Mourir sans testament en France : la succession sans testament

Lorsqu'une personne décède en France sans laisser de testament, rien n'est laissé au hasard ni à l'accord de la famille quant à la question de savoir qui hérite. Le Code civil intervient avec un ordre de succession fixe, la dévolution légale, qui décide de tout : quels proches héritent, dans quel ordre, et dans quelle proportion. Les héritiers ne peuvent pas décider entre eux de le modifier, et une promesse faite par le défunt de son vivant n'a aucune valeur juridique si elle n'a pas été formalisée dans un testament valide.
Cette question compte bien plus que ce que la plupart des gens imaginent, car l'ordre légal produit chaque jour des résultats qui surprennent les familles. Un partenaire de longue date peut ne rien recevoir. Un conjoint survivant peut être contraint de partager la succession avec les parents du défunt. Et un enfant issu d'une précédente union peut discrètement réduire ce que le conjoint est autorisé à recevoir. Les règles ci-dessous expliquent précisément comment la succession est partagée en l'absence de testament.
Informations vérifiées pour la dernière fois le 22 juillet 2026. Cette page présente des informations juridiques générales, et non un conseil juridique personnalisé.
Les quatre ordres d'héritiers
L'ossature de la succession sans testament repose sur l'article 734 du Code civil. En l'absence de conjoint survivant, il classe les parents par le sang en quatre ordres, chaque ordre excluant tous les ordres suivants.
- Premier ordre : les enfants du défunt et leurs descendants.
- Deuxième ordre : le père et la mère, ainsi que les frères et sœurs et leurs descendants.
- Troisième ordre : les ascendants autres que le père et la mère, comme les grands-parents.
- Quatrième ordre : les collatéraux autres que les frères et sœurs et leurs descendants, comme les oncles, tantes et cousins.
Chacune de ces quatre catégories forme un ordre complet qui exclut les ordres suivants. Si le défunt laisse ne serait-ce qu'un enfant, ce premier ordre hérite et les parents, grands-parents et cousins ne reçoivent rien. Ce n'est que lorsqu'un ordre est entièrement vide que l'ordre suivant hérite. Au sein d'un même ordre, la succession est partagée selon les règles du degré de parenté et, lorsqu'un parent plus proche est décédé, selon les règles de la représentation, qui permettent aux petits-enfants de venir à la place d'un parent prédécédé.
Le conjoint survivant se situe en dehors des quatre ordres
Les quatre ordres concernent les parents par le sang. Le conjoint marié survivant relève d'un ensemble de règles distinct, énoncé aux articles 756 à 767, et sa part varie selon les proches qui lui survivent. C'est sur ce point que la plupart des résumés se trompent, car les droits du conjoint ne correspondent pas à une fraction unique.
Lorsque le défunt laisse des enfants
L'article 757 régit ce cas, et il se divise en deux situations très différentes.
Si tous les enfants du défunt sont également les enfants du conjoint survivant, celui-ci peut choisir entre le quart de la succession en pleine propriété et l'usufruit de la totalité de la succession. Choisir l'usufruit permet en général au conjoint de continuer à vivre dans le logement familial et de percevoir les revenus de la succession sa vie durant, tandis que les enfants détiennent la nue-propriété.
S'il existe ne serait-ce qu'un enfant qui n'est pas également l'enfant du conjoint, ce choix disparaît. Le conjoint est alors limité au quart de la succession en pleine propriété, et l'option de l'usufruit n'est plus disponible. Un seul enfant issu d'une précédente union réduit donc sensiblement ce que le conjoint survivant peut recevoir.
Lorsque le défunt ne laisse pas d'enfant
En l'absence de descendants, l'article 757-1 s'applique. Si les deux parents du défunt sont encore en vie, le conjoint survivant reçoit la moitié de la succession, et chaque parent reçoit un quart. Si un seul parent survit, ce parent reçoit un quart et le conjoint survivant reçoit les trois quarts restants.
En l'absence de descendants et si aucun parent ne survit, l'article 757-2 attribue la totalité de la succession au conjoint survivant, avant les frères et sœurs, les grands-parents et tous les parents plus éloignés, sous une seule réserve : en application de l'article 757-3, lorsque le défunt avait reçu un bien de l'un de ses parents par succession ou donation et que ce bien se retrouve en nature dans la succession, la moitié de ce bien précis revient aux frères et sœurs du défunt ou à leurs descendants.
Les partenaires de PACS et les concubins n'héritent rien
Le mot « conjoint » dans ces règles désigne uniquement l'époux ou l'épouse marié, et personne d'autre. Un partenaire lié par un PACS (pacte civil de solidarité) et un concubin n'ont absolument aucun droit légal à hériter en droit français. En l'absence de testament, la succession revient aux parents par le sang et, si la personne était mariée, au conjoint survivant, et le partenaire survivant est purement et simplement exclu.
C'est l'erreur d'appréciation la plus dommageable que commettent les gens. Un couple qui a vécu ensemble pendant des décennies sans se marier, ou qui a conclu un PACS en croyant à tort qu'il conférait des droits successoraux, peut découvrir que le survivant ne reçoit rien tandis que des parents éloignés héritent du logement. La seule solution est le testament, et même dans ce cas les enfants du défunt restent protégés par la réserve héréditaire décrite dans les règles sur la réserve héréditaire.
La réserve héréditaire continue de s'appliquer
Mourir sans testament ne désactive pas la réserve héréditaire, la part de la succession que la loi française garantit aux enfants du défunt. La succession sans testament se contente de répartir la succession selon l'ordre légal ; elle n'élargit en rien la liberté de déshériter quiconque. Si le défunt avait effectué des donations de son vivant, celles-ci peuvent être réintégrées dans le calcul des parts. L'interaction entre les parts légales, la réserve héréditaire et les éventuelles donations est exposée dans la présentation générale des successions et le guide sur la réserve héréditaire.
Lorsqu'aucun héritier n'est retrouvé
Il arrive qu'une succession n'ait aucun héritier identifiable, ou que tous les héritiers potentiels y aient renoncé. La loi traite cette situation par étapes.
La succession est d'abord déclarée vacante, ce qui signifie qu'aucun successible connu ne l'a acceptée. Elle est alors administrée par le service des domaines de l'État, qui sécurise et gère les biens. Si, à l'issue du délai légal, aucun héritier ne se manifeste, la succession devient en déshérence et revient à l'État en application de l'article 539 du Code civil.
Le détail important, que beaucoup de résumés omettent, est que l'État n'est pas traité comme un héritier ordinaire. En vertu de l'article 724, les héritiers légaux sont saisis de la succession de plein droit, mais l'État ne l'est pas. Il doit demander et obtenir l'envoi en possession (une décision judiciaire de mise en possession) du tribunal judiciaire en application des articles 811 et suivants avant de devenir réellement propriétaire des biens. Tant que le tribunal n'a pas rendu cette décision, l'État se contente d'administrer la succession ; il n'en est pas propriétaire.
Comment la succession est concrètement réglée
En pratique, un notaire ouvre la succession, établit l'acte de notoriété identifiant les héritiers légaux, et applique les parts légales décrites ci-dessus. Lorsque la succession comprend un bien immobilier ou atteint le seuil applicable, le recours à un notaire est obligatoire, et le coût de ce travail est expliqué dans le guide sur les frais de notaire. Lorsque des proches se retrouvent propriétaires d'un bien en commun après la succession, les règles sur l'indivision déterminent comment ils peuvent le gérer ou le vendre.
Pour le contexte complet des successions en France, y compris la fiscalité et les options testamentaires, voir le pôle successions et testaments, le guide sur les droits de succession, et les règles pour rédiger un testament valide.
Questions fréquentes
Qui hérite si un résident français décède sans testament ?
Le Code civil applique la dévolution légale, son ordre de succession par défaut. Les enfants et leurs descendants viennent en premier et excluent tous les ordres suivants. En l'absence de descendants, la succession revient aux père et mère ainsi qu'aux frères et sœurs et leurs descendants, puis aux autres ascendants, puis aux autres collatéraux, selon les quatre ordres de l'article 734. Le conjoint marié survivant dispose de droits distincts qui se combinent à cet ordre et peut recevoir une partie ou la totalité de la succession selon les proches qui survivent.
Que reçoit un conjoint survivant sans testament en France ?
Cela dépend des autres proches survivants. Si tous les enfants du défunt sont également les enfants du conjoint, celui-ci choisit entre le quart de la succession en pleine propriété et l'usufruit de la totalité de la succession en vertu de l'article 757. En présence d'un enfant issu d'une autre union, le conjoint est limité au quart en pleine propriété, sans option d'usufruit. En l'absence d'enfant, le conjoint reçoit la moitié si les deux parents du défunt survivent et les trois quarts si un seul survit, et la totalité de la succession si aucun parent ne survit.
Un partenaire de PACS hérite-t-il sans testament en France ?
Non. Un partenaire lié par un PACS, ainsi qu'un concubin, n'ont absolument aucun droit légal à hériter. En l'absence de testament, la succession revient aux parents par le sang et, si le défunt était marié, au conjoint survivant. Pour hériter, un partenaire de PACS doit être désigné dans un testament, sous réserve de la réserve héréditaire qui protège les enfants du défunt. C'est le malentendu le plus fréquent et le plus coûteux en matière de succession en France.
Qu'est-ce que l'usufruit et pourquoi importe-t-il au conjoint ?
L'usufruit est le droit d'utiliser un bien et d'en percevoir les revenus, par exemple habiter un logement ou percevoir des loyers, sans en être pleinement propriétaire ; la nue-propriété revient aux autres héritiers et se reconstitue en pleine propriété lorsque l'usufruit s'éteint. Lorsque tous les enfants sont communs, le conjoint survivant peut opter pour l'usufruit de la totalité de la succession en vertu de l'article 757, ce qui lui permet souvent de conserver le logement familial sa vie durant, tandis que les enfants détiennent la nue-propriété.
Que devient une succession en France en l'absence totale d'héritier ?
La succession est d'abord traitée comme vacante, ce qui signifie qu'aucun héritier connu ne l'a acceptée, et elle est administrée par le service des domaines de l'État. Si aucun héritier ne se manifeste jamais, elle devient en déshérence et revient à l'État en application de l'article 539. Point essentiel, l'État n'est pas traité comme un héritier : en vertu de l'article 724, il n'est pas saisi automatiquement et doit obtenir l'envoi en possession du tribunal judiciaire en application des articles 811 et suivants avant de devenir réellement propriétaire des biens, se contentant de les administrer jusque-là.
Sources et références
- Code civil, article 734 (ordres d'héritiers), Légifrance(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 757 (droits du conjoint survivant en présence de descendants), Légifrance(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 757-1 (conjoint et père et mère), Légifrance(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 757-2 (conjoint seul), Légifrance(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 724 (saisine des héritiers et de l'État), Légifrance(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 539 (biens des personnes décédées sans héritier), Légifrance(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, section 1 : Des successions vacantes (articles 809 à 810-12), Légifrance(legifrance.gouv.fr).gov
- Succession : héritiers en l'absence de testament, service-public.gouv.fr(service-public.gouv.fr).gov
- Code civil, section 2 : Des droits du conjoint successible (articles 756 à 767), Légifrance(legifrance.gouv.fr).gov