Radiation contre suspension du casier au Canada

La radiation et la suspension du casier ne sont pas la même chose au Canada : la radiation détruit de façon permanente un dossier de condamnation, mais elle n'existe que pour une liste restreinte d'infractions historiquement injustes, tandis qu'une suspension du casier, le terme juridique moderne pour un pardon, met simplement de côté un éventail beaucoup plus large de condamnations ordinaires et peut tout de même être révoquée.
Deux recours différents, constamment confondus
Les personnes qui cherchent comment effacer un casier judiciaire au Canada emploient souvent radiation et suspension du casier de façon interchangeable, et bien des guides en ligne n'aident pas en les traitant comme des synonymes. Ce n'en sont pas.
Une suspension du casier est le recours à usage général que la plupart des gens ayant une ancienne condamnation admissible utilisent réellement. Elle met la condamnation de côté et la garde séparée d'une vérification des antécédents standard, mais le dossier existe toujours et la suspension peut être retirée de nouveau. La radiation est tout autre chose : c'est un recours restreint et précis que le Parlement a créé pour des condamnations qui n'auraient jamais dû être des crimes au départ, et elle détruit physiquement le dossier plutôt que de le classer séparément.
Les deux recours proviennent aussi de lois entièrement différentes. Une suspension du casier découle du Criminal Records Act. La radiation découle de l'Expungement of Historically Unjust Convictions Act, une loi distincte de 2018 conçue pour un objectif beaucoup plus restreint.
Ce que fait réellement la radiation
En vertu de l'Expungement of Historically Unjust Convictions Act, la Commission des libérations conditionnelles du Canada peut ordonner la radiation d'une condamnation pour une infraction énumérée à l'annexe de la Loi. Une fois une ordonnance de radiation rendue, la personne est réputée en droit n'avoir jamais été condamnée pour cette infraction.
Ce langage de présomption est la différence clé par rapport à une suspension du casier. La Commission avise la GRC de l'ordonnance, et la GRC doit détruire ou retirer le dossier judiciaire de la condamnation de ses systèmes, ainsi que toute copie détenue par d'autres organismes fédéraux. Le dossier ne passe pas dans un fichier distinct et suspendu comme le fait une condamnation dont le casier a été suspendu. Il disparaît.
La radiation a été créée pour un tort historique précis. Pendant des décennies, le Code criminel canadien a criminalisé l'activité sexuelle consensuelle entre hommes par des infractions comme la grossière indécence, la sodomie et le coït anal, des dispositions qui visaient les hommes gais et bisexuels même après que la conduite elle-même a été largement comprise comme ne nuisant à personne. La Loi permet à une personne condamnée en vertu de l'une de ces dispositions, lorsque l'activité sous-jacente était consensuelle et entre des personnes assez âgées selon les règles du Code criminel sur les âges rapprochés, de faire effacer la condamnation plutôt que de simplement la mettre de côté.
Qui est réellement admissible à la radiation
La radiation n'est pas un recours général pour des condamnations anciennes ou qui semblent injustes. Elle n'est offerte que pour les infractions précises énumérées à l'annexe de la Loi, que le gouverneur en conseil peut élargir avec le temps.
L'annexe couvrait à l'origine les infractions liées aux relations consensuelles entre personnes de même sexe : grossière indécence, sodomie et coït anal, ainsi que les accusations de tentative connexes. En 2023, l'annexe a été élargie par règlement pour ajouter les infractions liées aux maisons de débauche, les infractions d'action indécente et d'exhibition indécente commises dans un contexte de maison de débauche, et les infractions liées au fait de procurer ou de tenter de procurer un avortement, reconnaissant que ces dispositions avaient aussi été utilisées pour cibler des femmes et des personnes queers plutôt que pour répondre à un véritable préjudice public.
Pour les infractions liées aux relations entre personnes de même sexe précisément, la Commission doit être convaincue que l'activité était consensuelle et que toutes les personnes impliquées avaient 16 ans ou plus au moment des faits, ou relevaient autrement de l'exception d'âges rapprochés du Code criminel. Une condamnation pour une conduite qui serait encore un crime aujourd'hui, comme une infraction impliquant une absence de consentement ou une personne mineure hors de cette exception, n'est pas admissible.
Présenter une demande ne se limite pas à la personne condamnée. Si cette personne est décédée, une demande peut être présentée par un conjoint ou un partenaire conjugal de longue date, un enfant, un parent ou une fratrie, un exécuteur testamentaire ou un autre représentant légal, ou une autre personne que la Commission considère comme un représentant approprié. Cette caractéristique de demande posthume n'existe pas pour une suspension du casier.
Aucuns frais, aucun délai d'attente
La radiation n'exige aucuns frais de demande. Les demandeurs doivent tout de même rassembler des documents justificatifs, comme des dossiers judiciaires, des dossiers policiers ou des déclarations sous serment confirmant les faits de la condamnation, et ces documents peuvent coûter de l'argent à obtenir, mais la Commission ne facture rien pour la demande ni pour la décision elle-même.
Il n'y a pas non plus de délai d'attente. Une suspension du casier exige 5 ans après avoir purgé une peine pour une infraction punissable par procédure sommaire, ou 10 ans après avoir purgé une peine pour un acte criminel, avant qu'une personne ne devienne admissible à présenter une demande. La radiation ne comporte aucun délai équivalent, car la prémisse sous-jacente est différente : la conduite n'aurait jamais dû être criminalisée du tout, alors il n'y a aucune période de réadaptation à démontrer.
Ce que fait plutôt une suspension du casier
Une suspension du casier, encore souvent appelée un pardon, est le recours dont presque tout le monde d'autre ayant une ancienne condamnation a besoin. Elle est accordée par la Commission des libérations conditionnelles du Canada en vertu du Criminal Records Act et couvre un éventail beaucoup plus large de condamnations criminelles ordinaires, et non une liste fixe d'infractions historiquement injustes.
Une suspension du casier met la condamnation de côté et la garde séparée du dossier standard du Centre d'information de la police canadienne (CIPC) que la plupart des vérifications des antécédents interrogent. C'est un avantage réel et pratique pour quelqu'un qui présente une demande d'emploi, de bail ou de rôle bénévole. Mais ce n'est pas une destruction. Le dossier existe toujours physiquement, il peut être divulgué de nouveau dans des circonstances précises, et la Commission peut le révoquer entièrement si la personne est déclarée coupable par la suite de certaines infractions ou si l'on découvre qu'elle a fourni de faux renseignements dans la demande. Pour les règles d'admissibilité complètes, le coût et l'échéancier, consultez la suspension du casier et le pardon au Canada.
Comparaison côte à côte
| Radiation | Suspension du casier | |
|---|---|---|
| Ce qui arrive au dossier | Détruit de façon permanente; la personne est réputée n'avoir jamais été condamnée | Mis de côté et gardé séparé, mais non détruit |
| Qui est admissible | Seulement les infractions à l'annexe de la Loi (infractions entre personnes de même sexe, infractions liées aux maisons de débauche ou aux actions indécentes, infractions liées à l'avortement) | La plupart des condamnations, après un délai de 5 ou 10 ans, à l'exclusion d'une courte liste d'infractions inadmissibles |
| Coût | Aucuns frais de demande | 50 $ (réduits de 657,77 $ à compter du 1er janvier 2022) |
| Délai d'attente | Aucun | 5 ans (procédure sommaire) ou 10 ans (acte criminel) après la fin de la peine |
| Peut-elle être retirée | Non; le dossier est détruit, pas simplement suspendu | Oui; la Commission des libérations conditionnelles du Canada peut révoquer une suspension du casier |
| Vérification des antécédents en vue d'un travail auprès de personnes vulnérables | Ne peut pas apparaître; traitée légalement comme n'ayant jamais existé | Une condamnation pour infraction sexuelle dont le casier a été suspendu peut tout de même être divulguée |
| Qui peut présenter une demande | La personne, ou après son décès un conjoint, un membre de la famille, un exécuteur testamentaire ou un représentant approuvé | Seulement la personne, tant qu'elle est vivante et admissible |
| Loi habilitante | Expungement of Historically Unjust Convictions Act (2018) | Criminal Records Act |
Pourquoi la distinction compte réellement
La différence n'est pas qu'une simple technicité juridique. Elle change ce qu'une personne peut affirmer avec exactitude au sujet de son propre dossier, et elle change ce qui apparaît dans le type de vérification des antécédents le plus sensible.
Seule la radiation permet d'affirmer avec exactitude qu'une condamnation n'a jamais eu lieu. Une condamnation dont le casier a été suspendu est cachée de la plupart des vérifications, mais la personne a toujours techniquement un casier judiciaire au dossier, simplement mis de côté. Cette distinction compte pour tout ce qui dépend du fait d'avoir déjà été condamné pour un crime, par opposition au fait qu'une vérification révélera actuellement une condamnation.
Elle compte aussi pour une vérification des antécédents en vue d'un travail auprès de personnes vulnérables, le palier le plus approfondi de vérification des antécédents canadienne, réservé aux rôles impliquant des enfants ou des personnes vulnérables. Une vérification des antécédents en vue d'un travail auprès de personnes vulnérables est précisément autorisée à divulguer une condamnation pour infraction sexuelle dont le casier a été suspendu, même si cette même condamnation n'apparaîtrait pas dans une vérification ordinaire. Consultez les vérifications des antécédents judiciaires au Canada pour voir en quoi les trois paliers diffèrent. Une condamnation radiée est différente encore : puisque la personne est légalement réputée n'avoir jamais été condamnée, il n'y a plus de condamnation qu'aucun palier de vérification, y compris une vérification des antécédents en vue d'un travail auprès de personnes vulnérables, ne peut divulguer.
En pratique, cela signifie qu'une personne dont la seule condamnation était pour une infraction historiquement injuste et qui a obtenu une radiation a un dossier véritablement vierge à toutes fins utiles. Une personne qui a plutôt obtenu une suspension du casier pour une infraction ordinaire différente a un dossier caché de presque tout le monde, mais pas d'une vérification des antécédents en vue d'un travail auprès de personnes vulnérables et pas d'elle-même.
Le mot « radiation » est employé de façon imprécise, et cela cause une réelle confusion
Le mot radiation est employé de façon imprécise en ligne, en partie parce que c'est le terme américain courant pour sceller ou détruire un casier judiciaire, et les lois américaines sur la radiation sont souvent plus larges que la version canadienne du même terme. Une personne qui a lu au sujet de la radiation d'un dossier dans un contexte américain peut facilement présumer que le même processus large existe au Canada.
Ce n'est pas le cas. Si une personne au Canada cherche comment radier mon casier et que sa condamnation ne figure pas à l'annexe de l'Expungement of Historically Unjust Convictions Act, la radiation ne lui est simplement pas offerte, peu importe l'âge de la condamnation ou à quel point sa vie a changé depuis. Le recours qu'elle cherche réellement, dans l'écrasante majorité des cas, est une suspension du casier.
Cela vaut la peine de vérifier directement plutôt que de présumer. Quiconque n'est pas certain de la catégorie dans laquelle se situe sa condamnation devrait consulter l'annexe de l'Expungement Act ou communiquer avec la Commission des libérations conditionnelles du Canada, puisque présenter une demande pour le mauvais recours fait perdre du temps et, dans le cas d'une suspension du casier, des frais de 50 $.
Pour le reste de cette série, y compris la façon dont les différents paliers de vérification des antécédents traitent ces dossiers et ce qu'exigent le coût et les démarches d'une suspension du casier, consultez le pôle du droit criminel au Canada.
Avis de non-responsabilité : cet article fournit des renseignements généraux sur la radiation et les suspensions du casier au Canada et ne constitue pas un avis juridique. L'admissibilité à la radiation dépend de l'infraction précise, des faits de la condamnation et de l'annexe actuelle de l'Expungement of Historically Unjust Convictions Act, qui peut changer. Quiconque envisage de présenter une demande devrait consulter les directives officielles de la Commission des libérations conditionnelles du Canada ou un avocat autorisé ou un parajuriste dans sa province ou son territoire.
Questions fréquentes
La radiation est-elle la même chose qu'un pardon ou une suspension du casier au Canada?
Non. Une suspension du casier, le terme juridique moderne pour un pardon, met une condamnation de côté sans la détruire et peut être révoquée. La radiation détruit de façon permanente le dossier et ne s'applique qu'à une liste restreinte d'infractions historiquement injustes en vertu de l'Expungement of Historically Unjust Convictions Act.
Qui est admissible à la radiation au Canada?
Seulement les personnes condamnées pour une infraction énumérée à l'annexe de l'Expungement of Historically Unjust Convictions Act, principalement les infractions liées à des activités sexuelles consensuelles entre personnes de même sexe comme la grossière indécence, la sodomie et le coït anal, en plus des infractions liées aux maisons de débauche, aux actions indécentes et à l'avortement ajoutées à l'annexe en 2023. Elle n'est pas offerte pour des condamnations ordinaires.
Est-ce que présenter une demande de radiation coûte quelque chose?
Il n'y a aucuns frais de demande pour la radiation. Les demandeurs pourraient tout de même devoir payer pour des documents justificatifs comme des dossiers judiciaires ou policiers. Cela diffère d'une suspension du casier, qui coûte 50 $ depuis le 1er janvier 2022.
Une personne peut-elle présenter une demande de radiation au nom d'un membre de la famille décédé?
Oui. Si la personne condamnée est décédée, un conjoint ou un partenaire conjugal de longue date, un enfant, un parent ou une fratrie, un exécuteur testamentaire ou un autre représentant légal, ou une autre personne que la Commission considère comme un représentant approprié peut présenter une demande. Il n'existe aucun processus posthume équivalent pour une suspension du casier.
Une condamnation radiée peut-elle apparaître dans une vérification des antécédents?
Non. Une fois radiée, la personne est légalement réputée n'avoir jamais été condamnée, et la GRC doit détruire le dossier judiciaire. Aucun palier de vérification des antécédents, y compris une vérification des antécédents en vue d'un travail auprès de personnes vulnérables, ne peut la divulguer, car elle n'existe plus légalement.
Je veux radier mon casier au Canada. De quoi ai-je réellement besoin?
Presque toujours d'une suspension du casier, pas d'une radiation. La radiation n'est offerte que pour les infractions figurant à l'annexe de l'Expungement Act. Si une condamnation ne figure pas à cette annexe, la suspension du casier est le recours applicable, sous réserve de son propre délai d'attente, de ses règles d'admissibilité et de ses frais de 50 $.
Mises à jour
L'Expungement of Historically Unjust Convictions Act a reçu la sanction royale, créant un recours de destruction permanente pour une liste restreinte de condamnations historiquement injustes, distinct du processus de suspension du casier.
L'annexe de l'Expungement Act a été élargie par règlement pour ajouter les infractions liées aux maisons de débauche, aux actions indécentes et à l'exhibition indécente, et à l'avortement, en plus des infractions originales liées aux activités sexuelles entre personnes de même sexe.
Sources et références
- Gouvernement du Canada, Qu'est-ce que la radiation?(canada.ca).gov
- Gouvernement du Canada, Quelles condamnations sont admissibles à la radiation?(canada.ca).gov
- Gouvernement du Canada, Foire aux questions sur la radiation(canada.ca).gov
- Expungement of Historically Unjust Convictions Act, SC 2018, c 11(laws-lois.justice.gc.ca).gov
- Order Establishing Criteria Related to Certain Offences Listed in the Schedule to the Expungement of Historically Unjust Convictions Act, SOR/2023-29(gazette.gc.ca).gov
- Commission des libérations conditionnelles du Canada, Qu'est-ce qu'une suspension du casier?(canada.ca).gov
- Criminal Records Act, RSC 1985, c C-47(laws-lois.justice.gc.ca).gov
- GRC, Vérifications en vue d'un travail auprès de personnes vulnérables(rcmp-grc.gc.ca).gov