La Réserve Héréditaire en France : La Quotité Disponible Expliquée

La France applique la réserve héréditaire : une part de chaque succession, la réserve héréditaire, est réservée par la loi aux enfants et ne peut être donnée par testament ou par donation entre vifs. Cet article explique comment la réserve héréditaire est calculée, comment elle est mise en œuvre, et ce qu'elle signifie pour une succession internationale liée à un autre pays.
Informations vérifiées pour la dernière fois le 19 juillet 2026. Cet article présente des informations juridiques générales, non un avis juridique.
Champ d'application territorial : Cet article décrit la réserve héréditaire selon le droit successoral français interne. Il ne couvre pas les règles de réserve héréditaire ou de family provision de tous les pays. Une succession liée à plusieurs pays peut être régie en tout ou en partie par le droit d'un autre pays en vertu du règlement européen sur les successions (règlement 650/2012), et l'interaction entre la réserve héréditaire française et une loi étrangère est traitée plus loin dans cet article. Les lecteurs ne devraient pas présumer que les règles françaises décrites ici s'appliquent automatiquement à toute succession ayant un lien avec la France.
Qu'est-ce que la Réserve Héréditaire ?
La réserve héréditaire est une caractéristique fondamentale du droit des successions en France. Plutôt que de laisser l'intégralité de la succession être répartie librement selon un testament ou des donations entre vifs, le droit français réserve une part de chaque succession, appelée la réserve héréditaire, à certains héritiers. La part restante, que le défunt est libre de donner par testament ou par donation, est appelée la quotité disponible.
Les enfants sont les héritiers réservataires principaux en droit français. En l'absence de descendants, un conjoint survivant non divorcé devient héritier réservataire à sa place, bien qu'avec une part protégée plus réduite, décrite plus loin. La réserve héréditaire n'est pas une simple règle par défaut qui ne s'applique qu'en l'absence de testament ; c'est une limite impérative qui encadre ce qu'un testament ou une donation peut valablement faire, même lorsque le testament exprime par ailleurs très clairement les volontés du défunt.
C'est une différence importante par rapport aux systèmes juridiques fondés sur une pleine liberté testamentaire, où une personne peut généralement léguer sa succession à qui elle souhaite, y compris en excluant totalement un enfant. Toute personne ayant des biens ou des liens familiaux en France, y compris une personne vivant habituellement sous un autre système juridique, doit comprendre cette distinction avant de présumer qu'un testament existant régira le sort des biens situés en France.
Réserve Héréditaire et Quotité Disponible : Les Proportions Selon le Nombre d'Enfants (Art. 913)
L'article 913 du Code civil fixe les proportions exactes selon le nombre d'enfants laissés par le défunt à son décès. Avec un enfant, la quotité disponible est de la moitié de la succession, ce qui signifie que la réserve héréditaire correspond à l'autre moitié. Avec deux enfants, la quotité disponible descend au tiers, ce qui signifie que la réserve héréditaire s'élève aux deux tiers, partagée entre les enfants. Avec trois enfants ou plus, la quotité disponible est du quart, ce qui signifie que la réserve héréditaire est des trois quarts, quel que soit le nombre d'enfants au-delà de trois.
Autrement dit, la réserve héréditaire ne continue pas d'augmenter indéfiniment avec le nombre d'enfants ; elle est plafonnée aux trois quarts de la succession dès qu'il y a trois enfants ou plus. La quotité disponible est la part que le défunt peut attribuer par testament ou par donations entre vifs à qui il souhaite, y compris un conjoint, un partenaire, une association, ou un enfant de préférence à un autre, sans porter atteinte à la réserve héréditaire des autres héritiers réservataires.
Le Conjoint Survivant en Tant qu'Héritier Réservataire en l'Absence de Descendants (Art. 914-1)
Lorsque le défunt ne laisse aucun descendant, la réserve héréditaire se déplace des enfants vers le conjoint survivant, à condition que ce conjoint ne soit pas divorcé du défunt. L'article 914-1 plafonne les donations et les legs, qu'ils soient faits du vivant du défunt ou par testament, aux trois quarts de la succession dans cette situation, ce qui signifie que le conjoint survivant dispose d'une réserve héréditaire d'un quart.
Cette réserve héréditaire du conjoint n'existe que lorsqu'il n'y a pas de descendants. Lorsque le défunt laisse des enfants ou d'autres descendants, la réserve héréditaire leur appartient en vertu de l'article 913, et la position du conjoint survivant est alors régie par les règles distinctes de succession du conjoint décrites sur la page générale consacrée à l'héritage en France, lesquelles portent sur les droits du conjoint en tant qu'héritier plutôt qu'en tant qu'héritier réservataire. Un partenaire pacsé ou un concubin ne dispose d'aucune réserve héréditaire en droit français, une distinction traitée plus en détail sur la page consacrée aux partenariats civils en France.
Un Enfant Peut-il Être Déshérité en France ? (Non, et Voici Pourquoi)
Une question fréquente, en particulier de la part d'une personne habituée à un système juridique fondé sur la liberté testamentaire, est de savoir si un parent peut simplement exclure un enfant d'un testament. En droit français, la réponse est non pour un testateur résidant en France ayant des enfants : un enfant ne peut pas être déshérité.
C'est une conséquence directe de la réserve héréditaire décrite ci-dessus. Parce qu'une part définie de la succession est légalement réservée aux enfants, un testament qui prétend exclure un enfant, ou une donation entre vifs qui produit effectivement le même résultat, ne parvient pas à supprimer les droits protégés de cet enfant. La réserve héréditaire de l'enfant subsiste malgré cette tentative, et l'excédent peut être récupéré par le mécanisme décrit dans la section suivante.
Cette protection est propre aux héritiers réservataires. Elle ne s'étend pas à tous les parents ; un frère, une sœur, un cousin ou un ami n'a aucune réserve héréditaire et peut effectivement être exclu par testament. Cette protection est également distincte de la question de savoir qui hérite par défaut en l'absence de testament, laquelle suit l'ordre des héritiers plutôt que la réserve héréditaire.
L'Action en Réduction : Comment la Réserve Héréditaire Est Concrètement Mise en Œuvre
La réserve héréditaire n'est pas seulement un principe ; elle dispose d'un mécanisme de mise en œuvre spécifique. L'article 920 du Code civil prévoit que les donations et legs, directs ou indirects, qui portent atteinte à la réserve d'un héritier réservataire sont réductibles jusqu'à la quotité disponible telle qu'elle existe à l'ouverture de la succession.
En pratique, cela signifie qu'une donation ou un legs qui va trop loin n'est pas automatiquement nul dès l'origine. Au contraire, une fois la personne qui l'a consenti décédée, l'héritier réservataire concerné peut engager une action en réduction pour faire réduire la part excédentaire, afin que l'héritier réservataire reçoive finalement ce que la réserve héréditaire lui garantit. Le calcul consiste à évaluer les donations et legs consentis et à les comparer à la quotité disponible existant au moment de l'ouverture de la succession.
C'est l'outil juridique qui fait de la réserve héréditaire davantage que de simples mots. Une tentative délibérée de déshériter un enfant, que ce soit par une donation importante unique, une série de donations plus modestes, ou une disposition testamentaire, peut être défaite après le décès par cette action, dans la limite de ce que protège la réserve héréditaire.
Successions Internationales et Expatriés : Le Droit de Prélèvement Compensatoire
Les successions internationales soulèvent une question distincte : que se passe-t-il lorsqu'une personne soumise à la réserve héréditaire française décède alors que sa succession, ou une partie de celle-ci, est régie par une loi étrangère qui ne protège pas les enfants de la même manière, voire pas du tout ? En vertu du règlement européen sur les successions, une personne peut choisir la loi d'un pays dont elle a la nationalité pour régir sa succession, un choix appelé professio juris, ce qui peut conduire à l'application d'une loi autre que la loi française, même à des biens situés en France.
En réponse aux préoccupations selon lesquelles cette liberté de choix de loi pourrait être utilisée pour priver les enfants des protections françaises, une loi de 2021, la loi n. 2021-1109 du 24 août 2021, en vigueur depuis le 1er novembre 2021, a ajouté une règle spécifique à l'article 913 du Code civil : le droit de prélèvement compensatoire. Lorsque le défunt ou au moins un enfant est ressortissant d'un État membre de l'Union européenne ou y réside habituellement, et que la loi étrangère applicable à la succession n'offre aucun mécanisme protecteur pour les enfants, un enfant peut réclamer une compensation sur les biens situés en France, à hauteur du niveau de protection que le droit français lui aurait accordé.
Cette règle paraît large, mais sa portée pratique est plus étroite qu'il n'y paraît d'abord. Parce que le texte ne s'applique que lorsque la loi étrangère n'offre aucun mécanisme protecteur pour les enfants, la pratique notariale française considère désormais cette règle comme inapplicable partout où la loi étrangère comporte son propre équivalent fonctionnel, même si cet équivalent fonctionne différemment de la réserve héréditaire française. À la suite d'une réclamation selon laquelle cette règle pourrait entrer en conflit avec la liberté de choix de loi prévue par le règlement européen sur les successions, la position notariale dominante considère que les régimes de family provision reconnus en droit anglais, et les mécanismes anglo-saxons comparables qui permettent à un tribunal d'accorder un soutien à un enfant sur une succession, constituent un tel équivalent. En pratique, cela signifie que le droit de prélèvement compensatoire est rarement mis en œuvre contre une succession régie par le droit anglais ou un système de common law comparable, même s'il demeure en principe applicable lorsque la loi étrangère n'offre véritablement aucune protection.
Il s'agit d'un domaine évolutif, fondé sur une position de la pratique notariale plutôt que sur une décision de justice publiée, de sorte que toute personne ayant une succession internationale liée à la France et à une juridiction de common law telle que l'Angleterre ou les États-Unis devrait traiter l'interaction entre un testament étranger et la réserve héréditaire française comme une question relevant d'un conseil individuel, et non une réponse unique et définitive. Les questions plus larges relatives aux successions internationales, y compris la détermination de la loi applicable en premier lieu, sont traitées sur la page consacrée à l'héritage en France, et les conséquences en matière de droits de succession sont traitées séparément sur la page consacrée aux droits de succession.
Les questions ci-dessous portent sur les sujets les plus fréquents concernant la réserve héréditaire en France.
Avertissement
Cet article fournit des informations générales sur la réserve héréditaire et les droits successoraux réservataires en droit français, à la date de vérification indiquée ci-dessus. Il ne constitue pas un avis juridique, fiscal ou financier et ne crée aucune relation avocat-client ou autre relation professionnelle. L'interaction entre la réserve héréditaire française et une loi étrangère dépend étroitement des faits, notamment la nationalité, la résidence habituelle et d'autres circonstances individuelles. Toute personne ayant une succession internationale liée à la France devrait consulter un notaire ou un avocat qualifié.
Questions fréquentes
Un parent peut-il déshériter un enfant en France ?
Non. Les enfants sont des héritiers réservataires en droit français, et toute donation ou legs qui porte atteinte à leur réserve héréditaire peut être réduit par l'action en réduction prévue par l'article 920 du Code civil.
Quelle est la réserve héréditaire avec deux enfants ?
Avec deux enfants, la réserve héréditaire est des deux tiers de la succession et la quotité disponible est du tiers, en vertu de l'article 913.
Quelle est la réserve héréditaire avec trois enfants ou plus ?
Avec trois enfants ou plus, la réserve héréditaire est des trois quarts de la succession et la quotité disponible est du quart, et la réserve héréditaire n'augmente pas au-delà de trois enfants.
Le conjoint survivant dispose-t-il d'une réserve héréditaire ?
Seulement lorsque le défunt ne laisse pas de descendants. Dans ce cas, l'article 914-1 plafonne les donations et legs aux trois quarts de la succession, ce qui donne au conjoint survivant non divorcé une réserve héréditaire d'un quart.
Le choix d'une loi étrangère pour régir une succession peut-il supprimer les protections françaises accordées aux enfants ?
Pas automatiquement. Un ajout de 2021 à l'article 913 permet à un enfant de réclamer une compensation sur les biens situés en France dans certains cas internationaux, bien que la pratique notariale française actuelle considère cette règle comme rarement applicable lorsque la loi étrangère concernée comporte déjà son propre mécanisme protecteur pour les enfants.
Un expatrié britannique ou américain peut-il s'appuyer sur son testament établi dans son pays d'origine pour échapper à la réserve héréditaire française ?
Cela dépend des faits, notamment la nationalité, la résidence habituelle, et tout choix de loi effectué en vertu du règlement européen sur les successions. La pratique notariale française considère actuellement le droit de prélèvement compensatoire comme rarement mis en œuvre contre des successions régies par le droit anglais ou des systèmes comparables de family provision, mais il s'agit d'une position de la pratique sur une question évolutive, non d'un résultat garanti, et un conseil individuel est recommandé.
La réserve héréditaire a-t-elle été supprimée ou réduite en 2026 ?
Non. Au 19 juillet 2026, la réserve héréditaire demeure pleinement en vigueur. Une proposition de loi sénatoriale visant à l'assouplir pour les très grandes successions à vocation philanthropique n'avait pas été adoptée.
Qu'est-ce que l'action en réduction ?
C'est l'action en justice qu'un héritier réservataire peut engager après un décès pour réduire une donation ou un legs excédant la quotité disponible, afin que l'héritier réservataire reçoive la part que la loi lui garantit, en vertu de l'article 920 du Code civil.
Sources et références
- Code civil, article 913 (réserve héréditaire et quotité disponible)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 914-1 (réserve héréditaire du conjoint)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 920 (action en réduction)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 734 (ordre des héritiers)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 757 (conjoint survivant en présence de descendants)(legifrance.gouv.fr).gov
- service-public.gouv.fr, Peut-on déshériter ses enfants(service-public.gouv.fr).gov