Heures Supplémentaires en France : Les Règles de Majoration Expliquées

Un salarié en France qui travaille au-delà de la durée légale hebdomadaire a généralement droit à une rémunération majorée pour ces heures supplémentaires, calculée selon un taux de majoration fixé par la loi, ainsi qu'à un repos obligatoire une fois franchi un seuil annuel d'heures. Le taux exact, le seuil, et même la définition de ce qui constitue une heure supplémentaire peuvent tous être modifiés par une convention collective applicable, de sorte que les règles par défaut présentées ci-dessous constituent un point de départ, et non la règle définitive pour chaque employeur.
Cet article présente les règles par défaut dans l'ordre où un salarié est le plus susceptible d'en avoir besoin : comment la durée légale hebdomadaire et ses limites maximales sont définies, comment le taux de rémunération lui-même est calculé, ce qui se passe une fois que le salarié dépasse le contingent annuel d'heures supplémentaires, comment les heures supplémentaires interagissent avec l'impôt sur le revenu et les cotisations sociales, pourquoi certains salariés ne suivent pas du tout ces règles horaires, et ce qu'un salarié doit démontrer si un employeur conteste que des heures supplémentaires ont été effectuées.
Informations vérifiées pour la dernière fois le 19 juillet 2026. Cet article présente des informations juridiques générales, et non un avis juridique.
Portée juridictionnelle : Cet article couvre les règles de rémunération des heures supplémentaires prévues par le droit du travail national français, le Code du travail. Il ne couvre pas le taux ou le seuil spécifique fixé par une convention collective ou un accord d'entreprise donné, ni le droit du travail hors de France.
La durée légale hebdomadaire et les durées maximales
La durée légale du travail à temps plein en France est fixée à 35 heures par semaine (Code du travail, article L3121-27). Les heures effectuées au-delà de ce seuil par un salarié à temps plein constituent, en principe, des heures supplémentaires, et déclenchent les règles de majoration et de contingent décrites ci-dessous. Cet article traite du régime applicable aux salariés à temps plein. Les salariés à temps partiel qui travaillent au-delà des heures fixées dans leur propre contrat relèvent en revanche d'un régime distinct, quoique proche, appelé heures complémentaires, qui obéit à ses propres règles, non traitées dans cet article.
Le Code du travail fixe également des durées maximales qui s'appliquent indépendamment du taux de majoration payé par l'employeur : 10 heures par jour (article L3121-18), 48 heures par semaine (article L3121-20), et une moyenne de 44 heures calculée sur toute période de 12 semaines consécutives (article L3121-22). Le chiffre de 44 heures est une moyenne glissante, et non un plafond hebdomadaire absolu, de sorte qu'un salarié peut travailler plus de 44 heures au cours d'une semaine donnée, jusqu'au plafond absolu de 48 heures, tant que la moyenne sur la période de 12 semaines reste égale ou inférieure à 44 heures. Ces durées maximales existent indépendamment de la question de la rémunération ; un employeur ne peut pas s'en affranchir simplement en payant une majoration plus élevée, et leur dépassement soulève une question de conformité distincte de celle de la rémunération des heures supplémentaires traitée dans le reste de cet article.
Le taux de majoration : 25%, puis 50%
Sauf accord applicable, le taux de majoration par défaut est de 25% pour chacune des 8 premières heures supplémentaires effectuées au-delà de la durée légale, et de 50% pour chaque heure suivante (Code du travail, article L3121-36). Ce taux par défaut s'applique automatiquement en l'absence de convention collective traitant la question, ce qui en fait le taux le plus couramment observé sur un bulletin de paie. À titre d'illustration de cette structure à deux paliers, un salarié soumis aux règles par défaut qui effectue 40 heures au cours d'une semaine, soit 5 heures au-delà de la durée légale de 35 heures, verrait ces 5 heures intégralement majorées à 25%, puisqu'elles s'inscrivent dans les 8 premières heures supplémentaires de cette semaine. Un salarié qui effectue 45 heures au cours d'une semaine verrait les 8 premières heures supplémentaires majorées à 25% et les 2 heures restantes majorées à 50%.
Une convention collective de branche ou d'entreprise peut fixer un taux différent. La loi ne pose qu'une seule limite à cette flexibilité : un taux négocié ne peut jamais être inférieur à 10% (article L3121-33). En pratique, cela signifie que la convention collective applicable à un employeur donné doit toujours être vérifiée avant de présumer que le taux par défaut de 25%/50% s'applique, car de nombreux secteurs négocient leurs propres chiffres, parfois un taux unique et forfaitaire pour toutes les heures supplémentaires plutôt que la structure à deux paliers décrite ci-dessus. La convention collective applicable est souvent mentionnée sur le bulletin de paie du salarié, ou peut être confirmée directement auprès du service des ressources humaines de l'employeur.
Le contingent annuel et le repos compensateur obligatoire
Indépendamment du taux de rémunération, le droit français limite le nombre d'heures supplémentaires qu'un salarié peut effectuer au cours d'une année avant de déclencher une protection supplémentaire. Sauf accord applicable, le contingent annuel par défaut est de 220 heures par salarié (article D3121-24). Les employeurs suivent généralement ce contingent sur l'année de référence pour chaque salarié, car son dépassement modifie les conséquences de toute heure supplémentaire effectuée par la suite.
Les heures supplémentaires effectuées au-delà de ce contingent ne se contentent pas de porter la majoration habituelle ; elles génèrent également un droit à repos obligatoire appelé contrepartie obligatoire en repos. Il s'agit d'un temps de repos, et non d'une rémunération supplémentaire, et il s'agit d'un mécanisme distinct de la majoration de 25%/50% décrite ci-dessus, une distinction qui prête souvent à confusion car les deux mécanismes utilisent des pourcentages d'apparence similaire. Sauf accord contraire, le droit à repos est fixé à 50% des heures supplémentaires effectuées au-delà du contingent dans les entreprises de 20 salariés au plus, et à 100% de ces heures dans les entreprises de plus de 20 salariés (article L3121-38). Ainsi, par exemple, un salarié d'une entreprise de plus de 20 salariés qui effectue 10 heures au-delà du contingent de 220 heures au cours d'une année donnée aurait droit, sauf accord contraire, à 10 heures de repos supplémentaires en plus de la rémunération déjà due pour ces heures.
Le traitement fiscal et social en 2026
La rémunération des heures supplémentaires bénéficie d'une exonération d'impôt sur le revenu, actuellement plafonnée à 7 500 EUR de rémunération nette imposable par an (Code général des impôts, article 81 quater). Ce plafond reste fixé à 7 500 EUR pour les revenus perçus en 2026. Au cours des débats sur le budget 2026, un amendement a proposé de supprimer purement et simplement le plafond de 7 500 EUR, de sorte que la rémunération exonérée des heures supplémentaires n'aurait plus eu de limite annuelle. Cet amendement n'a pas été retenu dans la loi de finances promulguée. Le plafond de 7 500 EUR prévu à l'article 81 quater du Code général des impôts demeure donc le droit en vigueur, et les articles de presse sur les débats budgétaires suggérant le contraire décrivent une proposition et non la règle actuellement applicable. Les montants de rémunération d'heures supplémentaires exonérée dépassant le plafond de 7 500 EUR au cours d'une année donnée deviennent soumis à l'impôt sur le revenu dans les conditions de droit commun, comme tout autre salaire.
La rémunération des heures supplémentaires bénéficie également d'une réduction de la part salariale des cotisations de sécurité sociale. Cette réduction est gérée par l'URSSAF selon un mécanisme prévu par le Code de la sécurité sociale (article L241-17), le taux exact étant fixé par décret plutôt qu'inscrit directement dans la loi elle-même. Les salariés souhaitant connaître le taux précis actuellement en vigueur doivent consulter directement les informations officielles de l'URSSAF, car un taux fixé par décret peut évoluer d'une année à l'autre ; cet article ne mentionne donc pas de pourcentage précis pour cette raison. La réduction et l'exonération d'impôt sur le revenu sont deux mécanismes distincts qui s'appliquent tous deux à la même rémunération exonérée d'heures supplémentaires, l'un réduisant ce qui est prélevé au titre des cotisations sociales, l'autre réduisant ce qui est dû au titre de l'impôt sur le revenu.
Le forfait jours : pourquoi les règles horaires ne s'appliquent pas
Certains salariés ne sont pas rémunérés en heures supplémentaires sur une base horaire. Une convention de forfait en jours peut s'appliquer aux cadres qui disposent d'une réelle autonomie dans l'organisation de leur emploi du temps, ainsi qu'aux autres salariés dont la durée du travail ne peut être prédéterminée et qui disposent d'une réelle autonomie dans l'organisation de leur emploi du temps (articles L3121-58 et L3121-64). Dans le cadre de ce dispositif, le temps de travail est comptabilisé en jours par rapport à un plafond annuel, fixé par défaut à 218 jours, plutôt qu'en heures. Ce dispositif nécessite un accord individuel avec le salarié, généralement formalisé dans le contrat de travail ou un avenant à celui-ci, et il nécessite en général une convention collective applicable autorisant cette pratique chez cet employeur.
Parce que le dispositif du forfait jours mesure le temps en jours, le taux de majoration horaire, le contingent annuel, et la contrepartie obligatoire en repos décrits ci-dessus ne s'appliquent pas aux salariés soumis à ce dispositif. Leurs protections proviennent au contraire d'un ensemble différent de garanties : le suivi de la charge de travail par l'employeur, un examen périodique de l'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, et un droit à la déconnexion des communications professionnelles en dehors des heures de travail. Un salarié qui estime avoir été placé à tort sous un dispositif de forfait jours, par exemple parce que ses fonctions n'impliquent pas réellement d'autonomie dans l'organisation de son emploi du temps, peut être en mesure de contester cette classification, bien que cette question dépasse le cadre de cet article.
Litiges sur des heures supplémentaires impayées : la charge de la preuve
Lorsqu'un salarié et un employeur sont en désaccord sur la question de savoir si des heures supplémentaires ont été effectuées, ou sur leur nombre, la loi répartit la charge de la preuve entre les deux parties plutôt que de la faire peser entièrement sur l'une d'elles (Code du travail, article L3171-4). Le salarié doit d'abord présenter des éléments à l'appui de sa demande, et le niveau d'exigence attaché à ces éléments a évolué au fil du temps. Depuis un arrêt de mars 2020 de la Cour de cassation (Cass. soc. 18 mars 2020, n. 18-10.919), le salarié doit présenter des éléments suffisamment précis quant aux heures non rémunérées réclamées, un critère qui a remplacé l'exigence antérieure, plus vague, selon laquelle une demande devait simplement être étayée dans ses grandes lignes.
Une fois que le salarié a présenté ces éléments, l'employeur doit y répondre en fournissant ses propres éléments de décompte des heures effectivement travaillées, tels que des feuilles de temps ou des relevés d'horaires. Un juge apprécie ensuite les éléments fournis par les deux parties pour former sa conviction ; aucune des deux parties ne l'emporte automatiquement en se contentant d'affirmer un nombre d'heures. En pratique, les éléments qu'un salarié peut rassembler incluent des notes personnelles sur les heures effectuées, des courriels ou messages envoyés en dehors des horaires habituels de travail, ou des relevés d'accès aux locaux ou de badgeage lorsqu'ils existent, bien que ce qui constitue des éléments suffisamment précis relève en définitive de l'appréciation du juge au cas par cas.
Cette question de preuve est distincte de ce qu'il advient des sommes impayées à la fin du contrat de travail du salarié. Pour les créances salariales impayées en général, y compris les heures supplémentaires impayées, voir notre guide sur ce que l'employeur doit verser à la fin d'un contrat en France. Les litiges relatifs aux heures supplémentaires sont également distincts de la question du préavis qui se pose lorsqu'un salarié démissionne ; voir notre guide sur le préavis de démission en France pour ce sujet distinct. Pour le droit aux congés payés qui court parallèlement à une semaine de travail normale, voir notre guide sur les congés payés en France. Un aperçu plus large des sujets de droit du travail français est disponible sur le portail France.
Avertissement
Cet article est fourni à des fins d'information générale et reflète le droit du travail français tel qu'il était compris à la date de vérification indiquée ci-dessus. Il ne constitue pas un avis juridique et ne crée aucune relation avocat-client. Les règles applicables aux heures supplémentaires peuvent être modifiées par une convention collective applicable, et les situations individuelles varient, y compris le taux de majoration précis, la taille du contingent annuel, et le taux de la contrepartie obligatoire en repos applicable chez un employeur donné. Les lecteurs sont invités à consulter la convention collective applicable à leur employeur, le service de paie ou des ressources humaines de l'employeur, ou un professionnel qualifié, pour toute question relative à une situation particulière.
Questions fréquentes
Quel est le taux de majoration des heures supplémentaires en France ?
Sauf accord contraire, le taux est de 25% pour les 8 premières heures supplémentaires effectuées au-delà de la durée légale, et de 50% pour chaque heure suivante. Une convention collective peut fixer un taux différent, mais jamais inférieur à 10%.
La rémunération des heures supplémentaires est-elle imposée en France en 2026 ?
La rémunération des heures supplémentaires reste exonérée d'impôt sur le revenu jusqu'à 7 500 EUR de rémunération nette imposable par an pour 2026. Une proposition visant à supprimer purement et simplement ce plafond a été débattue au cours du budget 2026, mais elle n'a pas été retenue et ne constitue pas le droit en vigueur.
Que se passe-t-il une fois que je dépasse le contingent annuel d'heures supplémentaires ?
Les heures supplémentaires effectuées au-delà du contingent annuel applicable, fixé par défaut à 220 heures, déclenchent une période de repos obligatoire appelée contrepartie obligatoire en repos, fixée à 50% dans les entreprises de 20 salariés au plus et à 100% dans les entreprises plus grandes, sauf accord contraire.
Les salariés au forfait jours bénéficient-ils d'heures supplémentaires ?
Non. Un dispositif de forfait jours comptabilise le temps de travail en jours, et non en heures, par rapport à un plafond annuel fixé par défaut à 218 jours. Le taux de majoration horaire et le contingent annuel ne s'appliquent pas ; l'employeur doit en revanche suivre la charge de travail et respecter le droit à la déconnexion du salarié.
Comment prouver des heures supplémentaires impayées en cas de litige ?
Depuis un arrêt de 2020 de la Cour de cassation, le salarié doit présenter des éléments suffisamment précis quant aux heures non rémunérées réclamées, afin que l'employeur puisse y répondre. L'employeur doit ensuite fournir ses propres éléments de décompte des heures travaillées, et un juge apprécie les éléments fournis par les deux parties.
Tous les employeurs appliquent-ils le même taux de majoration ?
Non. Les taux de 25%/50% et le contingent de 220 heures sont des règles par défaut qui ne s'appliquent qu'en l'absence de convention applicable. De nombreux accords de branche ou d'entreprise fixent des chiffres différents, il convient donc de vérifier en premier lieu la convention collective applicable à l'employeur concerné.
Les cotisations de sécurité sociale sont-elles réduites sur la rémunération des heures supplémentaires ?
Oui. Outre l'exonération d'impôt sur le revenu, la rémunération des heures supplémentaires bénéficie d'une réduction de la part salariale des cotisations de sécurité sociale, gérée par l'URSSAF selon un taux fixé par décret.
Sources et références
- Code du travail, article L3121-27 (durée légale de 35 heures)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code du travail, article L3121-18 (durée maximale quotidienne)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code du travail, article L3121-20 (durée maximale hebdomadaire absolue)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code du travail, article L3121-22 (durée hebdomadaire moyenne sur 12 semaines)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code du travail, article L3121-36 (majoration des heures supplémentaires)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code du travail, article L3121-33 (plancher conventionnel de 10%)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code du travail, art. D3121-24 (contingent annuel de 220 heures)(code.travail.gouv.fr).gov
- Code du travail, article L3121-38 (taux de la contrepartie obligatoire en repos)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code général des impôts, article 81 quater (exonération d'impôt des heures supplémentaires)(legifrance.gouv.fr).gov
- Service-public.gouv.fr (exonération fiscale des heures supplémentaires)(service-public.gouv.fr).gov
- Code de la sécurité sociale, article L241-17 (réduction de cotisations salariales)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code du travail, article L3121-58 (éligibilité au forfait jours)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code du travail, article L3121-64 (plafond de 218 jours et garanties)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code du travail, article L3171-4 (charge de la preuve des heures supplémentaires)(legifrance.gouv.fr).gov
- Cass. soc. 18 mars 2020, n. 18-10.919 (standard actuel de preuve)(legifrance.gouv.fr).gov