Engagement de ne pas troubler l'ordre public (art. 810)

Un engagement de ne pas troubler l'ordre public prévu à l'article 810 du Code criminel est une ordonnance judiciaire exigeant d'une personne qu'elle ne trouble pas la paix et respecte des conditions précises pendant une période pouvant aller jusqu'à 12 mois, et contrairement à une condamnation, y souscrire ne donne pas de casier judiciaire à cette personne.
Qu'est-ce qu'un engagement de ne pas troubler l'ordre public ?
Un engagement de ne pas troubler l'ordre public est une ordonnance judiciaire rendue en vertu de l'article 810 du Code criminel. Elle exige que la personne qui y est nommée, appelée le défendeur, souscrive un engagement, soit une promesse formelle envers le tribunal de ne pas troubler l'ordre public et d'avoir une bonne conduite pendant une période déterminée, habituellement jusqu'à 12 mois.
Signer un engagement de ne pas troubler l'ordre public n'équivaut pas à un plaidoyer de culpabilité et n'entraîne pas de condamnation. Aucun procès n'a lieu et le défendeur n'admet pas l'allégation sous-jacente. C'est ce qui rend cet engagement attrayant comme mode de résolution dans de nombreuses affaires criminelles mineures, y compris certains incidents domestiques, différends entre voisins et plaintes de harcèlement : la personne qui y est nommée accepte des conditions sur sa conduite sans que l'affaire ne soit portée en procès et sans qu'un casier judiciaire ne résulte de ce processus en particulier.
Cela dit, un engagement de ne pas troubler l'ordre public est une véritable ordonnance judiciaire, assortie de conséquences réelles. Il est inscrit au dossier de la cour, les conditions sont exécutoires, et le bris de l'une d'elles constitue une infraction criminelle distincte.
Qui peut présenter une demande, et ce qu'il faut prouver
L'article 810 permet à toute personne de déposer une dénonciation devant un juge de paix si elle craint, pour des motifs raisonnables, qu'une autre personne :
- lui cause des lésions corporelles, ou
- cause des lésions corporelles à son époux ou conjoint de fait ou à son enfant, ou
- endommage ses biens.
Il n'est pas nécessaire que la police soit impliquée pour entamer ce processus, bien que de nombreuses demandes soient présentées avec l'appui de la police ou de la Couronne, particulièrement dans les cas de violence familiale et de harcèlement criminel. Un demandeur privé peut se rendre au palais de justice local, demander à voir le greffier de la cour criminelle et prêter serment sur une dénonciation exposant les faits qui fondent la crainte.
La norme applicable est celle des « motifs raisonnables », et non la preuve hors de tout doute raisonnable. Le demandeur n'a pas à démontrer qu'une infraction s'est déjà produite, seulement qu'il craint raisonnablement qu'elle se produise. À l'audience, les deux parties peuvent présenter de la preuve et faire entendre des témoins, et le défendeur peut contester la demande.
Ce qu'un juge peut ordonner
Si le juge de paix ou le juge est convaincu que la crainte est raisonnable, il peut ordonner au défendeur de souscrire un engagement pour une période d'au plus 12 mois. L'ordonnance peut comprendre toute condition que le tribunal juge raisonnable, notamment :
- aucun contact ni communication, directe ou indirecte, avec la personne qui a présenté la demande
- l'éloignement d'une adresse, d'un lieu de travail ou d'une école précis
- la remise des armes à feu et autres armes, et l'interdiction d'en posséder de nouvelles
- l'abstinence de drogues ou d'alcool
- l'obligation de se présenter à la police ou à une autorité de surveillance
- le dépôt d'un cautionnement en argent dans certains cas
Les conditions sont adaptées aux faits de l'affaire. Un engagement découlant d'un différend entre voisins au sujet de dommages matériels a une allure très différente de celui découlant d'une plainte de violence familiale, qui peut inclure une interdiction complète de contact et une interdiction de possession d'armes.
Si le défendeur refuse de signer
Le défendeur n'est pas forcé de signer un engagement contre son gré au sens où l'on guiderait sa main vers un stylo, mais refuser de souscrire un engagement ordonné par le tribunal a une conséquence réelle : le juge peut condamner le défendeur à une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à 12 mois pour ce refus. C'est pourquoi la plupart des défendeurs qui en arrivent à une ordonnance judiciaire choisissent de signer plutôt que de risquer la prison uniquement pour avoir refusé l'engagement.
Engagements spécialisés : articles 810.1 et 810.2
Au-delà de l'engagement général prévu à l'article 810, le Code criminel crée deux versions plus étroites et à enjeux plus élevés, généralement introduites avec la participation de la Couronne :
L'article 810.1 s'applique lorsqu'une personne craint, pour des motifs raisonnables, qu'une autre commette une infraction sexuelle contre une personne de moins de 16 ans. Les conditions peuvent inclure une interdiction de contact non supervisé avec des enfants, des restrictions sur l'utilisation d'Internet et des réseaux numériques, et l'éloignement des parcs, écoles, piscines et garderies. L'engagement dure normalement jusqu'à 12 mois, période pouvant s'étendre jusqu'à deux ans si le défendeur a une condamnation antérieure pour une infraction sexuelle pertinente visant une personne de moins de 16 ans.
L'article 810.2 s'applique lorsqu'une personne craint, pour des motifs raisonnables, qu'une autre commette une infraction grave contre la personne, et exige le consentement du procureur général pour présenter la demande. Les conditions peuvent inclure la surveillance électronique, des exigences de résidence, des couvre-feux, l'abstinence de drogues et d'alcool, et la fourniture d'échantillons de substances corporelles sur demande. Comme pour l'article 810.1, la durée standard est de 12 mois, pouvant s'étendre jusqu'à deux ans si le défendeur a une condamnation antérieure pertinente.
Dans les deux cas, le juge doit spécifiquement se demander si une interdiction de possession d'armes à feu est appropriée, et doit motiver sa décision s'il n'en impose pas.
| art. 810 (général) | art. 810.1 (crainte visant une personne de moins de 16 ans) | art. 810.2 (crainte d'une infraction grave contre la personne) | |
|---|---|---|---|
| Qui présente habituellement la demande | Toute personne | Habituellement la police ou la Couronne | La Couronne, avec le consentement du procureur général |
| Durée standard | Jusqu'à 12 mois | Jusqu'à 12 mois | Jusqu'à 12 mois |
| Durée prolongée | Non applicable | Jusqu'à 2 ans avec une condamnation antérieure pertinente | Jusqu'à 2 ans avec une condamnation antérieure pertinente |
| Conditions supplémentaires typiques | Restrictions de contact et de déplacement | Restrictions Internet, aucun contact non supervisé avec des enfants | Surveillance électronique, conditions de résidence et de couvre-feu |
Engagement de ne pas troubler l'ordre public, ordonnance restrictive, ordonnance de protection et conditions de mise en liberté
Les gens emploient souvent l'expression « ordonnance restrictive » de façon générale pour désigner toute ordonnance de non-contact, mais au Canada, il s'agit d'outils juridiquement distincts provenant de tribunaux et de lois différents.
| Type d'ordonnance | Fondement légal | Tribunal | Usage typique |
|---|---|---|---|
| Engagement de ne pas troubler l'ordre public | Code criminel, art. 810, 810.1, 810.2 | Cour criminelle (provinciale) | Crainte d'un préjudice futur ou de dommages matériels, sans exigence d'accusation ou de condamnation |
| Ordonnance restrictive | Lois provinciales de droit de la famille | Tribunal de la famille | Entre époux, ex-époux ou conjoints de fait, habituellement dans le cadre d'une séparation ou d'un divorce |
| Ordonnance de protection d'urgence ou civile | Lois provinciales sur la violence familiale (p. ex. la Protection Against Family Violence Act de l'Alberta) | Tribunal provincial ou juge de paix désigné, parfois à court préavis | Situations urgentes de violence familiale, peut être accordée rapidement |
| Conditions de mise en liberté ou de probation | Code criminel (dispositions sur le cautionnement ou la détermination de la peine) | Tribunal criminel | Imposées à une personne déjà accusée ou déclarée coupable d'une infraction, à titre de condition de mise en liberté ou de peine |
L'engagement de ne pas troubler l'ordre public se distingue des autres parce qu'il ne requiert aucune accusation criminelle. Il peut être demandé de façon entièrement autonome lorsqu'une personne craint un préjudice futur, qu'une accusation soit déposée ou non. L'ordonnance restrictive et l'ordonnance de protection civile ou d'urgence relèvent toutes deux du droit de la famille et s'appliquent généralement seulement entre personnes ayant une relation conjugale, une ex-relation conjugale ou une union de fait. Les conditions de mise en liberté et de probation, en revanche, n'existent que parce qu'une accusation ou une condamnation criminelle est déjà dans le système.
Si vous êtes aux prises avec une question de droit de la famille comme une séparation, une garde d'enfant ou une ordonnance restrictive entre partenaires, voir notre aperçu du droit de la famille au Canada pour connaître le processus provincial.
Un engagement de ne pas troubler l'ordre public apparaît-il lors d'une vérification des antécédents ?
Un engagement de ne pas troubler l'ordre public n'est pas une condamnation, de sorte qu'il ne crée pas de casier judiciaire au même sens qu'un verdict de culpabilité, et la Commission des libérations conditionnelles du Canada n'accorde pas de suspension du casier à cet égard, puisqu'il n'y a aucune condamnation à mettre de côté.
Cela dit, un engagement peut tout de même apparaître dans certaines vérifications de dossiers policiers pendant qu'il est en vigueur, notamment une vérification des dossiers de police locale ou une vérification des antécédents judiciaires qui inclut des renseignements autres que des condamnations, comme des ordonnances judiciaires. Une vérification de base des antécédents judiciaires fondée sur le nom et rattachée au CIPC (le Centre d'information de la police canadienne) ne montrerait généralement pas un engagement, puisque le CIPC enregistre les condamnations. La vérification des antécédents en vue d'un travail auprès de personnes vulnérables, le niveau le plus détaillé, réservé à ceux qui travaillent ou font du bénévolat auprès d'enfants, de personnes âgées ou d'autres personnes vulnérables, peut divulguer des renseignements supplémentaires autres que des condamnations, y compris certaines ordonnances judiciaires, à la discrétion du service de police qui l'effectue.
Pour une explication complète des différents niveaux de vérification des antécédents judiciaires au Canada et de ce que chacun peut ou ne peut pas divulguer, voir Vérifications des antécédents judiciaires au Canada.
Le bris d'un engagement de ne pas troubler l'ordre public (article 811)
Le bris de toute condition d'un engagement de ne pas troubler l'ordre public, qu'il ait été rendu en vertu de l'article 810, 810.1 ou 810.2, constitue une infraction criminelle distincte en vertu de l'article 811 du Code criminel. Il s'agit d'une infraction mixte, ce qui signifie que la Couronne peut procéder :
- par mise en accusation, entraînant une peine maximale de quatre ans d'emprisonnement, ou
- par procédure sommaire, entraînant une peine maximale moindre.
C'est là l'élément le plus important à comprendre au sujet d'un engagement de ne pas troubler l'ordre public : bien que le souscrire ne constitue pas une condamnation, ignorer ses conditions crée une véritable exposition criminelle, en plus de ce qui a mené à l'engagement au départ. Si vous croyez que quelqu'un a violé un engagement rendu en votre faveur, signalez-le à la police. Si vous êtes la personne liée par un engagement, traitez chaque condition comme pleinement exécutoire, car elle l'est.
Si la violence familiale fait partie du tableau, notre guide sur les lois sur la violence familiale au Canada explique comment les engagements de ne pas troubler l'ordre public s'inscrivent aux côtés des accusations, des conditions de mise en liberté sous caution et des autres mesures de protection utilisées dans ces cas.
Comment prend fin un engagement de ne pas troubler l'ordre public
Un engagement de ne pas troubler l'ordre public n'est pas permanent. Il expire automatiquement à la fin de sa durée, que ce soit 12 mois ou, pour un engagement spécialisé assorti d'une condamnation antérieure admissible, jusqu'à deux ans. L'une ou l'autre partie peut retourner devant le tribunal avant cette échéance pour demander à un juge de modifier les conditions si les circonstances changent, et dans certains cas, une nouvelle demande peut être présentée si la crainte sous-jacente persiste après l'expiration. Aucun renouvellement formel n'est prévu à l'article 810 lui-même; une nouvelle dénonciation et une nouvelle audience sont nécessaires pour obtenir un nouvel engagement une fois l'ancien expiré.
Obtenir de l'aide
Les audiences relatives à un engagement de ne pas troubler l'ordre public peuvent être gérées sans avocat, et le personnel du tribunal peut expliquer la paperasse, mais les enjeux, tant pour une personne réellement craignant pour sa sécurité que pour une personne visée par des conditions qui restreignent où elle peut aller et avec qui elle peut communiquer, sont suffisamment élevés pour justifier de consulter un avocat ou une clinique juridique locale avant l'audience. Pour une vue d'ensemble de la place des engagements de ne pas troubler l'ordre public parmi les autres outils de droit criminel au Canada, commencez par notre pôle de droit criminel canadien.
Avis : Cet article fournit des renseignements juridiques généraux sur le droit criminel fédéral canadien et ne remplace pas les conseils d'un avocat autorisé à exercer dans votre province. Les procédures et formulaires relatifs aux engagements de ne pas troubler l'ordre public peuvent varier selon la province et le palais de justice; communiquez avec votre palais de justice local ou une clinique juridique pour obtenir des conseils adaptés à votre situation.
Questions fréquentes
Un engagement de ne pas troubler l'ordre public me donne-t-il un casier judiciaire ?
Non. Souscrire un engagement de ne pas troubler l'ordre public n'est pas un plaidoyer de culpabilité ni une condamnation, il ne crée donc pas de casier judiciaire en soi. Il peut tout de même apparaître dans certaines vérifications de dossiers policiers pendant qu'il est en vigueur, et une vérification des antécédents en vue d'un travail auprès de personnes vulnérables peut divulguer certains renseignements autres que des condamnations dans des circonstances limitées.
Que se passe-t-il si je refuse de signer un engagement de ne pas troubler l'ordre public ?
Si un juge conclut qu'il existe des motifs raisonnables de craindre et ordonne l'engagement, le refus de le souscrire peut entraîner une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à 12 mois. La plupart des personnes qui en arrivent à cette étape choisissent de signer plutôt que de risquer la prison uniquement pour avoir refusé.
Quelle est la différence entre un engagement de ne pas troubler l'ordre public et une ordonnance restrictive au Canada ?
L'engagement de ne pas troubler l'ordre public est une ordonnance du tribunal criminel rendue en vertu de l'article 810 du Code criminel et ne dépend pas de la relation entre les parties. L'ordonnance restrictive relève du droit de la famille provincial et s'applique généralement entre époux, ex-époux ou conjoints de fait. Les provinces disposent aussi d'ordonnances de protection civile ou d'urgence distinctes en vertu de leurs lois sur la violence familiale.
Combien de temps dure un engagement de ne pas troubler l'ordre public ?
Un engagement standard prévu à l'article 810 dure jusqu'à 12 mois. Les engagements spécialisés prévus aux articles 810.1 (crainte visant une personne de moins de 16 ans) et 810.2 (crainte d'une infraction grave contre la personne) peuvent durer jusqu'à deux ans si le défendeur a une condamnation antérieure pertinente.
Que se passe-t-il si quelqu'un viole un engagement de ne pas troubler l'ordre public ?
Le bris de toute condition d'un engagement de ne pas troubler l'ordre public constitue une infraction criminelle distincte en vertu de l'article 811 du Code criminel. Il s'agit d'une infraction mixte, de sorte que la Couronne peut procéder par mise en accusation, avec une peine maximale de quatre ans d'emprisonnement, ou par procédure sommaire. Signalez tout bris présumé à la police.
Ai-je besoin d'un avocat pour demander un engagement de ne pas troubler l'ordre public ?
Non. Vous pouvez déposer vous-même une dénonciation à votre palais de justice local, et les greffiers du tribunal peuvent expliquer le processus, bien qu'un avocat ou un parajuriste puisse aider à préparer et présenter le dossier, et que l'une ou l'autre partie puisse choisir d'être représentée à l'audience.
Mises à jour
La peine maximale pour le bris d'un engagement de ne pas troubler l'ordre public en vertu de l'article 811 a été fixée à quatre ans d'emprisonnement lorsque la Couronne procède par mise en accusation.
Sources et références
- Code criminel, article 810 (engagement de ne pas troubler l'ordre public)(laws-lois.justice.gc.ca).gov
- Code criminel, article 810.1 (engagement, crainte d'une infraction sexuelle contre une personne de moins de 16 ans)(laws-lois.justice.gc.ca).gov
- Code criminel, article 810.2 (engagement, crainte d'une infraction grave contre la personne)(laws-lois.justice.gc.ca).gov
- Code criminel, article 811 (bris d'engagement)(laws-lois.justice.gc.ca).gov
- Ministère de la Justice Canada, Fiche d'information sur les engagements de ne pas troubler l'ordre public(justice.gc.ca).gov
- Gouvernement de l'Ontario, Obtenir un engagement de ne pas troubler l'ordre public(ontario.ca).gov
- Gendarmerie royale du Canada, Vérifications des antécédents judiciaires et vérifications en vue d'un travail auprès de personnes vulnérables(rcmp-grc.gc.ca).gov