Aide juridictionnelle en France : plafonds de ressources 2026 et démarches

Si vous êtes confronté à une procédure judiciaire en France et ne voyez pas comment payer un avocat, l'aide juridictionnelle est le dispositif prévu exactement pour cette situation. L'État prend en charge tout ou partie du coût de votre avocat et des autres démarches formelles qu'exige une procédure. Ce n'est ni une œuvre de charité ni une faveur : c'est un droit prévu par la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, et c'est un bureau d'aide juridictionnelle rattaché à une juridiction qui en décide, et non l'avocat.
Ce qui déroute le plus, c'est la façon dont le montant est déterminé. Beaucoup de lecteurs s'attendent à un calcul proportionnel, où un revenu légèrement supérieur entraînerait une aide légèrement inférieure. Ce n'est pas ainsi que cela fonctionne. Il existe trois taux fixes et un petit nombre de plafonds stricts, et quelques centaines d'euros de revenu peuvent faire toute la différence entre une prise en charge intégrale par l'État et une prise en charge d'un quart seulement. Cette page présente les chiffres 2026, leur origine, et ce que signifie concrètement chaque tranche.
Informations vérifiées pour la dernière fois le 21 juillet 2026. Cette page présente des informations juridiques générales et ne constitue pas un conseil juridique.
Une condition précède la question financière. L'aide juridictionnelle est ouverte aux ressortissants français et aux ressortissants d'un autre État membre de l'Union européenne, à l'exception du Danemark. Toute personne d'une autre nationalité doit résider habituellement en France, et Service-Public précise explicitement que cela vaut même lorsque le titre de séjour n'est plus valide. La condition de résidence est levée pour les mineurs, pour les bénéficiaires d'une ordonnance de protection, et pour toute personne impliquée dans une procédure pénale en tant que mise en cause, témoin assisté ou partie civile.
Les trois taux, et pourquoi ce n'est pas un barème progressif
L'aide juridictionnelle est accordée soit en totalité, soit en partie. L'aide totale correspond à un taux de 100 % : les frais couverts par le dispositif sont intégralement pris en charge par l'État. L'aide partielle existe sous exactement deux formes, 55 % et 25 % du maximum. Il n'existe rien entre les deux, ni en dessous.
Cette structure a une conséquence qu'il faut énoncer clairement. Les tranches sont discrètes, si bien que le franchissement d'un seuil est une chute abrupte, et non une pente douce. Dépasser le plafond de l'aide totale d'un seul euro ne réduit pas légèrement votre droit à l'aide. Cela vous fait basculer dans la tranche des 55 %, et la différence de ce que vous devez payer est considérable.
Le taux est fixé par le bureau d'aide juridictionnelle après examen de votre situation fiscale. Ni vous ni votre avocat ne le négociez.
Les plafonds de ressources 2026 pour un foyer d'une personne
Les plafonds actuels ont été fixés par la circulaire du 16 janvier 2026, référence NOR JUST2601659C, émise par le ministère de la Justice. Ils sont calculés à partir de l'indice des prix à la consommation actualisé en décembre 2025 et arrondis à l'euro le plus proche. Pour une personne seule dans son foyer fiscal, les tranches sont les suivantes.
| Revenu fiscal de référence annuel | Équivalent mensuel indicatif | Taux accordé |
|---|---|---|
| Jusqu'à 12 957 euros | Jusqu'à 1 080 euros | 100 % |
| De 12 958 à 15 316 euros | De 1 080 à 1 276 euros | 55 % |
| De 15 317 à 19 433 euros | De 1 276 à 1 619 euros | 25 % |
| Au-delà de 19 433 euros | Au-delà de 1 619 euros | Pas d'aide sur critère de revenu |
La colonne mensuelle est purement indicative. La décision est prise sur la base du revenu fiscal de référence annuel figurant sur votre dernier avis d'imposition, et non sur un montant mensuel de bulletin de salaire.
Datez toujours ce chiffre. Ces montants sont réindexés chaque mois de janvier, si bien qu'un chiffre recopié d'un article écrit un an plus tôt sera erroné. La circulaire précise elle-même que les demandes déposées avant l'entrée en vigueur de ses plafonds sont appréciées selon les plafonds 2025, et qu'elle ne s'applique ni en Nouvelle-Calédonie ni à Wallis-et-Futuna, qui disposent de leurs propres textes.
Comment la taille du foyer fait évoluer les plafonds
Si votre foyer fiscal compte plus d'une personne, tous les plafonds augmentent. Cette augmentation n'est pas un pourcentage fixe : chacune des deux premières personnes supplémentaires ajoute 2 332 euros au plafond de revenu, et chaque personne suivante ajoute environ 1 473 euros. Le tableau publié reste la référence la plus sûre.
| Personnes dans le foyer fiscal | Plafond de revenu pour l'aide totale | Jusqu'à 55 % | Jusqu'à 25 % |
|---|---|---|---|
| 1 | 12 957 euros | 15 316 euros | 19 433 euros |
| 2 | 15 289 euros | 17 648 euros | 21 765 euros |
| 3 | 17 621 euros | 19 980 euros | 24 097 euros |
| 4 | 19 095 euros | 21 454 euros | 25 570 euros |
| 5 | 20 568 euros | 22 927 euros | 27 044 euros |
Au-delà de sept personnes, les plafonds de revenu et de biens mobiliers augmentent encore de 1 473 euros par personne supplémentaire.
Les deux plafonds de patrimoine qui bloquent net une demande
Le revenu n'est que le premier test. Deux plafonds supplémentaires s'appliquent au patrimoine, et contrairement aux tranches de revenu, ils sont absolus : dépasser l'un ou l'autre signifie l'absence totale d'aide, quel que soit le taux. Dépasser le plafond de revenu pour l'aide totale ne met pas fin à la demande, cela vous fait simplement basculer dans une tranche partielle, et seul un revenu supérieur au plafond le plus élevé, 19 433 euros pour une personne seule, exclut la demande sur critère de revenu.
Le premier plafond concerne les biens mobiliers et financiers, y compris l'épargne. Pour un foyer d'une personne, la limite est de 12 957 euros, soit le même chiffre que le plafond de revenu pour l'aide totale. Il augmente avec la taille du foyer selon le même barème : 15 289 euros pour deux personnes, 17 621 euros pour trois, et ainsi de suite.
Le second concerne les biens immobiliers. Pour un foyer d'une personne, la limite est de 38 866 euros, portée à 45 861 euros pour deux personnes et 52 857 euros pour trois. Point essentiel, cette évaluation exclut votre résidence principale, ainsi que les biens utilisés pour votre profession. Cette règle existe car le dispositif n'a pas vocation à contraindre quiconque à vendre le logement qu'il habite ou les outils dont il se sert pour travailler.
Si vous déclarez un patrimoine nul, la circulaire indique au bureau de ne pas en exiger la preuve. La demande est traitée sur une base déclarative, et les services sont invités à limiter les demandes de pièces complémentaires au strict nécessaire.
Trois exemples chiffrés, une seule taille de foyer
La façon la plus claire de visualiser cet effet de seuil est de fixer la taille du foyer et de ne faire varier que le revenu. Chacune des personnes ci-dessous vit seule, dispose d'une épargne de 4 000 euros et ne possède aucun bien immobilier hormis l'appartement qu'elle habite, si bien que les deux tests de patrimoine sont satisfaits dans chaque cas.
Claire, revenu fiscal de référence de 11 400 euros. Elle se situe sous le seuil de 12 957 euros et se voit donc accorder l'aide juridictionnelle totale, au taux de 100 %. Les honoraires de son avocat pour les diligences couvertes sont pris en charge par l'État et aucune contribution ne lui est demandée.
Marc, revenu fiscal de référence de 13 900 euros. Il dépasse le plafond de Claire de 943 euros et se situe dans la tranche de 12 958 à 15 316 euros. Son taux est de 55 %. L'État prend en charge une part des honoraires et Marc doit convenir du reste avec son avocat dans une convention d'honoraires écrite.
Sofia, revenu fiscal de référence de 18 200 euros. Elle se situe dans la tranche de 15 317 à 19 433 euros, et son taux est donc de 25 %. La contribution de l'État est réelle mais modeste, et l'essentiel des honoraires reste à sa charge et à négocier.
Observez ce que montrent ces trois cas. L'écart entre Claire et Marc est inférieur à mille euros de revenu annuel, et il fait toute la différence entre ne rien payer sur les honoraires et en payer l'essentiel. C'est pourquoi vérifier le plafond exact correspondant à la taille de votre foyer importe bien plus que d'estimer.
Quand le revenu n'est pas examiné du tout
Certains demandeurs sont admis sans aucune condition de ressources. Un mineur entendu dans une procédure qui le concerne, par exemple devant le juge aux affaires familiales, bénéficie automatiquement de l'aide juridictionnelle sans même avoir à en faire la demande. Un mineur en conflit avec ses représentants légaux peut se voir accorder l'aide sans que les ressources de ses représentants ne soient examinées.
Une victime de l'un des crimes les plus graves contre la vie ou l'intégrité physique, comme une tentative de meurtre, un viol, ou des violences commises avec une arme, est admise sans aucun examen de ses ressources ou de son patrimoine, bien qu'une demande doive tout de même être présentée. Le même traitement s'étend aux ayants droit de la victime.
L'aide provisoire existe également. Une personne sollicitant une ordonnance de protection en tant que victime de violences conjugales peut se voir accorder l'aide juridictionnelle provisoire, tout comme un demandeur en situation d'urgence. L'aide provisoire porte bien son nom : si l'examen ultérieur des ressources montre que vous n'y étiez pas éligible, vous devez rembourser ce que l'État a avancé, sauf si le bureau estime le cas particulièrement digne d'intérêt.
Ce que couvre le dispositif, et ce qu'il ne couvre pas
Deux catégories de frais sont couvertes. La première concerne le coût de l'action en justice elle-même, y compris les honoraires de votre avocat, les frais de commissaire de justice, la signification des actes et les frais de notaire. La seconde concerne l'intervention d'un avocat en dehors du prétoire, et c'est la partie que les lecteurs connaissent rarement. Elle inclut la médiation ordonnée par un tribunal, l'audition d'une personne retenue pour une vérification liée à l'immigration, une reconstitution, ainsi que l'avocat assistant une personne en garde à vue ou un mineur placé en détention.
Plusieurs éléments restent en dehors du dispositif. En matière pénale, certains frais sont exclus, notamment le droit fixe de procédure et les honoraires d'expert ou de commissaire de justice. Le droit de plaidoirie, actuellement de 13 euros, n'est jamais couvert. Il en va de même pour tout ce que le tribunal vous condamne à payer, comme des dommages et intérêts ou une amende.
Sous le régime de l'aide partielle, le solde des honoraires de votre avocat n'est pas fixé par l'État. Il est convenu entre vous et l'avocat dans une convention d'honoraires écrite, avant que le travail ne soit effectué, document qu'il convient de lire attentivement.
Faire sa demande, et contester un refus
Une demande peut généralement être déposée dès avant le début de la procédure et jusqu'à la fin de l'affaire. Elle peut être déposée en ligne, ou au moyen du formulaire cerfa 16146, obligatoire si vous formulez la demande pour le compte d'une autre personne, par exemple un mineur. Le ministère de la Justice publie également un simulateur d'éligibilité, moyen le plus rapide de savoir dans quelle tranche vous vous situez avant de rassembler les pièces.
La destination du dossier dépend de la juridiction. Pour une affaire civile ou pénale ordinaire, il est adressé au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de votre domicile, ou du lieu où l'affaire est jugée une fois la procédure engagée. Les juridictions administratives, la Cour de cassation, le Conseil d'État et la Cour nationale du droit d'asile disposent chacun de leur propre circuit.
Une règle de calendrier surprend souvent. Les frais engagés avant la décision du bureau ne sont pas couverts, et les sommes déjà versées ne sont pas remboursées. Si une audience a lieu avant que la décision ne soit rendue, vous pouvez demander oralement ou par écrit l'aide juridictionnelle provisoire afin que les frais de cette audience soient pris en charge.
Si l'aide est refusée, ou n'est accordée qu'en partie, vous pouvez faire appel dans un délai de 15 jours à compter de la notification dans le cas général, ou de 8 jours devant la Cour nationale du droit d'asile. Le recours est adressé au bureau qui a rendu la décision, accompagné de vos motifs et d'une copie de la décision. L'autorité de recours peut la confirmer, l'annuler, ou modifier le taux, et sa décision est elle-même sans appel.
Pour un aperçu du fonctionnement d'ensemble du système judiciaire français, consultez nos guides juridiques sur la France.
Questions fréquentes
L'aide juridictionnelle est-elle calculée en pourcentage de mon revenu ?
Non. C'est la confusion la plus fréquente. L'État ne calcule pas une part personnalisée. Il place votre revenu fiscal de référence dans l'une de trois tranches et accorde un taux fixe : 100 %, 55 % ou 25 %. Une personne à 12 900 euros et une personne à 12 000 euros reçoivent toutes deux l'aide totale. Une personne à 13 000 euros bascule au taux de 55 %, car elle a franchi le seuil de 12 957 euros.
Quel chiffre le bureau d'aide juridictionnelle examine-t-il réellement ?
Le revenu fiscal de référence figurant sur votre dernier avis d'imposition, et non votre salaire ou votre rémunération nette. Si vous n'avez pas de revenu fiscal de référence, ou si votre situation a changé depuis votre dernière déclaration, le bureau retient à la place le double de vos revenus imposables des six derniers mois, diminué d'un abattement de 10 %.
Puis-je être refusé alors que mon revenu est sous le plafond ?
Oui. Deux plafonds de patrimoine s'ajoutent au test de revenu, l'un pour les biens mobiliers et financiers et l'autre pour les biens immobiliers hors résidence principale, et dépasser l'un ou l'autre signifie l'absence totale d'aide plutôt qu'une aide réduite. Le test de revenu fonctionne différemment : dépasser le seuil de l'aide totale vous fait simplement basculer dans la tranche de 55 % ou de 25 %, et ce n'est qu'au-delà du seuil le plus élevé, 19 433 euros pour une personne seule, que le revenu seul vous exclut. Un refus peut aussi résulter d'une demande irrecevable, d'une assurance de protection juridique couvrant déjà les frais, ou de l'absence des pièces justificatives requises.
Dois-je accepter l'avocat qui m'est attribué ?
Non. Une personne bénéficiant de l'aide juridictionnelle choisit librement son avocat, et peut le faire avant même que le bureau ne se soit prononcé sur la demande. L'avocat reste libre de refuser le dossier. Si vous n'avez pas d'avocat ou si le vôtre refuse, vous pouvez demander au bâtonnier du barreau local d'en désigner un. L'État paie l'avocat directement, si bien que l'argent ne transite jamais entre vos mains.
Que faire si ma demande est refusée ou si je n'obtiens qu'une aide partielle ?
Vous pouvez contester la décision. Dans le cas général, le recours doit être formé dans un délai de 15 jours à compter de la notification, et de 8 jours pour une affaire devant la Cour nationale du droit d'asile. Le recours est adressé au bureau ayant rendu la décision, doit exposer vos motifs et inclure une copie de la décision contestée. L'autorité qui l'examine peut la confirmer, l'annuler ou en modifier le taux. Cette seconde décision est définitive.
Sources et références
- Service-Public.gouv.fr, Aide juridictionnelle (fiche F18074), plafonds de ressources et de patrimoine, frais couverts, modalités de demande et délais de recours(service-public.gouv.fr).gov
- Ministère de la Justice, circulaire du 16 janvier 2026 relative au montant des plafonds de ressources et de patrimoine pour l'admission à l'aide juridictionnelle (NOR JUST2601659C)(justice.gouv.fr).gov
- Légifrance, loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique(legifrance.gouv.fr).gov
- Légifrance, décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 relative à l'aide juridique(legifrance.gouv.fr).gov
- Ministère de la Justice, simulateur d'éligibilité à l'aide juridictionnelle(aidejuridictionnelle.justice.fr).gov
- Justice.fr, annuaires des juridictions et des professionnels du droit(justice.fr).gov
- Légifrance, Code de procédure pénale, article 63-4-2 (assistance d'un avocat pendant la garde à vue, un coût que le dispositif peut couvrir)(legifrance.gouv.fr).gov
- Service-Public.gouv.fr, Garde à vue (fiche F14837)(service-public.gouv.fr).gov