Vidéosurveillance en France : la loi sur les caméras à domicile, entre voisins et au travail

Installer une caméra en France déclenche des règles différentes selon ce qu'elle filme réellement. Un dispositif dirigé uniquement vers votre propre domicile échappe largement au droit de la protection des données, mais cette exemption cesse dès que l'objectif atteint le jardin d'un voisin ou la voie publique, où le droit pénal et le droit civil prennent alors le relais.
Informations vérifiées le 19 juillet 2026. Cet article présente des informations juridiques générales, non un avis juridique.
Périmètre juridictionnel : Cet article traite uniquement du droit de la vidéosurveillance en France. Les règles diffèrent dans d'autres pays, y compris ailleurs dans l'Union européenne.
Vidéoprotection et vidéosurveillance : deux régimes distincts
Le droit français trace une frontière nette entre deux régimes de caméras selon ce qu'elles filment réellement.
La vidéoprotection concerne les caméras filmant la voie publique ou des lieux ouverts au public : une rue, une gare, un centre commercial, un marché. Son installation nécessite une autorisation du préfet (à Paris, du préfet de police), délivrée après avis d'une commission départementale présidée par un magistrat, en application des articles L.251-1 à L.255-1 du Code de la sécurité intérieure. L'autorisation est valable cinq ans, renouvelable, et la durée de conservation fixée par l'arrêté préfectoral ne peut jamais dépasser un mois, plafond strict fixé par l'article L.252-5.
La vidéosurveillance concerne les caméras filmant des lieux non ouverts au public : une réserve, un entrepôt, un domicile privé, une copropriété fermée. Ce régime couvre la quasi-totalité des caméras installées par un particulier, une petite entreprise ou un employeur, et relève du droit commun de la protection des données (RGPD et loi Informatique et Libertés), et non de la procédure préfectorale prévue par le Code de la sécurité intérieure. La suite de cet article traite principalement de la vidéosurveillance, puisque c'est elle qui s'applique aux domiciles, aux voisins et aux lieux de travail.
Caméras à domicile : ce que le droit de la protection des données ne couvre pas
Une caméra installée à votre domicile échappe au RGPD et à la loi Informatique et Libertés uniquement lorsqu'elle se limite à la sphère strictement privée : filmer l'intérieur de votre logement, votre jardin ou votre allée d'accès privée, à l'usage exclusif de votre foyer.
Cette exception est plus étroite que ce que l'on imagine généralement. Deux situations font retomber une caméra domestique sous le droit de la protection des données. D'abord, si la caméra capte aussi, de façon récurrente, des personnes extérieures au cercle familial ou amical, comme une nourrice ou une aide à domicile, ces personnes doivent être informées de l'existence de la caméra et de sa raison d'être (un affichage sur la zone filmée, ou une clause dans leur contrat), et la caméra ne doit pas les filmer en permanence pendant leur travail. Ensuite, et c'est le piège que la plupart des articles ignorent, l'exemption domestique ne couvre jamais les images de la propriété d'un voisin ou de la voie publique. Dès que l'objectif franchit cette limite, le critère de la sphère strictement privée cesse de s'appliquer à cette portion des images.
La règle absolue : jamais la voie publique, jamais la propriété d'un voisin
La CNIL l'affirme sans nuance : les particuliers n'ont pas le droit de filmer la voie publique, y compris pour protéger un véhicule stationné devant chez eux. Son propre exemple : une vue sur le jardin et la piscine d'un voisin n'est tout simplement pas autorisée.
Cela compte, car l'exemption domestique ne peut pas servir de contournement. Lorsque les images restent réellement dans la sphère strictement privée, le RGPD ne s'applique pas, mais le Code pénal, le Code civil et la jurisprudence relative au voisinage continuent, eux, de s'appliquer. L'article 226-1 punit le fait de capter, d'enregistrer ou de transmettre volontairement, sans le consentement de la personne concernée, l'image d'une personne se trouvant dans un lieu privé, d'une peine pouvant aller jusqu'à un an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende ; l'article 226-2 prévoit les mêmes peines pour la conservation ou la diffusion de cet enregistrement. L'article 9 du Code civil protège séparément le droit au respect de la vie privée, qui couvre le droit à l'image. Les tribunaux français reconnaissent également le trouble anormal de voisinage, et la Cour de cassation a confirmé, le 10 avril 2025, que capter l'image de personnes empruntant un chemin commun peut être constitutif d'un tel trouble, même sans intention de nuire, et peut justifier une décision ordonnant le retrait de la caméra.
Une caméra dirigée vers une rue ou le terrain d'un voisin est exposée sur deux fronts à la fois : une violation du droit de la protection des données si le RGPD s'applique, et une infraction pénale ou civile s'il ne s'applique pas.
Sonnettes et interphones vidéo
Une sonnette connectée ou un interphone vidéo ne constitue pas une catégorie à part. La même règle que pour toute autre caméra domestique s'applique : l'appareil ne peut pas filmer la voie publique, ni l'entrée ou les fenêtres d'un voisin. Une caméra de sonnette suffisamment étroite pour ne couvrir que le pas de votre propre porte peut rester dans la sphère strictement privée, mais dès que son champ de vision balaie le trottoir, la chaussée ou la porte d'un voisin, les limites relatives à la voie publique et l'exposition au droit du voisinage décrites ci-dessus s'appliquent.
Caméras en copropriété
L'installation de caméras dans un immeuble collectif nécessite un vote en assemblée générale des copropriétaires. Même une fois approuvées, les zones autorisées se limitent aux parties communes : le parking, le local à vélos ou à poussettes, le hall d'entrée, les portes d'ascenseur et la cour. Les portes des appartements, les balcons, les terrasses et les fenêtres ne doivent jamais être filmés.
L'accès aux images doit être limité au syndic, au conseil syndical ou au gardien, et n'est consulté en pratique qu'après un incident. La durée de conservation ne devrait pas dépasser un mois. Une subtilité : si le hall d'entrée est librement accessible, sans code ni interphone, il est considéré comme ouvert au public, ce qui fait basculer la caméra dans le régime de la vidéoprotection et son obligation d'autorisation.
Caméras dans un logement loué
L'exemption domestique appartient au foyer qui occupe les lieux, pas à un bailleur qui n'y habite pas. Un bailleur ne peut pas justifier une caméra à l'intérieur du logement d'un locataire comme relevant de son propre usage privé, puisque c'est la vie privée du locataire, protégée par l'article 9 du Code civil, qui est en jeu ; filmer un locataire à son domicile expose au même risque au titre de l'article 226-1 du Code pénal que filmer tout autre espace privé sans consentement. Les caméras dans les parties communes de l'immeuble, une entrée, une cage d'escalier, une cour, suivent la même logique que pour la copropriété exposée plus haut : uniquement les parties communes, jamais la porte, la fenêtre, le balcon ou la terrasse d'un locataire.
Vidéosurveillance au travail : information, CSE, zones interdites, son, conservation
Les caméras installées sur le lieu de travail relèvent à la fois du droit de la protection des données et du Code du travail, avec des exigences plus détaillées que pour une caméra domestique.
Information et consultation. Les représentants du personnel, le CSE, doivent être informés et consultés avant toute décision d'installer des caméras, en application de l'article L.2312-38 du Code du travail, et les salariés doivent être informés de l'existence du dispositif et de sa raison d'être.
Proportionnalité. L'article L.1121-1 interdit les restrictions aux droits et libertés des salariés qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir et proportionnées au but recherché. La CNIL applique ce principe directement aux caméras : une surveillance permanente et constante d'un salarié n'est pas proportionnée.
Zones interdites. Certains espaces ne peuvent être filmés quelle que soit la justification avancée : les salles de pause, les toilettes, les locaux syndicaux ou des représentants du personnel et leurs accès, ainsi que le poste de travail d'un salarié de façon permanente. L'exception étroite concerne un poste de manipulation d'espèces, et même dans ce cas, la caméra doit cadrer le matériel, non la personne.
Son. L'enregistrement du son en complément de l'image ne relève pas de la pratique courante. La CNIL le réserve à des situations exceptionnelles déclenchées par le salarié, comme une agression, et non à une surveillance de routine. Capter systématiquement les conversations ordinaires des salariés est disproportionné, et a constitué un facteur aggravant dans la sanction de la Samaritaine évoquée plus loin. Voir aussi notre présentation de l'enregistrement des conversations en droit français.
Conservation. En principe, les images en milieu professionnel ne sont pas conservées au-delà d'un mois, et la CNIL précise que quelques jours suffisent généralement pour effectuer les vérifications nécessaires après un incident. Il s'agit d'un principe indicatif pour la vidéosurveillance d'espaces privés, et non du plafond légal strict que l'article L.252-5 fixe pour la vidéoprotection de l'espace public.
Quand une AIPD est-elle obligatoire ?
Une analyse d'impact relative à la protection des données (AIPD) devient obligatoire lorsqu'un système de vidéosurveillance constitue une surveillance systématique et à grande échelle d'une zone accessible au public, en combinaison avec les autres critères déclencheurs retenus par la CNIL. Les employeurs et gestionnaires d'immeubles qui exploitent des réseaux de caméras plus étendus ou plus sensibles devraient vérifier ce seuil avant le déploiement, et non après réception d'une plainte. Pour le cadre plus large dans lequel s'inscrivent ces règles relatives aux caméras, voir nos guides sur le droit français de la protection des données et le droit européen de la protection des données.
Sanctions récentes de la CNIL : l'affaire Samaritaine et les sanctions simplifiées de 2026
La CNIL ne traite pas ces règles comme de simples principes théoriques. En septembre 2025, elle a infligé une amende de 100 000 euros au grand magasin la Samaritaine pour des caméras dissimulées, déguisées en détecteurs de fumée, installées dans des réserves en août 2023. Ces caméras enregistraient également le son, captant les conversations des salariés, jusqu'à ce que le personnel les découvre et porte plainte. Les manquements relevés comprenaient l'absence d'analyse d'impact préalable, un dispositif absent du registre des traitements de l'entreprise, une captation sonore disproportionnée, et l'absence de consultation préalable du délégué à la protection des données.
Cette affaire n'est pas isolée. Depuis janvier 2026, la CNIL a prononcé 23 sanctions supplémentaires au titre de la procédure simplifiée, pour un total de 133 750 euros, à l'encontre d'opérateurs de restauration rapide, de transport urbain et de commerces en gare, principalement pour l'exploitation de dispositifs vidéo sans autorisation préfectorale ou pour le filmage permanent de salariés.
Sur l'ensemble de l'année 2025, la CNIL a prononcé 83 sanctions pour un total de 486 839 500 euros, et a par ailleurs sanctionné 16 organismes cette année-là pour des manquements liés à la vidéosurveillance des salariés. Ce total global n'est pas un indicateur de la répression en matière de caméras : il est dominé par deux amendes importantes et sans rapport entre elles, portant sur le consentement aux cookies. Une fois ces deux dossiers exclus, les 81 autres sanctions représentent environ 11,8 millions d'euros, une image plus fidèle d'une sanction CNIL typique.
Que peut faire un voisin face à une caméra illégale ?
Une personne dont la propriété est filmée par la caméra d'un voisin dispose de plusieurs recours. Elle peut saisir le service des plaintes de la CNIL, et notre guide sur le dépôt d'une plainte auprès de la CNIL détaille les démarches nécessaires. Elle peut également s'adresser à la police ou à la police municipale, signaler les faits au procureur de la République, ou engager une action civile, y compris une procédure de référé demandant en urgence à un juge d'ordonner le retrait de la caméra dans l'attente d'une audience sur le fond.
Cette dernière voie n'est pas que symbolique. Dans l'arrêt du 10 avril 2025 déjà évoqué, la Cour de cassation a confirmé qu'une caméra captant des personnes sur un chemin commun peut, à elle seule, constituer un trouble anormal de voisinage, indépendamment de toute atteinte distincte à la vie privée, ce qui peut justifier une décision ordonnant son retrait. Pour savoir comment les images filmées à domicile ou chez un voisin peuvent être utilisées ou contestées comme preuve en France, voir notre présentation des enregistrements utilisés comme preuve.
Avertissement
Cet article présente le cadre général du droit de la vidéosurveillance et de la vidéoprotection en France à la date de vérification indiquée ci-dessus. Il s'agit d'une information juridique générale, non d'un avis juridique. Les règles applicables aux caméras peuvent dépendre de faits précis, comme le champ de vision ou l'agencement d'un bâtiment ; il convient donc de confirmer les détails auprès de la CNIL, d'un avocat français, ou de la préfecture compétente avant d'installer ou de contester un système de caméras.
Questions fréquentes
Puis-je filmer la rue devant chez moi pour protéger ma voiture ?
Non. La CNIL est explicite : les particuliers ne peuvent pas filmer la voie publique, y compris pour protéger un véhicule stationné devant chez eux.
Le droit de la protection des données s'applique-t-il à une caméra installée chez moi ?
Seulement si son usage dépasse la sphère strictement privée. Filmer uniquement l'intérieur de votre domicile pour votre propre usage échappe au RGPD, mais le Code pénal (article 226-1), le Code civil (article 9) et la règle du trouble anormal de voisinage continuent de s'appliquer si la caméra capte aussi l'espace d'un voisin ou la rue.
Mon employeur peut-il écouter le son capté par les caméras de surveillance au travail ?
En principe, non. Un dispositif proportionné ne devrait pas capter le son, sauf dans une situation exceptionnelle déclenchée par le salarié, comme une agression. La CNIL a infligé une amende de 100 000 euros à la Samaritaine, notamment pour avoir enregistré les conversations de salariés au moyen de caméras dissimulées.
Combien de temps un employeur peut-il conserver les images de vidéosurveillance ?
En principe, pas plus d'un mois, et quelques jours suffisent souvent en pratique. Il s'agit d'un principe de proportionnalité, et non du même plafond légal absolu qui s'applique à la vidéoprotection de l'espace public.
Peut-on installer une caméra dans le hall d'entrée d'un immeuble ?
Oui, après un vote en assemblée générale des copropriétaires, mais uniquement pour couvrir les parties communes telles que le hall, l'ascenseur, le parking ou la cour, jamais les portes ou fenêtres des appartements. Si le hall est librement accessible sans code ni interphone, c'est l'autorisation du préfet qui est requise à la place.
Que puis-je faire si la caméra d'un voisin filme ma propriété ?
Vous pouvez saisir la CNIL, contacter la police, signaler les faits au procureur de la République, ou engager une action civile, y compris une procédure de référé demandant à un juge d'ordonner le retrait de la caméra. Les tribunaux français ont confirmé qu'une caméra captant un chemin commun peut, à elle seule, constituer un trouble anormal de voisinage.
L'exemption domestique signifie-t-elle que toute caméra sur ma propriété est automatiquement légale ?
Non. L'exemption ne couvre que les images qui restent dans la sphère strictement privée de votre foyer. Une caméra qui atteint aussi la voie publique ou la propriété d'un voisin en sort et peut vous exposer à une responsabilité pénale, civile ou au titre de la protection des données.
La CNIL a-t-elle infligé près de 487 millions d'euros d'amendes pour des affaires de caméras en 2025 ?
Non. Ce chiffre couvre l'ensemble des sanctions prononcées par la CNIL en 2025 et est dominé par deux amendes importantes et sans rapport entre elles, portant sur le consentement aux cookies. Le chiffre propre à la vidéosurveillance pour 2025 est de 16 organismes sanctionnés pour des manquements liés aux caméras des salariés.
Sources et références
- Vidéoprotection, vidéosurveillance : c'est quoi la différence(cnil.fr).gov
- La vidéoprotection(cnil.fr).gov
- Code de la sécurité intérieure, Titre V Vidéoprotection (Articles L251-1 à L255-1)(legifrance.gouv.fr).gov
- La vidéosurveillance, vidéoprotection chez soi(cnil.fr).gov
- Un particulier employeur peut-il installer un dispositif de vidéosurveillance(cnil.fr).gov
- Code pénal, De l'atteinte à la vie privée (Articles 226-1 à 226-7)(legifrance.gouv.fr).gov
- Troubles de voisinage : un dispositif de vidéo-surveillance filmant un chemin voisin est-il légal(service-public.gouv.fr).gov
- La vidéosurveillance, vidéoprotection au travail(cnil.fr).gov
- Caméras dissimulées : la CNIL sanctionne la Samaritaine(cnil.fr).gov
- La CNIL a prononcé 23 nouvelles sanctions depuis janvier au titre de la procédure simplifiée(cnil.fr).gov
- Sanctions et mesures correctrices : la CNIL présente le bilan 2025(cnil.fr).gov
- La vidéosurveillance, vidéoprotection dans les immeubles d'habitation(cnil.fr).gov