Droit pénal et justice en France : procédure, droits et casier judiciaire

Le droit pénal français se répartit entre deux codes qui répondent à des questions différentes. Le Code pénal définit ce qui constitue une infraction, classe les infractions en contraventions, délits et crimes, fixe les peines, et énumère les causes d'irresponsabilité pénale. Le Code de procédure pénale organise tout le mécanisme qui les entoure : comment un signalement est reçu, comment un suspect peut être retenu et interrogé, comment une affaire arrive devant un tribunal, et comment une condamnation est inscrite puis, à terme, effacée.
Entre ces deux codes se trouve le procureur de la République. En France, la décision de poursuivre relève du parquet, et non de la victime qui remplirait un formulaire. Ce seul fait explique pourquoi tant de lecteurs arrivent perdus : ils ont signalé quelque chose, ils ont un numéro de référence, et rien ne semble se passer. Signaler un incident, ouvrir une enquête et engager des poursuites sont trois étapes distinctes, et seule la première est entièrement entre vos mains.
Informations vérifiées pour la dernière fois le 21 juillet 2026. Cette page présente des informations juridiques générales et ne constitue pas un conseil juridique.
Quel code répond à votre question
Si votre question porte sur des faits, savoir si quelque chose constituait une infraction et si un motif en exonère, c'est le Code pénal qui répond. Si votre question porte sur la procédure, la durée pendant laquelle la police peut retenir quelqu'un, ce qui doit lui être communiqué, qui reçoit un extrait de casier judiciaire, c'est le Code de procédure pénale qui répond. Distinguer les deux est le moyen le plus rapide de trouver la bonne règle.
Cette section de notre guide juridique de la France traite en détail le volet procédural et le volet substantiel là où il compte le plus pour la plupart des lecteurs, ce qui, en pratique, désigne la légitime défense. Les pages ci-dessous sont regroupées selon l'ordre dans lequel on les rencontre réellement : signaler un fait, se retrouver pris dans le système, financer sa défense, et vivre avec le casier ensuite.
Signaler un fait : la main courante et la plainte
Le premier choix auquel la plupart des gens sont confrontés est celui entre la main courante et la plainte, et c'est celui qui cause le plus de dommages lorsqu'il est mal fait. La main courante est une déclaration inscrite dans un registre de police ou de gendarmerie. Elle crée une trace datée du fait que quelque chose a été signalé, et rien de plus.
Élément essentiel, la main courante n'ouvre pas d'enquête judiciaire et ne déclenche pas de poursuites, même si les agents qui estiment que les faits constituent une infraction doivent tout de même en aviser le procureur, qui peut alors décider de poursuivre. Elle n'arrête pas non plus le délai de prescription, si bien qu'un lecteur qui consigne un incident puis attend peut découvrir que le droit de poursuivre s'est éteint sans bruit. Notre comparatif entre main courante et plainte précise dans quels cas chaque outil est réellement utile, et dans quels cas choisir la main courante est une erreur.
Une exception compte plus que toute autre. Dans les situations de violences conjugales, une enquête est ouverte quoi qu'il arrive, et les agents sont tenus de recueillir une plainte plutôt qu'une simple inscription au registre. Toute personne dans cette situation ne devrait pas se contenter d'une main courante comme unique démarche, et les canaux d'urgence et de signalement mentionnés sur cette page existent précisément pour cette raison.
Déposer une plainte, et la suite
La plainte est l'acte par lequel vous vous déclarez victime d'une infraction et confiez une enquête à la police ou à la gendarmerie. Elle est gratuite. Elle peut être déposée en personne dans tout commissariat ou toute brigade de gendarmerie, par courrier au procureur de la République, ou en ligne pour les infractions contre les biens et les infractions numériques dont l'auteur est inconnu, une voie disponible sur tout le territoire depuis octobre 2024.
Une plainte contre X, déposée lorsque vous ignorez l'identité du responsable, est la voie normale après un cambriolage, un vol ou une escroquerie, et ce n'est pas un dépôt de second rang. Notre guide sur le dépôt de plainte détaille chaque voie tour à tour, présente les délais de prescription applicables à chaque catégorie d'infraction, et explique ce que le procureur peut faire du dossier une fois qu'il le reçoit.
Cette page corrige également l'un des malentendus les plus persistants de la procédure française. Une plainte avec constitution de partie civile n'est pas un raccourci payant généralisé vers le tribunal. Un dépôt direct, sans plainte simple préalable ni délai d'attente, n'est autorisé que pour un ensemble restreint de catégories d'infractions, et la consignation associée à cette voie ne s'applique pas du tout aux bénéficiaires de l'aide juridictionnelle.
Être pris dans le système : la garde à vue
La garde à vue est une mesure de contrainte ordonnée par un officier de police judiciaire à l'encontre d'une personne à l'égard de laquelle il existe des raisons plausibles de soupçonner. Ce n'est pas une arrestation au sens large et elle n'est pas mobilisable à volonté : le Code de procédure pénale la rattache à une liste définie de finalités, et elle ne peut être utilisée que lorsque rien de moins contraignant ne permettrait d'atteindre l'une d'elles.
La structure comprend une période de base que le procureur peut prolonger une fois, par écrit, et uniquement pour des infractions dépassant un certain seuil de gravité. Des régimes plus longs existent, mais ils sont plus restreints que ce que laisse entendre Internet, et les deux durées les plus citées relèvent d'articles différents couvrant des catégories d'infractions différentes. Notre guide sur la garde à vue précise les durées, les seuils, et la distinction que l'on confond régulièrement.
Le changement récent le plus important concerne l'avocat. Depuis une réforme de 2024, l'audition sur les faits ne peut plus se poursuivre sans avocat une fois l'assistance demandée, sauf renonciation expresse consignée au procès-verbal. L'ancienne courte fenêtre permettant aux enquêteurs de commencer avant l'arrivée de l'avocat a disparu. La présence de l'avocat peut encore être différée, mais uniquement par une décision écrite et motivée, et le guide précise qui peut l'ordonner et pour combien de temps.
La défense au fond : la légitime défense
La légitime défense est, dans cette section, la seule doctrine de fond plutôt qu'une règle de procédure, et elle relève du Code pénal. Elle fonctionne comme une cause d'irresponsabilité pénale : l'acte a bien eu lieu, mais son auteur n'en est pas tenu pénalement responsable. Cette qualification a son importance, car elle est appréciée après coup, par les enquêteurs puis par un tribunal, au vu des éléments de preuve dont ils disposent.
L'article 122-5 exige une atteinte injustifiée, une riposte concomitante, une nécessité, et une absence de disproportion entre les moyens employés et la gravité de l'atteinte. La défense des biens, prévue au second alinéa, est encore plus restreinte. L'article 122-6 ajoute une présomption dans deux situations précisément définies, et la croyance populaire veut que cette présomption règle la question.
Ce n'est pas le cas. La Cour de cassation la traite comme une présomption simple, susceptible d'être renversée par la preuve contraire. Notre page sur la légitime défense explique ce que dit le texte de loi, ce que les tribunaux en ont bâti, et pourquoi la présomption n'est pas le bouclier qu'on lui prête souvent. Cette page est écrite comme une présentation doctrinale, et non comme un guide de conduite, et toute personne confrontée à une situation réelle a besoin d'un avocat plutôt que d'une page web.
Financer sa défense : l'aide juridictionnelle
La défense pénale n'est pas automatiquement gratuite, mais la France dispose d'un dispositif d'aide juridictionnelle conséquent. L'aide juridictionnelle est accordée selon des taux fixes plutôt que selon un barème progressif : un demandeur se situe dans une tranche ou une autre et reçoit ce taux, sans rien entre les deux. La méprendre pour une formule progressive est l'erreur la plus fréquente à propos de ce dispositif.
Deux tests distincts s'appliquent. Un test de revenu fondé sur le revenu fiscal de référence du foyer, ajusté selon sa taille, et des plafonds de patrimoine couvrant les biens mobiliers et financiers ainsi que les biens immobiliers autres que la résidence principale. Dépasser un plafond de patrimoine bloque l'aide à tous les taux, et pas seulement au plus élevé.
Les montants changent chaque mois de janvier. Ils sont réindexés par une circulaire annuelle, et les demandes déposées avant l'entrée en vigueur d'une nouvelle circulaire sont jugées selon les plafonds de l'année précédente. C'est pourquoi nous conservons les chiffres sur la page aide juridictionnelle plutôt qu'ici, et pourquoi toute personne proche d'un seuil devrait vérifier les montants actuels sur cette page et utiliser le simulateur d'éligibilité du ministère de la Justice avant de présumer un refus. Notez également que le dispositif couvre le travail de l'avocat en dehors du prétoire, y compris l'avocat qui assiste une personne en garde à vue, ce qui explique que les deux sujets soient si souvent recherchés ensemble.
Vivre avec le casier : le casier judiciaire
Le casier judiciaire est un fichier national unique, mais il se lit à travers trois bulletins différents, destinés à trois publics différents. Le bulletin n° 1 est le dossier complet et ne parvient qu'aux autorités judiciaires. Le bulletin n° 2 est un extrait filtré, transmis à des autorités publiques désignées. Le bulletin n° 3 est le seul extrait qu'une personne peut demander à son propre sujet, et il est gratuit.
Notre guide sur le casier judiciaire explique le contenu de chaque bulletin, comment demander le vôtre, et les deux voies par lesquelles une condamnation finit par disparaître : la réhabilitation légale après une période sans nouvelle condamnation, et la réhabilitation judiciaire ordonnée par un tribunal sur demande.
Le B2, et la règle de transmission souvent mal comprise
Le bulletin filtré mérite sa propre page, car la croyance qui l'entoure est à la fois répandue et fausse. Un bulletin n° 2 ne vous est jamais délivré. Un employeur n'en est destinataire que dans un seul cas, le travail impliquant des mineurs dans une activité culturelle, éducative ou sociale, et uniquement lorsque le bulletin est vide. Sinon, il circule du Casier judiciaire national vers une autorité publique désignée par les textes.
S'il comporte des mentions, une autorité administrative désignée le reçoit et indique seulement à l'employeur qu'il existe des mentions et si elles font obstacle au recrutement. L'employeur n'apprend jamais la nature de l'infraction. Notre page consacrée au bulletin n° 2 présente les véritables destinataires et les deux voies légales permettant d'en faire exclure une condamnation.
Une renumérotation déjà actée
Un changement structurel mérite d'être connu avant de lire l'une quelconque de ces pages. Une ordonnance adoptée en novembre 2025 réécrit la partie législative du Code de procédure pénale à droit constant, avec une entrée en vigueur prévue début 2029, sauf report par décret, ce que l'ordonnance autorise jusqu'au 1er septembre 2030. Chaque article du code de procédure cité dans cette section est appelé à être renuméroté.
Les règles elles-mêmes ne sont pas modifiées par ce texte, mais les numéros vont changer. Chaque page le signale lorsque c'est pertinent, et nous mettrons à jour la nouvelle numérotation dans toute la section lors de son entrée en vigueur, plutôt que de laisser les lecteurs faire correspondre eux-mêmes d'anciennes citations à un code renuméroté.
Questions fréquentes
Le droit pénal français relève-t-il d'un seul code ou de deux ?
De deux. Le Code pénal définit les infractions, les peines et les causes d'irresponsabilité pénale, dont la légitime défense. Le Code de procédure pénale organise le mécanisme : comment une plainte est reçue, comment un suspect peut être retenu, comment une affaire arrive devant un tribunal, et comment une condamnation est enregistrée. La plupart des questions pratiques relèvent du code de procédure, même lorsque le lecteur pense s'interroger sur l'infraction elle-même.
Déposer un signalement signifie-t-il que quelqu'un sera poursuivi ?
Non. Déposer une plainte vous déclare victime d'une infraction et déclenche une enquête de la police ou de la gendarmerie, mais la décision de poursuivre appartient au procureur de la République. Une [main courante](/fr/france/criminal-law/police-log-vs-complaint/) fait encore moins : elle inscrit une déclaration dans un registre et n'ouvre aucune enquête. Les violences conjugales constituent l'exception délibérée, où une enquête suit quoi qu'il arrive.
Qui peut consulter mon casier judiciaire français ?
Cela dépend du bulletin. Le dossier complet ne parvient qu'aux autorités judiciaires. Le bulletin n° 2 filtré est transmis par voie administrative à des autorités publiques précises, et même dans le cas restreint du secteur privé, une autorité désignée le reçoit et indique seulement à l'employeur si les mentions font obstacle au recrutement. Le [bulletin n° 3](/fr/france/criminal-law/criminal-record/) est le seul extrait que vous pouvez demander à votre propre sujet.
Dois-je payer un avocat dans une affaire pénale en France ?
Pas nécessairement. L'aide juridictionnelle peut couvrir tout ou partie des honoraires d'un avocat, y compris l'avocat qui assiste une personne en garde à vue, et pas seulement le travail effectué au tribunal. L'éligibilité dépend de la tranche fixe dans laquelle se situent votre revenu fiscal de référence et votre patrimoine, et les plafonds changent chaque mois de janvier : vérifiez donc les chiffres actuels sur la page [aide juridictionnelle](/fr/france/criminal-law/legal-aid/) et le simulateur du ministère de la Justice avant de présumer être exclu du dispositif.
Le droit français reconnaît-il la légitime défense ?
Oui, en tant que cause d'irresponsabilité pénale plutôt que comme une autorisation. L'article 122-5 du Code pénal exige une atteinte injustifiée, une riposte concomitante, une nécessité et une absence de disproportion. L'article 122-6 ajoute une présomption dans deux situations strictement définies, mais la Cour de cassation traite cette présomption comme réfragable plutôt qu'absolue. La page consacrée à la [légitime défense](/fr/france/criminal-law/self-defense/) explique comment un tribunal applique ce test après les faits.
Sources et références
- Service-Public.gouv.fr, Infractions pénales : contravention, délit et crime (fiche F1157)(service-public.gouv.fr).gov
- Service-Public.gouv.fr, Qu'est-ce qu'une main courante ? (fiche F11182)(service-public.gouv.fr).gov
- Service-Public.gouv.fr, Porter plainte (fiche F1435)(service-public.gouv.fr).gov
- Ministère de l'Intérieur, Ma Sécurité, service de plainte en ligne(masecurite.interieur.gouv.fr).gov
- Service-Public.gouv.fr, Garde à vue (fiche F14837)(service-public.gouv.fr).gov
- Légifrance, Code pénal, article 122-5 (légitime défense)(legifrance.gouv.fr).gov
- Légifrance, Code pénal, article 122-6 (présomption de légitime défense)(legifrance.gouv.fr).gov
- Service-Public.gouv.fr, Aide juridictionnelle (fiche F18074), plafonds de ressources et de patrimoine, frais couverts, modalités de demande et délais de recours(service-public.gouv.fr).gov
- Service-Public.gouv.fr, Casier judiciaire : bulletins n° 1, n° 2 et n° 3(service-public.gouv.fr).gov
- Service-Public.gouv.fr, Qui peut accéder au bulletin n° 2 du casier judiciaire ?(service-public.gouv.fr).gov