Assurance vie et succession en France (assurance vie succession)

Les contrats d'assurance vie se situent hors succession en France, mais les capitaux versés aux bénéficiaires n'en restent pas moins imposés, selon des règles qui leur sont propres. Les règles applicables, et le montant finalement conservé par le bénéficiaire, dépendent largement du fait que les primes ayant alimenté le contrat aient été versées avant ou après que le souscripteur a atteint 70 ans.
Informations vérifiées pour la dernière fois le 19 juillet 2026. Cet article présente des informations juridiques générales, et non un conseil juridique.
Champ d'application : Cet article traite exclusivement de l'assurance vie et de la fiscalité successorale en droit français national. Il n'aborde pas le traitement fiscal de l'assurance vie dans aucun autre pays.
Assurance vie et succession : un régime fiscal distinct, hors de la succession ordinaire
En vertu de l'article L132-13 du Code des assurances, le capital ou la rente versés à un bénéficiaire désigné au décès du souscripteur ne sont pas soumis aux règles du rapport à succession, les règles ordinaires qui réintègrent les donations et les biens lors du partage d'une succession. En pratique, cela signifie que le capital d'assurance vie n'est pas traité comme faisant partie de la succession du défunt pour son partage entre les héritiers, et que le bénéficiaire désigné dans le contrat, et non un héritier au titre du droit commun des successions, reçoit directement les sommes.
Être hors succession ne signifie pas échapper à toute imposition. Les capitaux d'assurance vie restent imposés, mais selon un ensemble de règles spécifiques, décrites ci-dessous, plutôt que selon le barème général des droits de succession présenté sur notre page consacrée aux droits de succession. La règle applicable dépend de l'âge de l'assuré au moment du versement de chaque prime dans le contrat, et non de son âge au décès. Une donation de son vivant, en revanche, suit les règles présentées sur notre page consacrée aux donations, y compris le rappel fiscal de 15 ans qui reconstitue la plupart des abattements.
Primes versées avant 70 ans : l'abattement de 152 500 €
Pour les primes versées dans le contrat avant le 70e anniversaire de l'assuré, l'article 990 I du CGI accorde à chaque bénéficiaire un abattement personnel de 152 500 €. Au-delà de cet abattement, le capital taxable est imposé à 20 % jusqu'à 700 000 €, et à 31,25 % pour la fraction excédant 700 000 €.
Cet abattement s'appliquant par bénéficiaire, désigner plusieurs bénéficiaires sur un contrat alimenté avant 70 ans peut réduire sensiblement l'impôt total payé sur l'ensemble du capital versé, par rapport à la désignation d'un bénéficiaire unique pour le même montant total. À titre d'illustration uniquement, un capital de 300 000 € réparti entre deux bénéficiaires, à raison de 150 000 € chacun, entrerait entièrement dans l'abattement individuel de 152 500 € de chaque bénéficiaire et ne produirait aucune imposition, alors que ces mêmes 300 000 € versés à un bénéficiaire unique laisseraient 147 500 € imposables au-delà de son propre abattement de 152 500 €. Il s'agit d'une description mécanique de la structure de cet abattement, et non d'une suggestion sur la manière dont une personne donnée devrait structurer son propre contrat, ce qui dépend de sa situation personnelle et familiale.
Les règles décrites dans cette section et la suivante s'appliquent spécifiquement aux contrats souscrits depuis le 20 novembre 1991. Un contrat souscrit avant cette date peut être soumis à des dispositions transitoires différentes, aujourd'hui largement obsolètes, qui sortent du cadre de cet article, la grande majorité des contrats en vigueur aujourd'hui ayant été souscrits après cette date.
Primes versées après 70 ans : l'abattement global de 30 500 € et pourquoi les plus-values restent exonérées
Pour les primes versées dans le contrat après le 70e anniversaire de l'assuré, une règle différente s'applique, en vertu de l'article 757 B du CGI, et la différence est significative. Au lieu d'un abattement par bénéficiaire, il existe un abattement unique de 30 500 €, partagé entre tous les bénéficiaires et tous les contrats d'assurance vie appartenant à ce même assuré. C'est le point le plus fréquemment source de confusion en matière de fiscalité de l'assurance vie en France : l'abattement ne se multiplie pas selon le nombre de bénéficiaires ou de contrats.
L'autre volet de cette règle explique pourquoi les régimes avant 70 ans et après 70 ans fonctionnent de manière si différente. L'abattement de 30 500 €, et l'imposition qui s'applique au-delà, sont calculés uniquement sur les primes effectivement versées par l'assuré après ses 70 ans. Toute plus-value, tout intérêt ou tout gain généré ultérieurement par ces primes à l'intérieur du contrat est totalement exonéré d'impôt, quelle que soit son importance. Une prime de 50 000 € versée après 70 ans qui atteint 90 000 € au moment du décès n'est imposée, au-delà de l'abattement partagé, que sur les 50 000 € de prime ; les 40 000 € de plus-value ne sont pas imposés du tout.
Bénéficiaires conjoint et partenaire de PACS : exonération totale
Un conjoint ou un partenaire de PACS désigné comme bénéficiaire d'une assurance vie ne paie rien, que les primes sous-jacentes aient été versées avant ou après que l'assuré a atteint 70 ans. Cela suit la même exonération générale du conjoint et du partenaire de PACS applicable aux droits de succession, et prime sur les régimes des articles 990 I et 757 B pour ce bénéficiaire. Des informations sur ce qu'est le PACS figurent sur notre page consacrée au pacte civil de solidarité.
Pourquoi l'assurance vie est dite hors succession, et sa limite : les primes manifestement exagérées
L'assurance vie est souvent qualifiée, en pratique française, de hors succession, précisément en raison de la règle de l'article L132-13 évoquée ci-dessus : le capital revient directement au bénéficiaire désigné, en général sans être regroupé avec le reste de la succession ni pris en compte au titre de la réserve héréditaire qui protège les enfants, décrite plus en détail sur notre page consacrée à la réserve héréditaire.
Cette protection connaît une limite. Ce même article L132-13 prévoit que les primes manifestement exagérées au regard des facultés du souscripteur au moment de leur versement peuvent néanmoins être réintégrées, mais uniquement à titre de donation indirecte, et uniquement à hauteur de la fraction excédentaire des primes elle-même, et non de l'ensemble du contrat ou de sa plus-value. Autrement dit, un souscripteur ne peut pas utiliser l'assurance vie pour financer un montant si disproportionné par rapport à ses moyens réels qu'il fonctionnerait comme une donation déguisée destinée à contourner les règles ordinaires de succession ; si un tribunal estime que les primes étaient manifestement exagérées, la fraction excédentaire peut être réintégrée.
Cette limite explique aussi pourquoi l'assurance vie doit avant tout être comprise comme un régime contractuel distinct, doté de son propre traitement fiscal, plutôt que comme un moyen d'échapper entièrement aux règles de succession. Elle ne supprime pas la réserve héréditaire qui protège les enfants en droit français, décrite sur notre page consacrée à la réserve héréditaire ; elle signifie simplement que, en l'absence de primes manifestement exagérées, un contrat d'assurance vie correctement alimenté n'est pas automatiquement regroupé avec le reste de la succession pour le calcul de cette réserve, contrairement à une donation ou un legs ordinaires.
Avant 70 ans contre après 70 ans : une comparaison chiffrée
Les exemples ci-dessous sont purement illustratifs et utilisent des chiffres ronds. Le régime applicable à un contrat réel dépend du moment exact où chaque prime a été versée, et un même contrat peut comporter des primes versées à la fois avant et après 70 ans, chacune imposée selon sa propre règle.
Exemple A, primes versées avant 70 ans. Un parent verse 200 000 € de primes avant d'atteindre 70 ans, dans un contrat désignant son unique enfant majeur, non conjoint, comme bénéficiaire unique. La base taxable est de 200 000 € moins l'abattement de 152 500 €, soit 47 500 €, taxés à 20 %, pour un impôt de 9 500 €.
Comparons cela avec les mêmes 200 000 € transmis au même enfant sous forme d'espèces ordinaires par la succession. Après l'abattement de 100 000 € en ligne directe, 100 000 € seraient taxables, produisant des droits de succession d'environ 18 194 € selon le barème ordinaire, soit à peu près le double de l'impôt sur l'assurance vie pour le même montant. C'est en grande partie pour cette raison que l'assurance vie alimentée avant 70 ans est largement utilisée dans la planification successorale en France, bien que cette comparaison soit illustrative et dépende du lien de parenté du bénéficiaire et du reste de la succession.
Exemple B, primes versées après 70 ans. Le même parent verse cette fois 200 000 € de primes dans le contrat après avoir atteint 70 ans. Seuls 30 500 €, l'abattement global partagé, sont exonérés. Les 169 500 € restants de primes entrent dans le calcul des droits de succession, imposés selon le barème correspondant au lien de parenté du bénéficiaire avec le défunt. Toute plus-value générée par ces 200 000 € à l'intérieur du contrat reste en revanche totalement exonérée d'impôt, ce qui explique l'asymétrie qui rend le comportement des primes versées avant et après 70 ans si différent en pratique.
Avertissement
Cet article fournit des informations générales sur l'assurance vie et la fiscalité successorale en droit français, à la date de vérification indiquée ci-dessus. Il ne constitue pas un conseil juridique, fiscal ou financier et ne crée aucune relation d'avocat à client ni aucune autre relation professionnelle. La question de savoir si des primes d'assurance vie pourraient être considérées comme manifestement exagérées, et la manière dont un contrat déterminé sera imposé, dépendent de faits propres à chaque situation. Les lecteurs devraient consulter un notaire, un assureur ou un conseiller fiscal qualifié au sujet de leurs propres contrats.
Questions fréquentes
L'assurance vie fait-elle partie de la succession en France ?
Non, pas au sens ordinaire du terme. En vertu de l'article L132-13 du Code des assurances, le capital versé à un bénéficiaire désigné est hors succession et n'est pas partagé selon les règles applicables au reste de la succession, sauf si les primes versées étaient manifestement exagérées au regard des facultés du souscripteur.
Quelle est la différence entre l'imposition de l'assurance vie avant et après 70 ans ?
Avant 70 ans, chaque bénéficiaire dispose d'un abattement de 152 500 € en vertu de l'article 990 I du CGI, puis paie 20 % jusqu'à 700 000 € et 31,25 % au-delà. Après 70 ans, un abattement unique de 30 500 € s'applique aux primes, partagé entre tous les bénéficiaires et tous les contrats souscrits sur la tête de cet assuré, en vertu de l'article 757 B du CGI. La plus-value générée par les primes versées après 70 ans reste totalement exonérée, quel qu'en soit le montant.
L'abattement de 30 500 € pour les primes versées après 70 ans est-il individuel ou partagé ?
Il est partagé. L'abattement de 30 500 € prévu à l'article 757 B du CGI constitue un montant global unique réparti entre tous les bénéficiaires et tous les contrats appartenant au même assuré, et non un abattement distinct de 30 500 € pour chaque personne désignée.
Les plus-values générées à l'intérieur d'un contrat d'assurance vie sont-elles imposées après 70 ans ?
Non. Seules les primes versées après que l'assuré a atteint 70 ans, au-delà de l'abattement partagé de 30 500 €, entrent dans le calcul des droits de succession. Tout intérêt, dividende ou plus-value générés par ces primes à l'intérieur du contrat restent totalement exonérés, quelle qu'en soit l'importance.
Un conjoint paie-t-il un impôt sur un capital d'assurance vie ?
Non. Un conjoint ou un partenaire de PACS désigné comme bénéficiaire est exonéré d'impôt sur un capital d'assurance vie, que les primes aient été versées avant ou après que l'assuré a atteint 70 ans, conformément à l'exonération générale du conjoint et du partenaire de PACS applicable aux droits de succession.
L'assurance vie peut-elle être utilisée pour déshériter des enfants en France ?
L'assurance vie se situe hors des règles ordinaires de réserve héréditaire dans la plupart des cas, ce qui explique en partie son usage fréquent en planification successorale, mais cela n'est pas sans limite. Les primes manifestement exagérées au regard des moyens du souscripteur au moment de leur versement peuvent être réintégrées à titre de donation indirecte, et seule la fraction excédentaire des primes, et non l'ensemble du contrat, est concernée.
À quels contrats d'assurance vie ces règles s'appliquent-elles ?
Les règles décrites sur cette page s'appliquent aux contrats souscrits depuis le 20 novembre 1991. Les contrats souscrits avant cette date peuvent suivre des règles transitoires différentes, aujourd'hui largement obsolètes.
Sources et références
- Code général des impôts, article 990 I (assurance vie, primes versées avant 70 ans)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code général des impôts, article 757 B (assurance vie, primes versées après 70 ans)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code général des impôts, article 796-0 bis (exonération du conjoint et du partenaire de PACS)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code des assurances, article L132-13 (assurance vie hors succession ; primes manifestement exagérées)(legifrance.gouv.fr).gov