Testament et succession en France : héritage, réserve héréditaire et droits de succession

En France, les successions sont régies par le Code civil, et la particularité qui surprend le plus les lecteurs venus de pays de common law est qu'une succession française n'appartient pas entièrement au testateur pour en disposer. Une partie de celle-ci, appelée la réserve héréditaire, revient de plein droit aux héritiers réservataires. Selon l'article 913 du Code civil, la quotité disponible est de la moitié de la succession en présence d'un enfant, du tiers en présence de deux enfants, et du quart en présence de trois enfants ou plus. Tout le reste est réservé.
Ce renversement de logique façonne tout le reste de cette page. Un testament français s'applique à l'intérieur de la quotité disponible plutôt que sur l'ensemble de la succession, les donations antérieures sont réintégrées dans le calcul, et l'impôt est calculé héritier par héritier plutôt que sur la succession globale. Les pages ci-dessous présentent qui hérite par défaut, dans quelle mesure ce résultat peut être orienté, ce que coûte la transmission, et ce qui se passe lorsque plusieurs héritiers se retrouvent propriétaires du même bien.
Informations vérifiées pour la dernière fois le 20 juillet 2026. Cette page présente des informations juridiques générales, et non un avis juridique.
Qui hérite par défaut
En l'absence de conjoint, le droit français appelle les héritiers selon quatre ordres successifs en vertu de l'article 734 du Code civil : d'abord les enfants et leurs descendants, puis les père et mère avec les frères et sœurs et leurs descendants, puis les autres ascendants, puis les autres collatéraux. Un ordre plus proche exclut ceux qui le suivent, de sorte que cette structure règle la plupart des successions avant même la lecture d'un éventuel testament.
Le conjoint survivant est traité séparément, et sa part dépend de la composition de la famille. Si tous les enfants sont issus des deux époux, le conjoint choisit entre l'usufruit de la totalité de la succession ou le quart en pleine propriété. Si l'un des enfants n'est pas issu des deux époux, le conjoint reçoit le quart en pleine propriété. En l'absence de descendants, le conjoint recueille la moitié de la succession si les deux parents du défunt sont encore en vie, les trois quarts si un seul parent survit, et la totalité de la succession si aucun des deux ne survit.
Hériter est aussi un choix, et non un événement automatique. Un héritier peut accepter la succession purement et simplement, l'accepter à concurrence de l'actif net (acceptation à concurrence de l'actif net), ou y renoncer totalement, ce qui compte particulièrement lorsque la succession comporte des dettes. Un héritier ne peut être contraint de choisir avant l'expiration des quatre premiers mois suivant le décès, et le droit d'option s'éteint après dix ans, délai à l'issue duquel l'héritier est réputé avoir renoncé.
Comment fonctionne l'héritage en France : héritiers, droits du conjoint et règles de succession détaille chacune de ces situations dans l'ordre, ainsi que ce qui se passe lorsqu'aucun héritier ne se manifeste : la succession devient d'abord vacante, et l'État n'hérite pas automatiquement mais doit demander à un tribunal l'envoi en possession.
La réserve héréditaire, la règle autour de laquelle tout s'organise
La réserve héréditaire est la raison pour laquelle la planification successorale française diffère de celle d'un pays anglais ou américain. Les enfants sont des héritiers réservataires, et la réserve héréditaire ne peut être supprimée ni par testament ni par donation entre vifs. Formulée à l'inverse de l'article 913, la réserve héréditaire est de la moitié de la succession en présence d'un enfant, des deux tiers en présence de deux enfants, et des trois quarts en présence de trois enfants ou plus.
Lorsque le défunt ne laisse pas de descendants mais un conjoint survivant non divorcé, l'article 914-1 plafonne les libéralités aux trois quarts de la succession, ce qui confère à ce conjoint une réserve d'un quart. Une donation ou un legs qui empiète sur la réserve héréditaire n'est pas automatiquement nul : il peut être ramené à la quotité disponible par l'action en réduction prévue à l'article 920, que l'héritier réservataire doit lui-même engager.
Les successions transfrontalières ajoutent une couche supplémentaire. Le choix d'une loi étrangère pour régir une succession ne supprime pas automatiquement les protections françaises accordées aux enfants dans toutes les situations, et un mécanisme spécifique, le droit de prélèvement compensatoire prévu à l'article 913, peut permettre à un enfant de réclamer une compensation sur les biens situés en France dans certains cas. La doctrine notariale française actuelle considère qu'il s'applique rarement lorsque la loi étrangère comporte déjà son propre mécanisme de protection des enfants, y compris les régimes de family provision reconnus en droit anglais. La réserve héréditaire en France : explications détaille le mécanisme et la situation transfrontalière, y compris le fait que la réserve héréditaire restait inchangée au 19 juillet 2026.
Orienter la succession : testaments, donations et assurance vie
À l'intérieur de la quotité disponible, trois instruments assurent l'essentiel du travail, et ils fonctionnent très différemment les uns des autres.
Le testament est l'instrument le plus direct. Le droit français en reconnaît trois formes : le testament olographe prévu à l'article 970, valable uniquement s'il est écrit entièrement de la main du testateur, daté et signé par lui ; le testament authentique prévu à l'article 971, reçu par deux notaires ou par un notaire assisté de deux témoins ; et le testament mystique prévu à l'article 976, rare et aujourd'hui largement désuet. Un testament peut être librement modifié ou révoqué à tout moment avant le décès, mais il ne peut pas porter atteinte à la réserve héréditaire. Les testaments en France : les trois formes légales explique les formalités requises et pourquoi un testament conservé au domicile peut ne pas être retrouvé via le fichier FCDDV.
Les donations entre vifs transmettent des biens plus tôt, et le droit fiscal français les apprécie sur une fenêtre glissante. Les donations consenties plus de 15 ans avant le décès sortent entièrement du calcul des droits de succession, et les abattements du donateur se reconstituent intégralement une fois ce délai écoulé. L'abattement en ligne directe de 100 000 EUR prévu à l'article 779 du CGI peut être utilisé à nouveau tous les 15 ans pour des donations plutôt qu'une seule fois au décès, et un abattement distinct de 31 865 EUR pour les dons de sommes d'argent est disponible tous les 15 ans en vertu de l'article 790 G lorsque le donateur a moins de 80 ans et le bénéficiaire est majeur. Les donations de son vivant en France : abattements et règle des 15 ans présente également la donation-partage, qui évalue les biens donnés à la date de la donation plutôt qu'à la date du décès, ainsi qu'une exonération temporaire pour les dons liés au logement s'appliquant du 15 février 2025 au 31 décembre 2026.
L'assurance vie occupe une catégorie à part. Les capitaux versés à un bénéficiaire désigné échappent à la succession ordinaire en vertu du droit des assurances français, avec leurs propres abattements : 152 500 EUR par bénéficiaire pour les primes versées avant les 70 ans de l'assuré, et un abattement unique et partagé de 30 500 EUR pour les primes versées après 70 ans. L'assurance vie et la fiscalité successorale française (assurance vie succession) explique les deux régimes, pourquoi la plus-value générée par les primes versées après 70 ans reste exonérée, et l'exception des primes manifestement exagérées.
Ce que coûte la transmission
Les droits de succession français sont calculés sur ce que reçoit chaque héritier, et non sur la succession dans son ensemble, de sorte que le lien de parenté entre le défunt et l'héritier détermine le montant à payer davantage que la taille de la succession.
Les enfants et petits-enfants héritent en franchise d'impôt jusqu'à 100 000 EUR de chaque parent, un abattement fixé depuis le 17 août 2012 et jamais réévalué depuis en fonction de l'inflation. Le conjoint survivant ou le partenaire de PACS ne paie rien du tout, quel que soit le montant. Au-delà de l'abattement, le barème en ligne directe s'échelonne de 5 % à 45 % sur sept tranches, et n'atteint 45 % que sur la fraction supérieure à 1 805 677 EUR. Les frères et sœurs bénéficient d'un abattement de 15 932 EUR et ne peuvent prétendre à une exonération totale que dans des conditions restreintes.
Le calendrier compte autant que le taux. Une succession doit être déclarée dans les 6 mois suivant un décès survenu en France ou dans les 12 mois suivant un décès survenu à l'étranger. Les héritiers confrontés à une succession difficile à liquider peuvent demander un paiement fractionné ou, dans des cas plus restreints, un paiement différé, moyennant un intérêt annuel de 2 % à compter du 1er janvier 2026. Les droits de succession en France : barème et abattements 2026 présente le barème complet et un exemple chiffré.
L'indivision entre héritiers
Lorsque plusieurs héritiers héritent du même bien, ils le détiennent en indivision, et c'est là que les successions françaises s'enlisent le plus souvent. L'article 815 du Code civil permet à tout indivisaire de demander le partage à tout moment, nul ne pouvant être contraint de rester dans l'indivision, sauf si un jugement ou une convention entre indivisaires a suspendu ce droit.
Les décisions courantes se prennent à la majorité des deux tiers des droits indivis en vertu de l'article 815-3, qui couvre les actes d'administration, un mandat général d'administration, les ventes de biens meubles indivis pour payer les dettes de l'indivision, et la plupart des baux. Ce pouvoir ne s'étend pas au bien immobilier indivis lui-même. Vendre le bien malgré l'opposition d'un indivisaire minoritaire relève d'une voie distincte prévue à l'article 815-5-1, en vigueur depuis le 1er janvier 2020 : les indivisaires détenant au moins deux tiers des droits indivis peuvent demander au tribunal judiciaire d'autoriser la vente. La procédure débute chez un notaire, qui laisse aux autres indivisaires un délai de trois mois pour répondre, et le tribunal ne peut autoriser la vente que si elle ne porte pas une atteinte excessive aux droits des autres indivisaires.
La propriété indivise en France : l'indivision, la majorité des 2/3 et les cas de vente forcée détaille les deux voies, les exclusions prévues à l'article 836, et les alternatives : le partage amiable, le partage judiciaire, et la licitation, une vente publique ordonnée par le tribunal.
Pour les autres domaines du droit français couverts sur ce site, notamment le droit immobilier, le droit de la famille et le droit de la consommation, commencez par le guide juridique de la France.
Questions fréquentes
Peut-on déshériter un enfant en France ?
En règle générale, non. Le droit français considère les enfants comme des héritiers réservataires et leur réserve une part de la succession qu'un testament ou une donation entre vifs ne peut leur retirer. Selon l'article 913 du Code civil, la réserve héréditaire est de la moitié de la succession en présence d'un enfant, des deux tiers en présence de deux enfants, et des trois quarts en présence de trois enfants ou plus. Une donation ou un legs qui porte atteinte à cette réserve n'est pas automatiquement nul, mais il peut être ramené à la quotité disponible par une action appelée l'action en réduction, prévue à l'article 920. Consultez notre page sur la réserve héréditaire pour plus de détails.
Un testament manuscrit est-il valable en France ?
Oui, et c'est même la forme la plus courante. Le testament olographe est valable en vertu de l'article 970 du Code civil s'il est écrit entièrement de la main du testateur, daté et signé par lui, sans autre formalité ni signature de témoin requise. Un document tapé, imprimé, ou rempli par ordinateur et seulement signé à la main n'est pas valable, quel qu'en soit le contenu. La principale faiblesse pratique tient à sa découverte : le fichier central FCDDV ne recense que les testaments confiés à un notaire, de sorte qu'un testament conservé au domicile peut ne jamais apparaître lors d'une recherche effectuée après le décès.
Combien hérite un conjoint survivant en France ?
Cela dépend des autres survivants. Lorsqu'il y a des enfants et que tous sont issus des deux époux, le conjoint survivant choisit entre l'usufruit de la totalité de la succession ou le quart en pleine propriété ; si l'un des enfants n'est pas issu des deux époux, le conjoint reçoit le quart en pleine propriété. En l'absence de descendants, le conjoint recueille la moitié de la succession si les deux parents du défunt sont encore en vie, les trois quarts si un seul parent survit, et la totalité de la succession si aucun des deux ne survit. La page consacrée à l'héritage détaille chacune de ces situations.
L'assurance vie fait-elle partie d'une succession française ?
Généralement pas au sens ordinaire du terme. Les capitaux versés à un bénéficiaire désigné échappent à la succession en vertu du droit des assurances français, de sorte qu'ils ne sont ni partagés ni imposés comme le reste de la succession. Les primes versées avant les 70 ans de l'assuré donnent à chaque bénéficiaire un abattement de 152 500 EUR, puis un taux de 20 % jusqu'à 700 000 EUR et de 31,25 % au-delà, en vertu de l'article 990 I du CGI. Les primes versées après 70 ans partagent un abattement unique de 30 500 EUR en vertu de l'article 757 B du CGI. Cette séparation n'est pas inconditionnelle : les primes manifestement exagérées au regard des facultés du souscripteur peuvent être réintégrées comme une donation indirecte.
Un indivisaire peut-il forcer la vente d'un bien immobilier hérité en France ?
Tout indivisaire peut demander le partage à tout moment en vertu de l'article 815 du Code civil, nul ne pouvant être contraint de rester dans l'indivision, sauf si un jugement ou une convention a suspendu ce droit. Par ailleurs, l'article 815-5-1, en vigueur depuis le 1er janvier 2020, permet aux indivisaires détenant au moins deux tiers des droits indivis de demander au tribunal judiciaire d'autoriser la vente du bien malgré l'opposition d'un indivisaire minoritaire. La procédure débute chez un notaire, qui laisse aux autres indivisaires un délai de trois mois pour répondre, et le tribunal ne peut autoriser la vente que si elle ne porte pas une atteinte excessive aux droits des autres indivisaires.
Sources et références
- Code civil, article 913 (réserve héréditaire et quotité disponible)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 914-1 (réserve du conjoint survivant)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 734 (ordre des héritiers)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 757 (conjoint survivant en présence de descendants)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 920 (action en réduction)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 970 (testament olographe)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code général des impôts, article 779 (abattements en ligne directe, personnes handicapées, frères et sœurs, neveux et nièces)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code général des impôts, article 796-0 bis (exonération du conjoint et du partenaire de PACS)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code général des impôts, article 990 I (assurance vie, primes versées avant 70 ans)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 815-5-1 (vente judiciaire du bien indivis à la majorité des 2/3, en vigueur depuis le 1er janvier 2020)(legifrance.gouv.fr).gov