Signifier et exécuter un jugement aux petites créances, Canada

Gagner une cause aux petites créances au Canada ne règle que la moitié du problème. Avant même que le tribunal n'entende la cause, le défendeur doit être dûment signifié de la demande. Après une victoire, le jugement lui-même ne collecte pas l'argent : le créancier doit tout de même utiliser les outils d'exécution que sa province met à sa disposition si le débiteur refuse de payer volontairement.
Cet article traite des deux étapes en prenant l'Ontario, la Colombie-Britannique, l'Alberta, le Québec et la Nouvelle-Écosse comme exemples de la façon dont les règles s'appliquent en pratique. Les formulaires, les frais et les délais exacts varient selon la province, alors vérifiez toujours la règle en vigueur auprès du tribunal qui a délivré la demande ou le jugement.
Pourquoi un jugement ne se collecte pas de lui-même
Un jugement aux petites créances est la conclusion d'un tribunal selon laquelle le défendeur doit un montant précis au demandeur. Ce n'est pas, en soi, un chèque. Les tribunaux provinciaux des petites créances partout au Canada, qu'il s'agisse de la Division des petites créances de la Cour supérieure de justice de l'Ontario, de la Cour provinciale de la Colombie-Britannique ou de la Division des petites créances de la Cour du Québec, ne collectent pas les jugements pour le compte de la partie gagnante.
Le créancier doit entreprendre d'autres démarches, et avant que cela ne puisse se produire, la demande initiale doit être signifiée correctement au défendeur. Ce sont deux problèmes distincts et séquentiels : faire en sorte que la cause soit d'abord entendue par un juge, puis se faire payer une fois que le juge a statué.
Signifier la demande correctement en premier lieu
Avant qu'une cause aux petites créances puisse avancer, le défendeur doit être formellement signifié de la demande, et la méthode utilisée importe. En Ontario, la règle 8.02 des Règles de la Cour des petites créances exige la signification à personne, soit remettre physiquement le document au défendeur ou, pour une société, à un dirigeant ou un représentant autorisé, à moins qu'une autre méthode ne s'applique. La règle 8.03(7) permet aussi la signification par courrier recommandé ou par messagerie lorsque la signature du défendeur ou d'un membre adulte de son ménage confirme la réception. En Ontario, les demandes doivent être signifiées dans les six mois suivant leur délivrance, bien que le tribunal puisse prolonger ce délai sur demande.
La Colombie-Britannique permet un choix similaire entre la signification à personne et le courrier recommandé pour les particuliers et les sociétés. Elle permet aussi la signification substitutive, soit remettre la demande à un proche, l'envoyer par courrier ordinaire, par courriel, ou la laisser à la dernière adresse connue du défendeur, mais seulement avec l'approbation préalable du greffier du tribunal. Un avis de demande en Colombie-Britannique doit être signifié dans l'année suivant son dépôt.
Si une demande n'est jamais signifiée, ou si elle est signifiée d'une manière que les règles ne reconnaissent pas, la cause ne peut pas avancer, et un jugement par défaut obtenu sans signification adéquate peut ensuite être annulé par le tribunal. Pour un aperçu complet du démarrage d'une demande, y compris les étapes de dépôt et de signification, voir comment déposer une demande aux petites créances au Canada.
Le jugement n'est que le point de départ
Une fois que le demandeur gagne, que ce soit au procès, par défaut parce que le défendeur n'a pas répondu, ou par une entente déposée auprès du tribunal, le tribunal rend un jugement confirmant le montant dû. Des intérêts postérieurs au jugement s'accumulent généralement de façon automatique sur le solde impayé à partir de cette date jusqu'au paiement de la dette.
Rien de tout cela n'oblige le débiteur à réellement remettre l'argent. Si un débiteur ignore le jugement, le créancier doit choisir parmi les outils d'exécution que sa province met à sa disposition et commencer à les utiliser, habituellement à ses propres frais et efforts.
Saisie-arrêt des salaires ou des comptes bancaires
La saisie-arrêt permet à un créancier d'intercepter l'argent qu'un tiers, un employeur ou une banque, doit au débiteur avant qu'il n'atteigne directement le débiteur. En Ontario, un avis de saisie-arrêt signifié à une banque gèle les fonds dans le compte à ce moment précis, tandis qu'un avis signifié à un employeur exige des retenues continues sur la paie future ; le tiers saisi dispose généralement de 10 jours pour verser les fonds au tribunal une fois l'avis signifié.
En Colombie-Britannique, une ordonnance de saisie-arrêt ne saisit que ce qui se trouve dans un compte bancaire au moment de la signification, un instantané ponctuel plutôt qu'un gel continu. La saisie-arrêt du salaire est plafonnée dans chaque province afin de protéger une partie du revenu du débiteur. En Nouvelle-Écosse, par exemple, la règle 79.08(3) des règles de procédure civile plafonne la saisie-arrêt du salaire à 15 pour cent du salaire brut, sauf ordonnance contraire d'un juge, et elle ne peut pas réduire le revenu hebdomadaire en dessous d'un plancher fixé. La ventilation complète du montant saisissable dans chaque province, et de la façon dont un débiteur peut demander une réduction pour motif de difficultés financières, est présentée dans la saisie-arrêt du salaire au Canada.
Saisie et vente de biens
Plutôt que de poursuivre le revenu, un créancier peut charger un huissier, un shérif ou une agence d'exécution civile, le titre variant selon la province, de saisir et de vendre les biens meubles du débiteur aux enchères publiques. En Ontario, cela se fait au moyen d'un bref de saisie-exécution déposé auprès du bureau d'exécution local. En Alberta, une agence d'exécution civile agréée s'en charge en vertu d'un bref d'exécution inscrit au Registre des biens personnels. Au Québec, seul un huissier de justice peut saisir un bien meuble, comme un véhicule, pour le compte du créancier, et les honoraires de l'huissier sont prélevés en premier sur les sommes récupérées.
La saisie d'un immeuble suit un échéancier plus long que la saisie de biens meubles. En Ontario, un immeuble ne peut être réellement saisi que quatre mois après le dépôt du bref de saisie-exécution auprès du bureau d'exécution, et aucune vente de l'immeuble ne peut avoir lieu tant que le bref n'a pas été déposé depuis six mois.
Inscrire le jugement contre un immeuble
Même sans saisir immédiatement un immeuble, un créancier peut inscrire un bref ou un certificat de jugement contre un bien immeuble que possède le débiteur. En Colombie-Britannique, cela prend la forme d'un certificat de jugement inscrit auprès de la Land Title and Survey Authority, ce qui empêche ensuite le débiteur de vendre ou de refinancer le bien sans payer le jugement ; l'inscription dure deux ans et peut être renouvelée pour un total maximal de dix ans.
Au Québec, un créancier peut de la même façon garantir une créance contre un bien immeuble du débiteur, bien que la résidence principale du débiteur soit traitée différemment et soit généralement protégée contre ce type de saisie pour une dette aux petites créances. Cette voie ne force pas une vente immédiate. Elle crée une charge qui devra être payée lorsque le bien sera éventuellement vendu ou refinancé.
L'interrogatoire après jugement
Lorsqu'un créancier ne sait pas où le débiteur fait affaire avec sa banque, où il travaille, ou quels biens il possède, la plupart des provinces permettent une audience d'interrogatoire avant ou en parallèle d'autres mesures d'exécution. L'Ontario appelle cela un avis d'interrogatoire, et le débiteur doit en être signifié au moins 30 jours avant l'audience et doit remplir au préalable un formulaire de renseignements financiers divulguant son emploi, ses biens et ses comptes bancaires.
L'équivalent en Alberta, un interrogatoire après jugement en vertu des Alberta Rules of Court, exige également que le débiteur produise un état financier ou se présente pour répondre sous serment à des questions sur ses revenus et ses biens. Dans les deux cas, le débiteur peut être interrogé sur son emploi, ses biens immeubles, ses véhicules, ses comptes bancaires et tout autre bien qui pourrait raisonnablement permettre d'acquitter le jugement.
Ce qui est insaisissable
Aucun outil d'exécution au Canada ne permet à un créancier de prendre tout ce que possède un débiteur. Chaque province protège une partie du salaire, voir la saisie-arrêt du salaire au Canada pour les pourcentages exacts, ainsi que certaines catégories de biens. La Colombie-Britannique, par exemple, exempte de la saisie par un huissier les articles ménagers jusqu'à 4 000 $, les outils de travail jusqu'à 10 000 $, et un véhicule automobile d'une valeur maximale de 5 000 $. L'Ontario protège de la même façon les vêtements nécessaires et un véhicule automobile en dessous d'une valeur fixée, et la Civil Enforcement Act de l'Alberta exempte les vêtements nécessaires, le mobilier et les appareils ménagers, ainsi qu'un véhicule automobile jusqu'à des montants fixés par règlement.
Ces listes d'exemptions existent pour que le recouvrement d'un jugement ne laisse pas un débiteur sans rien. Un créancier qui saisit un bien insaisissable peut se voir ordonner par le tribunal de le rendre.
Combien de temps dure un jugement, et comment le renouveler
Un jugement ne demeure pas exécutoire indéfiniment, et il en va de même pour les outils utilisés pour l'exécuter. En Ontario, un bref de saisie-exécution et un avis de saisie-arrêt sont chacun valides pendant six ans à compter de la date de délivrance et peuvent être renouvelés pour des périodes supplémentaires de six ans. En Colombie-Britannique, une ordonnance du tribunal demeure généralement exécutoire pendant dix ans à compter de la date du jugement. Au Québec, un jugement est valide pendant dix ans, et le fait de prendre une nouvelle mesure pour l'exécuter fait recommencer cette période de dix ans. En Alberta, un bref d'exécution inscrit au Registre des biens personnels dure deux ans et doit y être renouvelé avant son expiration pour demeurer valide.
Le principe est le même d'une province à l'autre, même si les chiffres diffèrent : suivre la date d'expiration du jugement ou du bref, et le renouveler en temps opportun, sinon la capacité d'exécuter ce qui a été gagné peut s'éteindre du même coup.
Lorsque le débiteur ne peut pas payer
Tous les jugements ne sont pas recouvrables en pratique. Un débiteur sans salaire à saisir, sans solde bancaire significatif et sans biens autres que ceux qui sont insaisissables est parfois qualifié d'insolvable en pratique. Les mesures d'exécution coûtent de l'argent, notamment des frais de dépôt, des dépôts d'huissier et des frais d'inscription, et poursuivre un débiteur qui n'a rien à saisir peut signifier dépenser plus à courir après le jugement que ce que le jugement vaut.
Avant de s'engager dans une campagne d'exécution complète, il vaut souvent la peine de recourir d'abord à une audience d'interrogatoire pour savoir si le débiteur a réellement quelque chose qui vaille la peine d'être poursuivi, et si une entente de paiement pourrait être plus réaliste qu'une saisie.
Pour un aperçu du processus des petites créances, du dépôt jusqu'au jugement, voir les petites créances au Canada, ou consultez le droit canadien par province pour des sujets connexes.
Avis de non-responsabilité
Cet article fournit des renseignements généraux sur la signification des demandes et l'exécution des jugements aux petites créances au Canada. Il ne constitue pas un avis juridique et ne couvre pas toutes les variations provinciales ou territoriales. Les procédures d'exécution, les formulaires, les frais et les délais sont établis et mis à jour par chaque province et ont été vérifiés par rapport aux sources ci-dessous en date de juillet 2026. Pour un jugement précis, consultez le guide de procédure publié par le tribunal qui l'a rendu, ou un avocat ou un parajuriste autorisé dans cette province.
Questions fréquentes
Quelle est la première chose à faire si un débiteur ne paie pas un jugement aux petites créances ?
Commencez par une audience d'interrogatoire si la banque, l'employeur ou les biens du débiteur ne sont pas déjà connus. Chaque province permet à la partie gagnante de convoquer le débiteur pour répondre sous serment à des questions sur ses revenus et ses biens, ce qui permet de déterminer quel outil d'exécution, saisie-arrêt, saisie et vente, ou inscription contre un immeuble, vaut réellement la peine d'être utilisé avant d'y consacrer de l'argent.
Ai-je besoin d'un avocat pour signifier un défendeur aux petites créances ?
Non. La signification à personne peut habituellement être effectuée par le demandeur, un ami ou un agent de signification, et la plupart des provinces permettent aussi la signification par courrier recommandé ou par messagerie avec accusé de réception signé. Les règles déterminant ce qui constitue une signification valide, ainsi que le délai pour l'effectuer, varient selon la province, alors vérifiez les règles précises de l'endroit où la demande a été déposée.
Un créancier peut-il saisir tout le salaire d'un débiteur par saisie-arrêt ?
Non. Chaque province exempte une partie du salaire de la saisie-arrêt, et la part exemptée varie d'un bout à l'autre du pays, allant d'un plafond basé sur un pourcentage dans certaines provinces à une formule combinant un montant fixe et un pourcentage dans d'autres. Voir la saisie-arrêt du salaire au Canada pour la ventilation province par province.
Combien de temps un jugement aux petites créances est-il valide au Canada ?
Cela dépend de la province. Les brefs d'exécution et les avis de saisie-arrêt de l'Ontario durent six ans et sont renouvelables pour des périodes supplémentaires de six ans, la Colombie-Britannique considère un jugement comme exécutoire pendant dix ans, et le Québec applique une période de dix ans qui recommence à chaque mesure prise pour l'exécuter. Confirmez la période en vigueur auprès du tribunal qui a rendu le jugement.
Que se passe-t-il si le débiteur n'a vraiment ni argent ni biens ?
Un jugement contre un débiteur sans salaire à saisir et sans biens saisissables au-delà de ce qui est insaisissable peut être très difficile à recouvrer en pratique, une situation parfois qualifiée d'insolvabilité pratique. Le jugement lui-même ne disparaît pas immédiatement, alors il peut valoir la peine d'y revenir plus tard si la situation du débiteur change, mais dépenser massivement en exécution contre un débiteur qui n'a rien à saisir porte rarement ses fruits.
Sources et références
- Guide des procédures de la Cour des petites créances : Signification de documents (Ontario) - règle 8.02 signification à personne, règle 8.03(7) signification par courrier recommandé/messagerie avec accusé de réception signé, règle 8.01(2) délai de six mois pour signifier après la délivrance d'une demande(ontario.ca).gov
- Guide des procédures de la Cour des petites créances : Après le jugement (Ontario) - saisie-arrêt des comptes bancaires/salaires, bref de saisie-exécution de biens meubles et d'immeubles (échéances de 4 mois/6 mois pour les immeubles), audience d'interrogatoire (avis d'interrogatoire, formulaire 20I de renseignements financiers), validité de 6 ans et renouvellement des brefs/saisies-arrêt(ontario.ca).gov
- Exécution - Cour des petites créances (Cour supérieure de justice de l'Ontario) - aperçu des quatre options d'exécution (saisie-arrêt, bref de saisie-exécution de biens meubles, bref de saisie-exécution d'immeubles, bref de livraison) et audiences d'interrogatoire(ontariocourts.ca).gov
- Petites créances - Obtenir des résultats (Colombie-Britannique) - mécanique de la saisie-arrêt, exemptions de saisie et vente (articles ménagers, outils de travail, véhicule automobile), certificat de jugement contre un immeuble, validité du jugement de 10 ans(gov.bc.ca).gov
- Petites créances - Signification de documents (Colombie-Britannique) - signification à personne, courrier recommandé, signification substitutive avec approbation du greffier, délai d'un an pour signifier un avis de demande(gov.bc.ca).gov
- Civil Enforcement Act, RSA 2000, c C-15 (Alberta) - cadre du bref d'exécution administré par les agences d'exécution civile et le Registre des biens personnels ; exemptions des procédures d'exécution pour les vêtements nécessaires, le mobilier et les appareils ménagers, et un véhicule automobile jusqu'à des valeurs prescrites(canlii.org).gov
- Exécution forcée d'un jugement (Québec) - saisie par huissier des revenus, des comptes bancaires et des biens meubles ; saisie de biens immeubles avec une exception pour la résidence principale du débiteur ; avis d'exécution aux petites créances (SJ-1103A) pour la saisie de revenus(quebec.ca).gov
- Exécuter une ordonnance de la Cour des petites créances (Cour des petites créances de la Nouvelle-Écosse) - processus d'ordonnance d'exécution, inscription au Registre des biens personnels requise avant que le shérif n'agisse, saisie par le shérif et saisie-arrêt du salaire (règle 79.08(3) des règles de procédure civile : 15 % du salaire brut en l'absence d'une ordonnance du juge)(courts.ns.ca).gov