Lois sur les couteaux et armes au Canada : ce qui est illégal

Il n'existe aucune limite légale de longueur de lame pour les couteaux au Canada; ce qui rend un couteau illégal, c'est sa conception (un couteau à ouverture automatique ou déguisé) ou le but et la manière dont il est porté.
Le mythe de la longueur de lame, démystifié
Une rumeur persistante veut que le Canada interdise tout couteau dont la lame dépasse une certaine longueur fixe, le plus souvent citée comme 3 pouces (environ 7,6 cm) ou 4 pouces (environ 10 cm). Elle est répétée constamment en ligne et même par certains détaillants. Ce n'est pas vrai. Le Code criminel fédéral ne contient aucune règle fondée sur une mesure pour les lames de couteau.
Ce qui détermine réellement si un couteau est légal au Canada se résume à deux questions distinctes : ce type précis de couteau est-il, par sa conception, une arme prohibée et, sinon, pourquoi et comment cette personne le porte-t-elle. Un grand couteau de cuisine, un couteau de chasse ou un couteau pliant de poche à longue lame n'est pas illégal en soi. Un petit couteau à ouverture automatique peut être illégal peu importe la brièveté de sa lame.
Armes prohibées : une question de conception, pas de taille
Le paragraphe 84(1) du Code criminel définit une « arme prohibée » comme toute arme désignée comme telle dans le Règlement désignant des armes à feu, armes, éléments ou pièces d'armes, accessoires, chargeurs, munitions et projectiles comme étant prohibés ou à autorisation restreinte, une annexe maintenue au niveau fédéral. Pour les couteaux, cette liste cible un petit nombre de mécanismes précis, et non les dimensions de la lame :
- Couteaux à ouverture automatique (cran d'arrêt). Tout couteau dont la lame s'ouvre automatiquement par gravité, force centrifuge ou pression manuelle sur un bouton, un ressort ou un autre dispositif intégré au manche. De nombreux couteaux dits « à ouverture assistée » vendus en ligne entrent dans cette catégorie selon le fonctionnement exact du mécanisme.
- Couteaux papillon (balisong). Couteaux dont le manche se divise en deux parties articulées se repliant autour de la lame.
- Poignards à poussée. Couteaux conçus pour être tenus dans un poing, la lame dépassant entre les doigts, parfois appelés couteaux à anneaux.
- Couteaux boucles de ceinture. Couteaux déguisés en un autre objet, comme une boucle de ceinture, de sorte que la lame est dissimulée dans un article de tous les jours.
- Couteaux centrifuges manuels. Couteaux qui s'ouvrent uniquement par un mouvement du poignet utilisant la force centrifuge, à distinguer d'un couteau pliant ordinaire ouvert à la main.
La possession de l'un ou l'autre de ces couteaux constitue une infraction en vertu de l'article 91(2) du Code criminel, peu importe pourquoi la personne le possède, où elle se l'est procuré, ou si elle avait l'intention de s'en servir. Un but innocent n'est pas un moyen de défense à la simple possession d'une arme prohibée.
Les deux infractions qui touchent les gens ordinaires
Au Canada, beaucoup plus d'accusations liées aux couteaux visent un couteau par ailleurs parfaitement légal qu'une véritable arme prohibée. Deux articles du Code criminel font le travail :
Le port pour un but dangereux pour la paix publique (art. 88)
Le paragraphe 88(1) fait du port ou de la possession d'une arme, y compris un couteau ordinaire, « dans un dessein dangereux pour la paix publique ou dans le but de commettre une infraction » une infraction. C'est ce qui transforme un couteau de poche ou un couteau de cuisine légal en accusation criminelle : non pas l'objet lui-même, mais le but derrière le fait de le porter, évalué selon les circonstances environnantes, comme l'endroit où se trouvait la personne, ce qu'elle a dit, et ce qui se passait par ailleurs à ce moment.
Le port d'une arme dissimulée (art. 90)
Le paragraphe 90(1) fait, séparément, du port d'une arme dissimulée une infraction, à moins que la personne ne soit autorisée en vertu de la Loi sur les armes à feu à la porter dissimulée. Cela s'applique que la personne ait eu ou non un quelconque but dangereux; la dissimulation seule constitue l'infraction.
Les deux sont des actes criminels comportant des peines maximales importantes, et les deux peuvent faire l'objet d'accusations même lorsque le couteau lui-même, vendu ouvertement dans n'importe quelle quincaillerie ou boutique d'articles de cuisine, est parfaitement légal à posséder.
La légitime défense n'est généralement pas une raison légitime de porter un couteau
Cela surprend beaucoup de gens. Aux États-Unis, « pour se défendre » est une raison courante et souvent acceptée pour porter un couteau ou du poivre de Cayenne. Les tribunaux canadiens n'ont généralement pas accepté ce raisonnement en vertu de l'article 88. Porter un couteau parce qu'on craint d'être attaqué, sans menace précise et immédiate, a été traité à répétition par les tribunaux canadiens comme relevant tout de même d'un « dessein dangereux pour la paix publique », parce que la personne est prête à s'en servir contre une autre personne si la situation se présente. Décider de porter une arme « juste au cas où » n'équivaut pas à agir en légitime défense au moment où une force est réellement employée contre vous, une question juridique distincte régie par les articles 34 et 35 du Code criminel. Voir notre guide sur les lois sur la légitime défense au Canada pour comprendre comment le véritable moyen de défense fonctionne une fois qu'une attaque a déjà commencé, et pourquoi le Canada n'a aucune règle du type « stand your ground ».
Poivre de Cayenne, aérosol pour ours et pistolets à impulsions électriques
Ces produits de défense personnelle destinés aux consommateurs sont traités très différemment au Canada que dans une grande partie des États-Unis :
- Le poivre de Cayenne ou la « mace » commercialisés pour être utilisés contre des personnes répond à la définition d'une arme prohibée en vertu du règlement fédéral (un dispositif conçu pour blesser, immobiliser ou neutraliser une personne en projetant une substance nocive) et ne peut être légalement acheté ni porté par le grand public.
- L'aérosol pour ours et l'aérosol répulsif pour chiens sont légaux à acheter et à porter pour leur usage indiqué, soit dissuader un animal. Ils sont homologués comme produits antiparasitaires, et non comme armes. Porter un aérosol pour ours avec l'intention réelle de l'utiliser contre une personne plutôt que contre la faune peut en faire une arme prohibée ou appuyer une accusation en vertu de l'article 88, pour la même raison qu'un couteau ordinaire.
- Les Tasers et autres pistolets à impulsions électriques qui utilisent un courant électrique pour immobiliser une personne sont des armes prohibées pour un usage civil au Canada, avec de rares exceptions pour les forces de l'ordre.
Bref aperçu du permis d'armes à feu
Les armes à feu relèvent d'un régime distinct et beaucoup plus réglementé que les couteaux. Quiconque souhaite posséder légalement une arme à feu au Canada a besoin d'un permis de possession et d'acquisition (PPA), délivré après un cours de sécurité et une vérification des antécédents, les armes à feu étant classées comme sans restriction, à autorisation restreinte ou prohibées. Depuis le 21 octobre 2022, le Canada a également gelé la vente, l'achat et le transfert d'armes de poing à usage personnel à l'intérieur du pays et bloqué l'entrée au Canada de nouvelles armes de poing acquises, avec de rares exemptions pour les tireurs sportifs autorisés et certaines professions. Ce gel n'affecte pas la capacité des propriétaires existants de conserver et d'utiliser une arme de poing qu'ils possédaient déjà légalement.
Les provinces et les municipalités ajoutent leurs propres règles
Le Code criminel établit le seuil national, mais les provinces et les villes y ajoutent des restrictions supplémentaires. Il vaut la peine de vérifier les règles locales avant de présumer que la réponse fédérale offre le portrait complet :
| Palier | Règle supplémentaire typique |
|---|---|
| Provincial | Restrictions de vente au détail sur certains couteaux aux mineurs |
| Municipal | Règlements limitant le port de couteaux ou d'autres armes dans certains lieux, comme les réseaux de transport, les parcs ou les établissements licenciés |
| Municipal | Règlements locaux sur les armes pouvant ajouter des peines en plus d'une accusation en vertu du Code criminel pour le même incident |
Vérifiez toujours la loi provinciale sur la protection du consommateur ou la sécurité publique de votre province, ainsi que les règlements de votre municipalité, en plus des règles fédérales ci-dessus.
À quoi ressemble réellement une condamnation
Les infractions liées aux armes prévues au Code criminel sont des infractions mixtes, ce qui signifie que la Couronne peut procéder par mise en accusation dans les circonstances plus graves ou par procédure sommaire dans les cas moins graves. La simple possession d'une arme prohibée en vertu de l'article 91 est passible d'un maximum de cinq ans par mise en accusation. Le port d'une arme dans un dessein dangereux pour la paix publique en vertu de l'article 88 est passible d'un maximum de dix ans par mise en accusation, ce qui reflète le sérieux avec lequel les tribunaux traitent un élément d'intention s'ajoutant à la simple possession. Le port d'une arme dissimulée en vertu de l'article 90 est passible d'un maximum de cinq ans par mise en accusation. Les peines réellement imposées pour une première infraction impliquant un couteau par ailleurs légal, sans blessure et sans dossier aggravant, sont habituellement bien en deçà de ces maximums, mais une condamnation crée tout de même un casier judiciaire avec toutes les conséquences qui en découlent, y compris des restrictions de voyage et la divulgation lors de vérifications des antécédents.
Ressources connexes
- Pôle de droit criminel canadien
- Lois sur la légitime défense au Canada
- L'arrestation par un citoyen au Canada
Avis : Cet article explique le droit fédéral canadien général sur les couteaux et les armes et ne constitue pas un avis juridique. Les règles provinciales et municipales ajoutent des restrictions supplémentaires qui ne sont pas entièrement couvertes ici. Si vous faites face à une accusation liée aux armes, consultez un avocat en droit criminel autorisé à exercer dans votre province.
Questions fréquentes
Existe-t-il une limite légale de longueur de lame pour les couteaux au Canada ?
Non. Le Code criminel n'établit aucune limite fondée sur une mesure pour la longueur de la lame. La légalité d'un couteau dépend de sa conception, par exemple s'il s'agit d'un couteau à ouverture automatique ou déguisé, et du but et de la manière dont il est porté, non de la longueur de sa lame.
Puis-je légalement porter un couteau de poche au Canada ?
Un couteau de poche pliant ordinaire est légal à posséder et à porter pour un but légitime, comme le travail ou les activités de plein air. Cela devient une infraction s'il est porté dans un but dangereux pour la paix publique en vertu de l'article 88 du Code criminel, ou porté dissimulé sans autorisation en vertu de l'article 90.
Est-il légal de porter un couteau pour se défendre au Canada ?
Généralement, non. Les tribunaux canadiens ont jugé à répétition que porter une arme parce qu'on craint d'être attaqué, sans menace immédiate, relève tout de même du port d'une arme dans un but dangereux pour la paix publique en vertu de l'article 88. Cela diffère d'agir en légitime défense une fois qu'une attaque est réellement en cours.
Le poivre de Cayenne est-il légal au Canada ?
Le poivre de Cayenne ou la « mace » conçus pour être utilisés contre des personnes sont une arme prohibée et ne peuvent être légalement achetés ni portés par le public. L'aérosol pour ours et l'aérosol pour chiens sont légaux, mais uniquement pour leur usage indiqué de dissuasion d'un animal, non comme produit de défense personnelle contre des personnes.
Quels couteaux sont réellement illégaux à posséder au Canada ?
Les types de couteaux prohibés au fédéral comprennent les couteaux à ouverture automatique (cran d'arrêt), les couteaux papillon, les poignards à poussée, les couteaux boucles de ceinture, et les couteaux qui s'ouvrent uniquement par force centrifuge d'un mouvement du poignet. Posséder l'un ou l'autre de ces couteaux constitue une infraction peu importe l'intention.
Les pistolets à impulsions électriques ou Tasers sont-ils légaux pour les civils au Canada ?
Non. Les dispositifs qui utilisent un courant électrique pour immobiliser ou neutraliser une personne, y compris les pistolets à impulsions électriques et Tasers destinés aux consommateurs, sont des armes prohibées pour la possession civile au Canada.
Mises à jour
Un gel national sur la vente, l'achat et le transfert d'armes de poing à usage personnel à l'intérieur du Canada est entré en vigueur, accompagné d'un blocage de l'entrée au pays de nouvelles armes de poing acquises, avec de rares exemptions pour les tireurs sportifs autorisés et certaines professions.
Sources et références
- Code criminel, LRC 1985, ch. C-46 - article 84 (définitions, y compris arme prohibée)(laws-lois.justice.gc.ca).gov
- Code criminel, LRC 1985, ch. C-46 - article 88 (possession d'une arme dans un dessein dangereux pour la paix publique)(laws-lois.justice.gc.ca).gov
- Code criminel, LRC 1985, ch. C-46 - article 90 (port d'une arme dissimulée)(laws-lois.justice.gc.ca).gov
- Code criminel, LRC 1985, ch. C-46 - article 91 (possession non autorisée d'une arme ou d'une arme prohibée)(laws-lois.justice.gc.ca).gov
- Règlement désignant des armes à feu, armes, éléments ou pièces d'armes, accessoires, chargeurs, munitions et projectiles comme étant prohibés ou à autorisation restreinte, DORS/98-462(laws-lois.justice.gc.ca).gov
- GRC - Programme canadien des armes à feu (permis, classification et modifications réglementaires actuelles)(rcmp.ca).gov
- Sécurité publique Canada - Gel du marché des armes de poing(pm.gc.ca).gov
- Sécurité publique Canada - Ancien projet de loi C-21 : Assurer la sécurité des Canadiens face aux crimes commis avec des armes à feu(publicsafety.gc.ca).gov