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Enregistrement audio comme preuve en justice en France : la règle depuis 2023

Par Équipe éditoriale de Recording Law18 min de lecture
Enregistrement audio comme preuve en justice en France : la règle depuis 2023

Questions fréquentes

L'arrêt de décembre 2023 rend-il les enregistrements secrets automatiquement recevables en France ?

Non. L'arrêt de l'Assemblée plénière du 22 décembre 2023, n. 20-20.648, a remplacé une interdiction automatique de la preuve déloyale par un test apprécié au cas par cas. Le juge doit constater que l'enregistrement était indispensable à l'exercice du droit à la preuve et que l'atteinte à la vie privée en résultant était strictement proportionnée avant de l'admettre. Les enregistrements qui échouent à l'une ou l'autre de ces conditions restent écartés.

Que signifie « indispensable » dans ce contexte ?

Cela signifie que la partie qui produit l'enregistrement ne disposait d'aucun autre moyen adéquat pour prouver le fait en cause, tel qu'un témoin, un document ou une correspondance. Si une autre preuve aurait pu établir le même point, un tribunal peut juger que l'enregistrement n'était pas indispensable et l'écarter, même s'il est réellement pertinent.

Si un enregistrement est admis comme preuve, cela signifie-t-il qu'il était légal de le réaliser ?

Pas nécessairement. La question de savoir si un enregistrement peut être utilisé comme preuve relève de la procédure civile et du test issu de l'arrêt de décembre 2023. La question de savoir si sa réalisation a enfreint la loi relève d'une question pénale distincte, au titre de l'article 226-1 du Code pénal. Un enregistrement peut être admis comme preuve tout en exposant son auteur à une responsabilité pénale pour la manière dont il a été obtenu.

Un salarié peut-il utiliser un enregistrement secret de son employeur devant le conseil de prud'hommes ?

C'est possible depuis le test issu de l'arrêt de 2023, mais ce n'est pas automatique. Le salarié doit démontrer que l'enregistrement était indispensable, généralement qu'aucune autre preuve des faits n'existait, et que l'enregistrement de l'employeur n'était pas plus intrusif que nécessaire. L'arrêt Cass. soc., 10 juillet 2024, n. 23-14.900, a appliqué ce test pour admettre un enregistrement dans une affaire de harcèlement ; d'autres décisions ont écarté des enregistrements lorsque d'autres preuves étaient disponibles.

Les enregistrements secrets sont-ils traités de la même manière dans les affaires pénales ?

Non. Les affaires pénales relèvent de l'article 427 du Code de procédure pénale, qui autorise la preuve par tout moyen et laisse le résultat à l'intime conviction du juge. L'arrêt Cass. crim., 31 janvier 2012, n. 11-85.464, a confirmé que les règles excluant les preuves obtenues illégalement visent les actions des autorités publiques, et non les enregistrements réalisés par des particuliers. L'enregistrement d'un particulier n'est pas automatiquement écarté d'une affaire pénale au seul motif qu'il a été réalisé sans consentement.

Une transcription par huissier est-elle obligatoire avant qu'un enregistrement puisse être utilisé en justice ?

Aucun texte ne l'exige. En pratique, les parties font couramment établir un constat par un commissaire de justice, certifiant le contenu de l'enregistrement et les conditions dans lesquelles il a été réalisé, car cela renforce sa force probante devant un juge, même si ce n'est pas une condition légale préalable à sa recevabilité.

L'article 427 va-t-il disparaître en 2029 ?

L'article 427 doit être abrogé le 1er janvier 2029 en vertu de l'ordonnance n. 2025-1091, mais ce texte recodifie le Code de procédure pénale à droit constant, c'est-à-dire qu'il préserve le fond des règles tout en réorganisant leur numérotation. Le principe de la liberté de la preuve n'est pas abrogé ; seul son numéro d'article devrait changer.

Un enregistrement incomplet compte-t-il tout de même comme preuve ?

Il peut être utilisé, mais un enregistrement incomplet ou sélectivement modifié joue contre la partie qui s'en prévaut. Les tribunaux appliquant le test d'indispensabilité et de proportionnalité ont considéré qu'un enregistrement partiel ou non communiqué dans son intégralité constituait une preuve plus faible, tant des faits en cause que de la nécessité de l'atteinte.

Sources et références

  1. Cass. Ass. plén., 22 décembre 2023, n. 20-20.648, Publié au bulletin(legifrance.gouv.fr).gov
  2. Cass. soc., 2 mai 2024, n. 22-16.603(legifrance.gouv.fr).gov
  3. Cass. soc., 10 juillet 2024, n. 23-14.900, Publié au bulletin(legifrance.gouv.fr).gov
  4. Cass. crim., 31 janvier 2012, n. 11-85.464, Publié au bulletin (affaire Bettencourt)(legifrance.gouv.fr).gov
  5. Code de procédure pénale, article 427 (liberté de la preuve)(legifrance.gouv.fr).gov
  6. Ordonnance n. 2025-1091 du 19 novembre 2025 portant réécriture du code de procédure pénale(legifrance.gouv.fr).gov
  7. Code pénal, article 226-1 (atteinte à l'intimité de la vie privée)(legifrance.gouv.fr).gov
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