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Enregistrement en France : consentement, sanctions et preuve

Par Équipe éditoriale de Recording Law11 min de lecture
Enregistrement en France : consentement, sanctions et preuve

Questions fréquentes

Puis-je enregistrer un appel téléphonique en France si je suis l'un des interlocuteurs ?

Pas automatiquement. Il n'existe aucune exception générale permettant à un participant d'enregistrer librement une conversation du simple fait qu'il y prend part. En vertu de l'article 226-1 du Code pénal, le consentement n'est présumé que lorsque l'enregistrement est effectué au vu et au su des personnes concernées, sans qu'aucune d'elles ne s'y oppose. L'unique exception jurisprudentielle solide, l'arrêt Cass. crim., 14 février 2006, n° 05-84.384, reste étroite : elle vise une personne enregistrant secrètement son propre appel téléphonique lorsque la conversation porte sur l'activité professionnelle des parties, et non les conversations privées en général. Notre page sur l'enregistrement des conversations en France présente le détail.

Quelle est la sanction encourue pour avoir enregistré quelqu'un sans son consentement en France ?

L'article 226-1 du Code pénal prévoit une peine d'un an d'emprisonnement et 45 000 EUR d'amende. Cette peine passe à deux ans d'emprisonnement et 60 000 EUR d'amende lorsque l'auteur de l'enregistrement est le conjoint, le concubin, ou le partenaire de PACS de la victime.

Un enregistrement illégal est-il automatiquement écarté par un tribunal français ?

Non, plus depuis l'arrêt rendu par la Cour de cassation en assemblée plénière le 22 décembre 2023 (n° 20-20.648). Les juridictions civiles n'excluent plus par principe les preuves obtenues de manière déloyale ou secrète. Elles appliquent désormais un test conditionnel : l'enregistrement doit être indispensable à l'exercice du droit à la preuve, et l'atteinte à la vie privée doit être strictement proportionnée au but poursuivi. Les tribunaux continuent d'écarter les enregistrements qui échouent sur l'une ou l'autre de ces deux branches. Voir les enregistrements comme preuve en France.

Puis-je utiliser un enregistrement secret devant le conseil de prud'hommes ?

C'est dans les litiges du travail que le test de 2023 se retrouve le plus souvent. Des salariés l'ont utilisé pour produire des enregistrements secrets d'entretiens de licenciement ou de faits de harcèlement. L'employeur soutiendra en général que l'enregistrement n'était pas indispensable, au motif que les mêmes faits auraient pu être prouvés par des témoignages, des documents, ou une correspondance. Si le juge lui donne raison, l'enregistrement peut être écarté.

Est-il légal de filmer les forces de l'ordre en France ?

Il n'existe aucun texte codifié conférant un droit de filmer les forces de l'ordre. Ce qui existe en revanche, c'est le retrait, en 2021, pour imprécision, d'un projet de délit qui aurait restreint cette pratique. Les règles générales relatives à l'enregistrement des paroles et de l'image d'autrui continuent de s'appliquer.

Sources et références

  1. Code pénal, article 226-1 (atteinte à l'intimité de la vie privée)(legifrance.gouv.fr).gov
  2. Code pénal, article 226-1 (version datée, alinéas consentement/conjoint)(legifrance.gouv.fr).gov
  3. Code pénal, article 226-2 (conservation/usage d'un enregistrement illicite)(legifrance.gouv.fr).gov
  4. Code pénal, article 226-6 (plainte préalable de la victime)(legifrance.gouv.fr).gov
  5. Code pénal, article 226-15 (secret des correspondances)(legifrance.gouv.fr).gov
  6. Cass. crim., 14 février 2006, n°05-84.384, Publié au bulletin(legifrance.gouv.fr).gov
  7. Cass. Ass. plén., 22 décembre 2023, n° 20-20.648, Publié au bulletin(legifrance.gouv.fr).gov
  8. Cass. soc., 10 juillet 2024, n° 23-14.900, Publié au bulletin(legifrance.gouv.fr).gov
  9. Code de procédure pénale, article 427 (liberté de la preuve)(legifrance.gouv.fr).gov
  10. Conseil constitutionnel, décision n°2021-817 DC du 20 mai 2021 (loi sécurité globale)(conseil-constitutionnel.fr).gov
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