e suppl.) - article 16 (facteurs relatifs à l'intérêt de l'enfant)(laws-lois.justice.gc.ca).gov
- Loi sur le divorce, L.R.C. (1985), ch. 3 (2e suppl.) - article 16.9 (préavis de déménagement)(laws-lois.justice.gc.ca).gov
- Ministère de la Justice Canada - Le rôle parental et la Loi sur le divorce (modifications du projet de loi C-78, en vigueur depuis le 1er mars 2021)(justice.gc.ca).gov
- Ministère de la Justice Canada - Élaborer un plan parental et le règlement extrajudiciaire des différends familiaux(justice.gc.ca).gov