La donation de son vivant en France : abattements et règle des 15 ans

Une donation de son vivant permet à une personne de transmettre de l'argent ou des biens à des membres de sa famille de son vivant, en utilisant en grande partie les mêmes abattements fiscaux que ceux applicables au décès. Ces abattements se renouvelant tous les 15 ans, et pouvant se cumuler avec des exonérations propres aux donations, donner de son vivant permet, dans la durée, de transmettre davantage de patrimoine en franchise d'impôt qu'une transmission unique au décès.
Informations vérifiées pour la dernière fois le 19 juillet 2026. Cet article présente des informations juridiques générales, et non un conseil juridique.
Champ d'application : Cet article traite exclusivement des donations de son vivant en droit français national. Il n'aborde pas les règles de droits de donation ou de transmission d'aucun autre pays.
La donation de son vivant : transmettre de son vivant plutôt qu'au décès
Une donation de son vivant est tout simplement une donation consentie pendant que le donateur est en vie, par opposition à une transmission qui ne prend effet qu'au décès. Elle peut prendre la forme d'un don manuel, une remise informelle d'espèces, de titres ou de biens meubles, ou d'une donation notariée, obligatoire pour les donations de biens immobiliers et pour des montages plus structurés tels que la donation-partage, décrite plus loin.
Le traitement fiscal d'une donation de son vivant reflète en général celui d'une succession provenant de la même personne : les mêmes abattements liés au lien de parenté, décrits sur notre page consacrée aux droits de succession, s'appliquent aux donations, et le même barème progressif s'applique à tout montant excédant l'abattement. Ce qui distingue la donation de son vivant, c'est la règle de rappel fiscal de 15 ans décrite ci-après, ainsi qu'un ensemble d'exonérations propres aux donations qui viennent s'ajouter aux abattements généraux.
Le rappel fiscal de 15 ans : pourquoi les abattements se renouvellent
L'article 784 du CGI fixe une période de rappel de 15 ans, appelée rappel fiscal, qui régit la manière dont les donations antérieures affectent une donation ultérieure ou une succession provenant de la même personne. Toute donation consentie plus de 15 ans avant l'événement imposé, qu'il s'agisse d'une nouvelle donation ou du décès du donateur, sort entièrement du calcul, et l'abattement utilisé pour cette donation antérieure est intégralement reconstitué.
C'est le mécanisme à l'origine d'un fait qui surprend de nombreux lecteurs : l'abattement de 100 000 € en ligne directe n'est pas un montant applicable une seule fois dans une vie. Un parent qui a donné 100 000 € à un enfant en 2010, puis fait une nouvelle donation à ce même enfant après 2025, dispose à nouveau, sur le plan fiscal, d'un abattement de 100 000 € intégralement reconstitué, car plus de 15 ans séparent les deux donations. Ce même renouvellement de 15 ans s'applique aux abattements des frères et sœurs, des neveux et nièces, et des autres liens de parenté décrits sur la page consacrée aux droits de succession.
Le don familial de sommes d'argent (article 790 G) : 31 865 € tous les 15 ans
Indépendamment des abattements généraux liés au lien de parenté, l'article 790 G du CGI prévoit une exonération supplémentaire spécifique aux dons en espèces, appelée don familial de sommes d'argent, d'un montant de 31 865 € tous les 15 ans. Cette exonération se cumule avec l'abattement ordinaire applicable au lien de parenté concerné.
Plusieurs conditions doivent être réunies simultanément. La personne qui fait le don doit avoir moins de 80 ans à la date du don. La personne qui le reçoit doit être majeure, c'est-à-dire âgée de 18 ans ou plus, ou mineure émancipée. Le don doit lui-même prendre la forme d'espèces, d'un chèque, d'un virement ou d'un don par carte, et non d'un bien immobilier ou d'un autre type de bien. Enfin, le don doit être déclaré ou enregistré par le bénéficiaire dans le mois suivant sa réception. Cette exonération est en principe ouverte aux dons consentis aux enfants, petits-enfants ou arrière-petits-enfants, ou, à défaut de descendant de ce type, aux neveux, nièces, petits-neveux ou petites-nièces par représentation.
Ces règles applicables aux donations de son vivant s'ajoutent aux règles générales de succession décrites sur notre page de présentation des successions, sans s'y substituer, et coexistent avec le régime distinct applicable au capital d'assurance vie, présenté sur notre page consacrée à l'assurance vie et à la succession. Une famille utilise souvent plusieurs de ces outils conjointement dans la durée, ce qui explique en partie pourquoi la compréhension du fonctionnement du renouvellement de 15 ans, décrite ci-après, dépasse le cadre d'une simple donation isolée.
Cumuler les abattements : un exemple chiffré
L'abattement général en ligne directe et l'abattement pour don familial en espèces peuvent être utilisés ensemble, la même année, pour le même bénéficiaire, puisqu'ils relèvent d'articles distincts du code général des impôts.
Prenons l'exemple d'un père de moins de 80 ans qui donne à son enfant majeur 131 865 € en espèces en 2026. Sur ce montant, 100 000 € sont couverts par l'abattement en ligne directe de l'article 779, et les 31 865 € restants sont couverts par l'abattement pour don familial en espèces de l'article 790 G. Ces deux abattements peuvent être utilisés la même année, pour le même bénéficiaire, et se reconstituent tous deux après 15 ans en vertu de l'article 784. Impôt dû sur cette donation : 0 €.
Cet exemple est purement illustratif et utilise des chiffres ronds pour montrer comment ces deux abattements se cumulent. Il ne tient pas compte d'autres donations que le même donateur ou le même bénéficiaire auraient pu consentir ou recevoir au cours de la même période de 15 ans, lesquelles devraient être imputées sur les mêmes abattements.
Dons destinés à l'achat ou à la rénovation d'un logement : une exonération temporaire
Au-delà des abattements ordinaires, le droit français prévoit actuellement deux exonérations temporaires propres aux dons, applicables aux sommes données pour le logement, toutes deux créées au sein du même article du code général des impôts, l'article 790 A bis, mais suivant des calendriers différents et couvrant des situations différentes. Elles ne doivent pas être traitées comme une exonération unique et continue, car leurs conditions et leurs dates de fin diffèrent.
Dons pour logement neuf, achat sur plan ou rénovation énergétique : du 15 février 2025 au 31 décembre 2026
La première exonération, créée par la loi n° 2025-127 du 14 février 2025, s'applique aux dons en espèces consentis du 15 février 2025 au 31 décembre 2026 inclus, plafonnés à 100 000 € par donateur et à 300 000 € au total par bénéficiaire. Les sommes données doivent être utilisées, dans les six mois suivant le don, pour acheter un logement neuf, un logement acheté sur plan (vente en l'état futur d'achèvement), ou pour financer des travaux de rénovation énergétique sur la résidence principale du bénéficiaire. Le bien acquis ou rénové doit ensuite être conservé pendant cinq ans.
Cette exonération doit actuellement prendre fin le 31 décembre 2026. Les lecteurs consultant cette page après cette date devraient vérifier si l'exonération a été prolongée, une page rédigée avant cette échéance ne pouvant savoir si le législateur l'aura reconduite.
Un second dispositif rapporté pour les logements anciens, non confirmé
Plusieurs commentaires décrivent un second volet du même article, qui étendrait un traitement comparable aux dons utilisés pour acheter un logement ancien plutôt qu'un logement neuf, pour un primo-accédant, et qui courrait jusqu'en 2027. Ce second volet n'a pas pu être confirmé au regard du texte codifié de l'article 790 A bis ni des commentaires de l'administration fiscale tels qu'ils se présentent en juillet 2026, et l'amendement sénatorial correspondant à cette description a été retiré au cours de la procédure budgétaire. Il n'est donc pas présenté ici comme du droit en vigueur. Toute personne à qui l'on affirme qu'une telle exonération s'applique à une donation envisagée devrait demander à son notaire de lui indiquer le texte l'instituant avant de s'y fier.
Donation simple ou donation-partage : quelle différence ?
La donation-partage est une forme particulière de donation de son vivant, réalisée par acte notarié, par laquelle une personne répartit tout ou partie de ses biens entre plusieurs héritiers, généralement ses enfants, de son vivant. En vertu des articles 1075 à 1078 du Code civil, les biens donnés dans le cadre d'une véritable donation-partage sont évalués à la date de la donation elle-même, et non à la date du décès, pour le calcul de la réserve héréditaire et de la quotité disponible décrites sur notre page consacrée à la réserve héréditaire.
Cette évaluation figée ne s'applique que si deux conditions sont réunies : chaque héritier réservataire a reçu et accepté un lot dans le cadre de l'opération, et celle-ci constitue un véritable partage, c'est-à-dire une division effective des biens, et non une succession de donations individuelles distinctes. Lorsque ces conditions sont réunies, toute plus-value des biens donnés postérieure à la date de la donation revient au seul bénéficiaire et n'est pas réintégrée au décès ultérieur du donateur.
À l'inverse, dans une donation simple ordinaire, c'est-à-dire un don direct à une ou plusieurs personnes sans division formelle entre tous les héritiers réservataires, la valeur retenue pour les calculs ultérieurs relatifs à la réserve héréditaire est celle à la date du décès, et non celle à la date de la donation. Si les biens donnés ont pris ou perdu une valeur significative entre la donation et le décès, cela peut créer entre les héritiers des situations que la donation-partage vise précisément à éviter.
Avertissement
Cet article fournit des informations générales sur les donations de son vivant et leur traitement fiscal en droit français, à la date de vérification indiquée ci-dessus. Il ne constitue pas un conseil juridique, fiscal ou financier et ne crée aucune relation d'avocat à client ni aucune autre relation professionnelle. L'opportunité et les modalités d'une donation de son vivant dépendent de la situation familiale et financière de chacun, et les lecteurs envisageant une donation devraient consulter un notaire ou un conseiller fiscal qualifié avant d'agir.
Questions fréquentes
À quelle fréquence puis-je donner de l'argent à mon enfant en franchise d'impôt en France ?
Les principaux abattements se renouvellent tous les 15 ans en vertu de la règle du rappel fiscal prévue à l'article 784 du CGI. Une fois 15 ans écoulés depuis une donation antérieure, l'abattement du donateur pour ce bénéficiaire est de nouveau disponible dans son intégralité.
Quel montant peut être donné à un enfant sans payer d'impôt ?
100 000 € tous les 15 ans au titre de l'abattement en ligne directe de l'article 779 du CGI, cumulable avec 31 865 € supplémentaires tous les 15 ans au titre de l'abattement pour don familial en espèces de l'article 790 G si le donateur a moins de 80 ans, soit un total de 131 865 € en franchise d'impôt.
Qu'est-ce que le don familial de sommes d'argent ?
Un abattement pour don en espèces de 31 865 € en vertu de l'article 790 G du CGI, disponible tous les 15 ans, en plus de l'abattement ordinaire applicable au lien de parenté. Le donateur doit avoir moins de 80 ans à la date du don, le bénéficiaire doit être majeur ou mineur émancipé, le don doit prendre la forme d'espèces, d'un chèque ou d'un virement plutôt que d'un bien, et il doit être déclaré dans le mois.
L'exonération pour don destiné à un logement neuf s'applique-t-elle encore après 2026 ?
En l'état actuel du texte, cette exonération doit prendre fin le 31 décembre 2026. Les lecteurs consultant cette page après cette date devraient vérifier si elle a été prolongée avant de s'y fier.
Quelle est la différence entre une donation simple et une donation-partage ?
Dans une donation-partage, les biens donnés sont évalués à la date de la donation pour le calcul de la réserve héréditaire et de la quotité disponible, de sorte que la plus-value ultérieure revient au seul bénéficiaire. Dans une donation simple, c'est au contraire la valeur à la date du décès qui est retenue, ce qui peut créer une inégalité entre les héritiers si les biens donnés ont pris ou perdu de la valeur entre-temps.
Les grands-parents peuvent-ils utiliser le même abattement pour don en espèces que les parents ?
L'abattement pour don en espèces de l'article 790 G est en principe ouvert aux dons consentis aux enfants, petits-enfants ou arrière-petits-enfants, ou, à défaut de tels descendants, aux neveux, nièces, petits-neveux ou petites-nièces par représentation.
La règle des 15 ans s'applique-t-elle à toutes les donations, y compris immobilières ?
Oui. Le rappel fiscal de 15 ans prévu à l'article 784 du CGI s'applique aux donations en général, et pas seulement aux dons en espèces, bien que des exonérations spécifiques telles que l'abattement pour don en espèces ou les exonérations temporaires pour don destiné au logement comportent leurs propres conditions distinctes, en plus de la règle générale.
Sources et références
- Code général des impôts, article 784 (rappel fiscal de 15 ans)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code général des impôts, article 790 G (don familial de sommes d'argent, 31 865 € tous les 15 ans)(legifrance.gouv.fr).gov
- Journal officiel, loi n° 2025-127 du 14 février 2025, article 71 (exonération pour don destiné au logement, article 790 A bis)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, articles 1075 à 1078 (évaluation de la donation-partage)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code général des impôts, article 779 (abattement en ligne directe applicable aux donations)(legifrance.gouv.fr).gov