La vidéosurveillance en Belgique : la loi caméras, l'obligation de déclaration et ce que vous pouvez filmer

La Belgique réglemente une caméra de surveillance de la même façon qu'elle réglemente la plupart des dispositifs susceptibles de capturer l'image ou le comportement d'une autre personne sans son accord : par une loi spécifique venant se superposer au droit général de la vie privée. La loi caméras du 21 mars 2007, modifiée en 2018, détermine qui doit déclarer une caméra avant sa mise en service, ce qui doit être visiblement signalé, et où une caméra peut être orientée. Le RGPD et l'autorité belge de protection des données complètent le reste.
Rien de tout cela n'est réellement facultatif pour le propriétaire qui installe une caméra de sonnette ou le commerçant qui veut dissuader le vol. Une caméra jamais déclarée, sans pictogramme, ou qui pointe discrètement vers le jardin d'un voisin ou vers la voie publique n'est pas un simple oubli administratif mineur. C'est le genre de manquement pour lequel l'Autorité de protection des données (l'APD) a déjà infligé des amendes.
Informations vérifiées pour la dernière fois le 21 juillet 2026. Cette page fournit des informations juridiques générales et ne constitue pas un conseil juridique pour un cas individuel.
La loi caméras : ce qu'elle couvre et qui doit déclarer
La loi caméras date du 21 mars 2007 et a été substantiellement modifiée en 2018. Elle s'applique à une caméra utilisée pour observer un lieu, que ce lieu soit véritablement public, un lieu fermé accessible au public tel qu'un commerce ou un quai de gare, ou un lieu fermé non accessible au public tel qu'un jardin privé, et que la caméra soit fixe ou mobile.
Avant de mettre en service une caméra relevant de la loi, le responsable doit déposer une déclaration via le système declarationcamera.be, un guichet électronique géré par la police fédérale qui a remplacé une ancienne procédure sur papier. La loi prévoit une seule exception étroite : le particulier qui installe une caméra strictement à l'intérieur de son propre domicile, à des fins purement personnelles et domestiques, n'a pas à la déclarer. Presque tout le reste, y compris une caméra de sonnette qui capture quoi que ce soit au-delà de l'intérieur du domicile, relève de la règle ordinaire.
L'obligation de pictogramme et l'interdiction des caméras clandestines
Partout où une caméra fonctionne dans le champ d'application de la loi caméras, l'exploitant doit apposer un pictogramme, dans la forme prescrite par la loi, signalant la présence d'une vidéosurveillance. Le pictogramme n'est pas une simple courtoisie. C'est ce qui avertit la personne qui pénètre dans la zone surveillée, et les lignes directrices belges considèrent le fait de pénétrer dans une zone pourvue d'un pictogramme comme une forme d'acceptation d'être filmé.

Une caméra cachée ou clandestine, exploitée sans cet avertissement visible, est purement et simplement interdite. Aucune version de la loi caméras ne permet de filmer secrètement quelqu'un dans un lieu couvert par la loi, quelle que soit la raison pour laquelle l'exploitant souhaite le faire.
Ce qu'une caméra privée peut et ne peut pas capturer
Un propriétaire ou une entreprise peut orienter une caméra vers sa propre propriété. Ce qu'il ne peut pas faire, c'est capturer la voie publique, ou la propriété d'un voisin, au-delà d'un minimum inévitable. Les lignes directrices belges relatives à la loi caméras sont précises sur ce point : une caméra orientée vers un lieu ouvert ou un lieu fermé accessible au public doit être installée de façon à limiter les images prises de ce lieu au strict minimum nécessaire à sa finalité, et la même logique de minimisation s'applique au terrain d'un voisin qu'une caméra ne peut s'empêcher de capturer partiellement.
Lorsqu'une caméra ne peut réellement pas éviter d'inclure une partie de la rue ou du jardin d'un voisin, une solution technique, telle que le masquage ou la pixellisation automatique de cette partie de l'image, est le type de mesure qui maintient une caméra par ailleurs légitime du bon côté de la règle. Le simple fait d'orienter une caméra de façon à balayer le jardin d'un voisin ou à filmer les passants sur le trottoir ne l'est pas.
Une caméra fixe réellement placée pour surveiller un lieu public et ouvert, un coin de rue plutôt qu'une allée privée, relève d'un régime encore plus strict. Son installation nécessite généralement l'avis favorable du conseil communal, donné après consultation de la direction de la police locale, et n'est pas quelque chose qu'un particulier ou une entreprise peut simplement décider de faire de sa propre initiative.
L'Autorité de protection des données a infligé des amendes à des exploitants de caméras qui ont ignoré ces limites, notamment dans une affaire impliquant un couple sanctionné pour une caméra qui filmait la voie publique ainsi qu'une propriété privée au-delà de ce que la règle autorise.
Les autorités compétentes : la loi caméras, l'APD et le RGPD
Deux niveaux de réglementation distincts s'appliquent à une caméra en Belgique. La loi caméras elle-même est appliquée par le biais du système de déclaration et de la police fédérale, et le non-respect de ses exigences spécifiques, comme l'absence de déclaration ou l'absence de pictogramme, relève de ce système.

Les images de caméra constituent également des données à caractère personnel dès qu'elles permettent d'identifier quelqu'un, ce qui fait entrer en jeu le RGPD. L'autorité belge de protection des données, l'Autorité de protection des données, communément appelée l'APD, a été créée par la loi du 3 décembre 2017 et a succédé à l'ancienne Commission de la protection de la vie privée le 25 mai 2018, le jour même où le RGPD est devenu directement applicable dans toute l'Union européenne. La loi belge du 30 juillet 2018 précise les points que le RGPD laisse au droit national.
La loi caméras est ce qu'on appelle parfois la lex specialis, la règle spécifique qui régit particulièrement les caméras. Là où la loi caméras est silencieuse, le droit général de la protection des données prévu par le RGPD comble la lacune, et l'APD est l'autorité qui fait respecter les deux.
Les caméras sur le lieu de travail
Un employeur qui installe son propre système de caméras est soumis à un niveau supplémentaire, prévu par la convention collective de travail n° 68 (CCT 68), adoptée par le Conseil national du Travail le 16 juin 1998.

La CCT 68 n'autorise la vidéosurveillance au travail que pour des finalités précises et définies : la sécurité et la santé des travailleurs, la protection du patrimoine de l'entreprise, le contrôle du processus de production, et le contrôle temporaire du travail d'un travailleur. Ce n'est pas une autorisation générale de surveiller le personnel pour toute raison que l'employeur jugerait pratique.
Avant d'installer un système, l'employeur a l'obligation préalable d'informer les travailleurs, notamment sur la finalité de la surveillance, sur le point de savoir si les images sont conservées, sur le nombre de caméras concernées et leur emplacement, et sur les périodes pendant lesquelles elles fonctionnent. Ce régime s'applique spécifiquement lorsque l'employeur installe lui-même le système de caméras ; il s'ajoute aux obligations ordinaires de la loi caméras et du RGPD décrites ci-dessus, sans s'y substituer. Enregistrer une conversation, plutôt que filmer un lieu, obéit à un ensemble de règles différent en droit pénal belge, traité séparément sous Droit belge.
Cette page décrit les règles générales belges relatives à la vidéosurveillance et ne constitue pas un conseil juridique pour une situation individuelle. La conformité d'une caméra donnée, de son emplacement, ou des images qu'elle capture, avec la loi caméras et le RGPD dépend des faits exacts. Vérifiez le texte en vigueur sur ejustice.just.fgov.be ou besafe.be, ou consultez un avocat, avant d'agir sur la base de ce qui précède.
Questions fréquentes
Dois-je déclarer une caméra de surveillance à mon domicile en Belgique ?
Dans presque tous les cas, oui, via le système declarationcamera.be, sauf si la caméra est installée strictement à l'intérieur de votre domicile, à des fins personnelles et domestiques uniquement. Une caméra qui capture aussi quelque chose à l'extérieur du domicile relève généralement de l'obligation ordinaire de déclaration.
Puis-je installer une caméra qui filme la rue devant chez moi ?
Vous pouvez en principe filmer votre propre propriété, mais pas la voie publique elle-même. La caméra doit être installée de façon à limiter au minimum ce qu'elle capture réellement de la rue et de toute propriété voisine, et une caméra fixée sur un lieu véritablement public nécessite généralement une autorisation communale plutôt que d'être quelque chose que vous pouvez installer unilatéralement.
Une caméra de surveillance cachée est-elle légale en Belgique ?
Non. La loi caméras exige un pictogramme visible partout où une caméra fonctionne, et l'usage d'une caméra clandestine ou cachée est purement et simplement interdit.
Mon employeur peut-il installer des caméras pour me surveiller au travail ?
Uniquement pour les finalités précises prévues par la CCT 68 : la sécurité et la santé au travail, la protection du patrimoine de l'entreprise, le contrôle du processus de production, ou le contrôle temporaire du travail d'un travailleur. L'employeur doit également informer préalablement les travailleurs de la finalité, de la durée de conservation, et du nombre et de l'emplacement des caméras.
Que se passe-t-il si je filme par erreur le jardin de mon voisin ?
La loi caméras impose de limiter au minimum la capture de la propriété d'un voisin, et les lignes directrices belges recommandent des solutions techniques telles que le masquage ou la pixellisation de la partie de l'image qui déborde sur son terrain. L'Autorité de protection des données a infligé des amendes à des exploitants de caméras pour avoir filmé au-delà de leur propre propriété.
Qui fait respecter les règles belges relatives aux caméras ?
Deux niveaux s'appliquent ensemble. Les obligations de déclaration et de pictogramme relèvent de la loi caméras elle-même, appliquée via le système fédéral de déclaration, tandis que l'Autorité de protection des données fait respecter le RGPD et le volet protection des données de la loi caméras, y compris en infligeant des amendes.
La loi caméras belge remplace-t-elle le RGPD pour les caméras ?
Non. La loi caméras est la règle spécifique applicable aux caméras, mais le RGPD s'applique néanmoins aux images de caméra en tant que données à caractère personnel, et comble ce que la loi caméras ne traite pas.
Sources et références
- Loi du 21 mars 2007 réglant l'installation et l'utilisation de caméras de surveillance (loi caméras), texte coordonné(ejustice.just.fgov.be).gov
- BeSafe, Caméra de surveillance, introduction(besafe.be).gov
- BeSafe, Système de déclaration(besafe.be).gov
- BeSafe, Pictogramme(besafe.be).gov
- BeSafe, Caméras de surveillance fixes et fixes temporaires(besafe.be).gov
- Autorité de protection des données, Les caméras de surveillance(autoriteprotectiondonnees.be).gov
- Autorité de protection des données, L'APD impose une amende pour traitement illégitime d'images de caméras de surveillance(autoriteprotectiondonnees.be).gov
- Conseil national du Travail, Convention collective de travail n° 68 du 16 juin 1998 relative à la protection de la vie privée des travailleurs à l'égard de la surveillance par caméras sur le lieu de travail(cnt-nar.be).gov
- Autorité de protection des données, loi cadre du 3 décembre 2017 portant création de l'Autorité de protection des données(gegevensbeschermingsautoriteit.be).gov