Lois sur l'enregistrement en France 2025 : règles de consentement de toutes les parties et sanctions

En vertu de l'article 226-1 du Code pénal, la France exige le consentement de chaque participant avant qu'une conversation privée ou une image puisse être enregistrée ou transmise. Cette interdiction couvre les appels téléphoniques, les échanges en personne et les communications numériques ; les infractions sont passibles d'une peine pouvant aller jusqu'à un an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende.
Lois sur l'enregistrement en France 2025 : consentement de toutes les parties, deepfakes et RGPD
La France est une juridiction à consentement de toutes les parties. En vertu de l'article 226-1 du Code pénal, enregistrer ou transmettre des conversations ou des images privées sans le consentement de toutes les personnes concernées constitue une infraction pénale passible d'une peine pouvant aller jusqu'à 1 an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende. Cette règle couvre l'audio, la vidéo et la géolocalisation, et s'applique aussi bien aux appels téléphoniques qu'aux conversations en personne et aux communications numériques.
Informations vérifiées pour la dernière fois le 15/05/2026. Cet article présente des informations juridiques générales sur le droit français et ne constitue pas un avis juridique. Les textes cités reflètent leur version en vigueur au mois de mai 2026.
Champ d'application : Cet article traite du droit de l'enregistrement et de la protection de la vie privée en France au regard du Code pénal (articles 226-1 à 226-8-1), du Code civil (article 9), de la loi Informatique et Libertés, du RGPD et du règlement européen sur l'IA. Il ne traite pas du droit de la surveillance dans les autres États membres de l'Union européenne ; pour l'Allemagne, voir Lois sur l'enregistrement en Allemagne.
Pour un aperçu plus large de la manière dont les pays de l'Union européenne traitent le consentement à l'enregistrement, consultez le portail des lois sur l'enregistrement dans le monde.
Réponse rapide : la France applique-t-elle le consentement d'une seule partie ou de toutes les parties ?
La France est un pays à consentement de toutes les parties. L'article 226-1 du Code pénal érige en infraction pénale le fait de capter, d'enregistrer ou de transmettre des paroles ou des images privées sans le consentement de la personne enregistrée. Le consentement doit provenir de chaque participant à la conversation, et non d'une seule personne. La peine de base est de 1 an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende. Le consentement n'est présumé que lorsque l'enregistrement s'effectue au vu et au su de la personne concernée et que celle-ci, pouvant s'y opposer, ne l'a pas fait. Cette règle couvre les appels téléphoniques, les conversations en face à face et toute autre forme de communication privée.
L'exigence française du consentement de toutes les parties est plus stricte que la règle fédérale en vigueur aux États-Unis (consentement d'une seule partie en vertu du Wiretap Act, 18 U.S.C. § 2511) et plus stricte que la règle canadienne prévue par le Code criminel, LRC 1985, c C-46, art. 184(2)a). L'approche française découle d'une profonde tradition constitutionnelle : l'article 9 du Code civil dispose que « chacun a droit au respect de sa vie privée », et les tribunaux français interprètent cette disposition de manière extensive depuis plus d'un siècle.

Article 226-1 : la règle fondamentale du consentement de toutes les parties
L'article 226-1 du Code pénal, tel que modifié en dernier lieu par la loi n° 2024-247 du 21 mars 2024, définit trois catégories d'enregistrements interdits :
- Capter, enregistrer ou transmettre, sans consentement, des paroles prononcées à titre privé ou confidentiel.
- Enregistrer ou transmettre l'image d'une personne se trouvant dans un lieu privé sans son consentement.
- Capter, en temps réel ou en différé, les données de localisation d'une personne sans autorisation (ajout introduit par la modification de 2024).
La peine de base est de 1 an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende. Des peines aggravées de 2 ans d'emprisonnement et 60 000 euros s'appliquent dans deux cas :
- L'auteur des faits est le conjoint, le concubin ou le partenaire lié par un pacte civil de solidarité (PACS) de la victime.
- La personne visée est un dépositaire de l'autorité publique, un agent public, un élu, un candidat à une élection, ou un membre de la famille de l'une de ces personnes.
Présomption de consentement : l'article 226-1 codifie lui-même une présomption limitée de consentement : lorsque l'enregistrement est réalisé au vu et au su des personnes intéressées, sans qu'elles s'y soient opposées alors qu'elles en avaient la possibilité, le consentement de celles-ci est présumé. Par exemple, si un journaliste tend ouvertement un microphone lors d'une conférence de presse et que personne ne s'y oppose, le consentement est présumé. Cette doctrine ne s'applique pas à l'enregistrement clandestin ou dissimulé.
Mineurs : pour les enregistrements concernant des personnes de moins de 18 ans, le consentement doit être obtenu auprès des titulaires de l'autorité parentale, conformément à l'article 372-1 du Code civil.
"Est puni d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende le fait, au moyen d'un procédé quelconque, volontairement de porter atteinte à l'intimité de la vie privée d'autrui..." (Code pénal, Article 226-1, Légifrance)

Articles 226-2 et 226-2-1 : la diffusion d'enregistrements illégaux
Obtenir un enregistrement illégal ne constitue que la moitié du dispositif répressif. Le détenir, l'utiliser ou le diffuser aggrave l'exposition pénale.
L'article 226-2 réprime le fait de conserver, d'utiliser ou de porter à la connaissance du public ou d'un tiers tout enregistrement ou document obtenu au moyen d'une infraction à l'article 226-1. Les peines sont identiques à celles de l'article 226-1 : 1 an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende en base, portées à 2 ans et 60 000 euros dans les mêmes circonstances aggravantes.
L'article 226-2-1 (créé par la loi n° 2016-1321 du 7 octobre 2016) va plus loin pour les contenus à caractère sexuel explicite. Il impose une peine de 2 ans d'emprisonnement et 60 000 euros d'amende à quiconque enregistre, transmet ou diffuse des images à caractère sexuel prises dans un lieu public ou privé sans le consentement de la personne représentée. Cette disposition couvre ce que l'on appelle en anglais le « non-consensual intimate imagery » (NCII), c'est-à-dire la diffusion d'images intimes sans consentement, parfois désignée par le terme « revenge porn ». La loi de 2016 a constitué une réponse législative directe à la forte hausse du partage non consenti d'images intimes sur les réseaux sociaux.
Recevabilité des enregistrements clandestins devant les tribunaux : le droit français excluait historiquement les enregistrements clandestins des procédures civiles au titre de « preuve déloyale ». La Cour de cassation, en assemblée plénière, a renversé cette règle générale dans deux arrêts de principe rendus le 22 décembre 2023 (n° 20-20.648 et 21-11.330). La Cour a jugé que les juges doivent désormais mettre en balance des droits concurrents : un enregistrement clandestin n'est recevable en matière civile que si (1) sa production est indispensable à l'exercice du droit à la preuve et (2) l'atteinte à la vie privée est strictement proportionnée au but poursuivi. Obtenir un enregistrement clandestin en violation de l'article 226-1 peut néanmoins engager la responsabilité pénale de son auteur, même si une juridiction civile admet ultérieurement cet enregistrement comme élément de preuve.

Articles 226-8 et 226-8-1 : deepfakes et montage (modifications de la loi SREN de 2024)
La loi SREN (loi n° 2024-449 du 21 mai 2024, entrée en vigueur le 23 mai 2024) a fait de la France l'un des premiers pays à ériger explicitement en infraction pénale les contenus deepfake générés par intelligence artificielle.
L'article 226-8 (dans sa version modifiée) couvre désormais deux catégories :
- Le montage traditionnel : publier ou diffuser un contenu manipulé représentant l'image ou les paroles d'une personne sans son consentement, lorsque le caractère artificiel n'est pas évident ou clairement signalé.
- Le contenu généré par IA : publier ou diffuser un contenu visuel ou sonore généré par un traitement algorithmique qui reproduit l'image ou la voix d'une personne sans son consentement, lorsque le caractère artificiel n'est pas évident ou clairement signalé.
Les peines sont les suivantes :
- Diffusion hors ligne : 1 an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende.
- Diffusion via un service de communication au public en ligne : 2 ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende.
Si le caractère fictif ou manipulé du contenu est évident pour le spectateur ou expressément mentionné, l'infraction n'est pas constituée. Cette exception vise à protéger la satire, la parodie et l'expression artistique légitimes.
L'article 226-8-1 (nouveau, créé par la loi SREN de 2024) traite des deepfakes à caractère sexuel comme une catégorie distincte et plus grave. Il réprime la diffusion d'un montage à caractère sexuel ou d'un contenu à caractère sexuel généré par IA représentant une personne sans son consentement :
- Peine de base : 2 ans d'emprisonnement et 60 000 euros d'amende.
- En cas de diffusion en ligne : 3 ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende.
Cet article s'applique que le contenu résulte d'un montage traditionnel à partir de photographies existantes ou qu'il soit entièrement généré par IA. L'accent est mis sur la sexualisation non consentie de l'image d'une personne, et non sur le procédé technique de fabrication du contenu.
Attention : utiliser une application d'échange de visages (face-swap) pour créer une image intime d'une autre personne, même dans un cadre soi-disant « privé » qui finit ensuite par être partagé, peut engager à la fois l'article 226-8-1 (en cas de diffusion) et l'article 226-8 (en cas de publication sans mention claire du recours à l'IA). La loi SREN place la France parmi les pays de l'Union européenne où l'exposition pénale liée aux deepfakes est la plus étendue.
RGPD, loi Informatique et Libertés et CNIL
Tout enregistrement captant des personnes identifiables constitue un traitement de données à caractère personnel au sens du RGPD (règlement (UE) 2016/679), qui s'applique directement en France depuis le 25 mai 2018.
La loi Informatique et Libertés (loi n° 78-17 du 6 janvier 1978, profondément modifiée par la loi n° 2018-493 du 20 juin 2018) est la loi française de mise en œuvre de la protection des données. Elle complète le RGPD dans les domaines où la France dispose d'une marge de manœuvre nationale, notamment l'âge minimal à partir duquel un mineur peut consentir seul à un service en ligne (fixé à 15 ans en France, en deçà du seuil par défaut de 16 ans prévu par le RGPD), certains régimes de traitement des données de santé, et les règles applicables aux données des personnes décédées.
Pouvoirs de la CNIL : la Commission nationale de l'informatique et des libertés est l'autorité de contrôle française. Elle assure l'application à la fois du RGPD et de la loi Informatique et Libertés. En vertu de l'article 83 du RGPD, la CNIL peut prononcer des amendes administratives allant :
- Jusqu'à 10 millions d'euros ou 2 % du chiffre d'affaires annuel mondial pour les manquements les moins graves.
- Jusqu'à 20 millions d'euros ou 4 % du chiffre d'affaires annuel mondial pour les manquements les plus graves (y compris la violation des principes fondamentaux tels que la licéité, la minimisation des données et la limitation des finalités).
En pratique, les amendes prononcées par la CNIL ont été significatives. En décembre 2023, la CNIL a infligé à Amazon France Logistique une amende de 32 millions d'euros pour avoir exploité un système de surveillance des salariés excessivement intrusif, qui suivait de manière très détaillée les temps d'inactivité, les pauses et les cadences de manutention des travailleurs, jugeant ce dispositif disproportionné et contraire aux principes du RGPD.
Conséquences pratiques pour l'enregistrement : une organisation qui enregistre des réunions, des appels avec des clients ou des événements publics en France doit disposer d'une base légale au sens de l'article 6 du RGPD (généralement le consentement, l'intérêt légitime ou une obligation légale), doit informer les personnes concernées, doit limiter la durée de conservation et doit mettre en œuvre des mesures de sécurité appropriées. Conserver des enregistrements d'appels plus longtemps que nécessaire, ou les utiliser à des fins autres que celles annoncées lors de la collecte, constitue une violation du RGPD sanctionnable, indépendamment de toute exposition au titre du Code pénal.
Application du règlement européen sur l'IA en France
Le règlement européen sur l'IA (règlement (UE) 2024/1689) est entré en vigueur le 1er août 2024. Pour la France, les dispositions les plus immédiatement pertinentes sont les règles d'interdiction devenues applicables le 2 février 2025 :
- Interdite : l'identification biométrique à distance en temps réel (y compris la reconnaissance faciale) dans les espaces accessibles au public, sous réserve d'exceptions étroites au profit des forces de l'ordre.
- Interdite : la constitution de bases de données de reconnaissance faciale par extraction non ciblée d'images de visages sur Internet ou à partir d'images de vidéosurveillance.
- Interdits : les systèmes de notation sociale fondés sur l'IA qui classent les personnes en fonction de leur comportement ou de leurs caractéristiques.
À compter du 2 août 2026, l'ensemble des obligations applicables aux systèmes d'IA à haut risque entrera en vigueur. Les systèmes de surveillance et d'identification biométrique à distance sont classés comme systèmes à haut risque, ce qui impose une évaluation de conformité, de la transparence, un contrôle humain et une inscription dans la base de données de l'Union européenne avant leur déploiement.
La CNIL agit en tant qu'autorité de surveillance du marché pour le règlement sur l'IA en France, ce qui lui confère le pouvoir d'enquêter sur les systèmes d'IA non conformes et de les sanctionner, en complément de ses pouvoirs existants en matière de contrôle du RGPD. La CNIL a indiqué qu'elle poursuivrait une « vision intégrée » coordonnant l'application du règlement sur l'IA et du RGPD, afin d'éviter des exigences contradictoires portant sur un même système.
S'agissant spécifiquement des outils de création de deepfakes, l'article 50 du règlement sur l'IA impose aux fournisseurs de veiller à ce que leurs systèmes signalent comme telles les productions audiovisuelles générées ou manipulées par IA. L'absence de signalement constitue une violation du règlement sur l'IA et peut, simultanément, constituer une violation de l'article 226-8 du Code pénal si le contenu non signalé est diffusé sans le consentement de la personne concernée.
Récapitulatif des sanctions
| Infraction | Texte | Emprisonnement | Amende |
|---|---|---|---|
| Enregistrement d'une conversation ou d'une image privée sans consentement | Art. 226-1 | 1 an | 45 000 € |
| Art. 226-1 commis par le conjoint/partenaire ou visant un agent public | Art. 226-1 (aggravé) | 2 ans | 60 000 € |
| Conservation, utilisation ou divulgation d'un enregistrement illégal | Art. 226-2 | 1 an | 45 000 € |
| Diffusion d'images à caractère sexuel sans consentement (NCII) | Art. 226-2-1 | 2 ans | 60 000 € |
| Fabrication ou vente de dispositifs de surveillance clandestine | Art. 226-3 | 5 ans | 300 000 € |
| Enregistrement de parties intimes sans consentement (infraction simple) | Art. 226-3-1 | 1 an | 15 000 € |
| Art. 226-3-1 avec circonstances aggravantes | Art. 226-3-1 (aggravé) | 2 ans | 30 000 € |
| Publication d'un deepfake ou montage non consenti (hors ligne) | Art. 226-8 | 1 an | 15 000 € |
| Publication d'un deepfake ou montage non consenti (en ligne) | Art. 226-8 (en ligne) | 2 ans | 45 000 € |
| Diffusion d'un deepfake à caractère sexuel (infraction simple) | Art. 226-8-1 | 2 ans | 60 000 € |
| Diffusion d'un deepfake à caractère sexuel (en ligne) | Art. 226-8-1 (en ligne) | 3 ans | 75 000 € |
Outre les sanctions pénales, la responsabilité civile fondée sur l'article 9 du Code civil permet aux victimes de demander des dommages et intérêts, des mesures d'injonction, ainsi que la saisie et la destruction du matériel litigieux. Les tribunaux ont accordé 100 000 euros ou plus de dommages et intérêts pour des atteintes graves à la vie privée. Les violations du RGPD entraînent en outre des amendes administratives pouvant atteindre 20 millions d'euros ou 4 % du chiffre d'affaires mondial.
Responsabilité civile pour atteinte à la vie privée : l'article 9 du Code civil
L'article 9 du Code civil dispose : « Chacun a droit au respect de sa vie privée. » Les tribunaux français ont interprété cette phrase unique de manière extensive, pour couvrir la protection de l'image et de la représentation personnelles, les conversations privées, la correspondance personnelle, les informations de santé, les relations familiales et amoureuses, ainsi que les espaces privés.
Les recours civils ouverts aux victimes d'un enregistrement illicite comprennent notamment :
- Dommages et intérêts : les tribunaux peuvent accorder des dommages et intérêts moraux substantiels. Le montant précis dépend de la nature et de la gravité de l'atteinte. Dans le jugement de 2017 relatif à la publication en 2012 de photographies de la duchesse de Cambridge, un tribunal français a condamné le magazine et le photographe à verser 145 000 euros de dommages et intérêts au total, retenant une atteinte grave à la vie privée bien que les photographies aient été prises depuis une voie publique.
- Injonctions : les tribunaux peuvent ordonner la cessation immédiate de l'atteinte à la vie privée et interdire toute publication ou diffusion future.
- Saisie et destruction : les tribunaux peuvent ordonner la saisie et la destruction des enregistrements obtenus illégalement ainsi que de toutes leurs copies.
- Publication du jugement : les tribunaux peuvent contraindre l'auteur de l'atteinte à publier le jugement à ses propres frais, en guise de reconnaissance publique.
Les procédures civile et pénale ne s'excluent pas mutuellement. Une victime peut engager les deux simultanément, et les juridictions pénales françaises peuvent également accorder des dommages et intérêts aux victimes qui se constituent partie civile dans le cadre de la procédure pénale.
Appels téléphoniques
Les appels téléphoniques sont expressément couverts par l'interdiction posée par l'article 226-1 de capter ou de transmettre des « paroles prononcées à titre privé ou confidentiel ». Enregistrer un appel téléphonique sans le consentement de toutes les parties constitue donc la même infraction pénale que l'enregistrement d'une conversation en personne. La peine de base est de 1 an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende.
Il n'existe en France aucune exception légale fondée sur le consentement d'une seule partie pour les appels téléphoniques. Un participant à une conversation qui l'enregistre sans l'accord et à l'insu de l'autre partie commet une infraction pénale au titre de l'article 226-1, même s'il utilise l'enregistrement à des fins purement personnelles.
L'enregistrement des appels en centre d'appels et à des fins commerciales est soumis au RGPD et requiert une base légale, une information claire des appelants avant le début de l'appel, ainsi que des durées de conservation strictement limitées. Le consentement est la base la plus fréquemment utilisée, mais l'intérêt légitime peut également s'appliquer lorsque l'enregistrement est véritablement nécessaire au contrôle qualité et que les intérêts de la personne concernée ne sont pas prépondérants. Les recommandations de la CNIL relatives à l'enregistrement des appels exigent que le message d'information soit délivré avant le début de l'enregistrement, et non après.
Utilisation d'un enregistrement téléphonique comme preuve : à la suite des arrêts de la Cour de cassation en assemblée plénière du 22 décembre 2023 (n° 20-20.648 et 21-11.330), un enregistrement téléphonique clandestin peut être admis dans une procédure civile s'il est indispensable à l'exercice du droit à la preuve et si l'atteinte à la vie privée est strictement proportionnée au but poursuivi. L'enregistrement demeure toutefois pénalement illicite au regard de l'article 226-1, indépendamment de sa recevabilité en matière civile.
Enregistrement en personne et dans les lieux publics
Lieux privés : enregistrer une personne dans un lieu privé sans son consentement constitue une violation de l'article 226-1. Les lieux privés incluent les domiciles, les chambres d'hôtel, les cabines d'essayage, les toilettes, les cabinets médicaux et tout autre lieu dans lequel une personne peut raisonnablement s'attendre à ce que sa vie privée soit respectée. L'infraction n'exige pas que l'enregistrement soit dissimulé : même un enregistrement effectué ouvertement, sans consentement, dans un lieu privé est prohibé.
Lieux publics : la loi est plus nuancée dans les espaces véritablement publics. Filmer une foule, un événement public ou une manifestation ne viole pas l'article 226-1, à condition que l'enregistrement ne capte pas délibérément les propos confidentiels tenus à titre privé par des personnes identifiées. Toutefois, le droit à l'image, fondé sur l'article 9 du Code civil, s'applique indépendamment : même dans un espace public, une photographie ou une prise de vue en gros plan qui isole une personne identifiable, en particulier lorsqu'elle révèle des informations privées, peut engager la responsabilité civile de son auteur en cas de publication sans consentement.
Les tribunaux français ont jugé à plusieurs reprises que les célébrités et les personnalités publiques conservent des droits à la vie privée dans les espaces publics lorsque l'enregistrement ou la photographie les saisit dans un moment personnel, non public. L'exception relative aux personnalités publiques est plus restreinte en France que dans les pays de common law.
Filmer la police en France
Filmer des policiers en service en France est, en principe, légal.
La loi pour une sécurité globale (loi n° 2021-646 du 25 mai 2021) comportait à l'origine une disposition (article 52, initialement article 24) qui aurait érigé en infraction la diffusion d'images de policiers en service dans l'intention de porter atteinte à leur intégrité physique ou psychologique. Cette disposition avait suscité une vive contestation de la part des organisations de défense des libertés civiles et des journalistes.
Le Conseil constitutionnel, dans sa décision n° 2021-817 DC du 20 mai 2021, a censuré cette disposition comme contraire à la Constitution. Le Conseil a estimé que le législateur n'avait pas défini de manière suffisamment précise les éléments constitutifs de l'infraction, en violation du principe constitutionnel de légalité des délits et des peines. En particulier, la disposition ne précisait pas si la « provocation à l'identification » d'un agent devait intervenir uniquement pendant une opération en cours ou pouvait également survenir après celle-ci, ni si l'atteinte psychologique exigeait une menace concrète.
La disposition ayant survécu au contrôle de constitutionnalité ne sanctionne que le fait de provoquer activement l'identification d'un agent « dans le but manifeste qu'il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique ». Le simple fait de filmer, de photographier ou de partager une vidéo d'une opération de police ne constitue pas cette infraction.
Limites pratiques : si l'enregistrement est licite, les personnes qui filment des opérations de police doivent garder à l'esprit que :
- Entraver une opération de police en cours en filmant peut constituer une infraction autonome.
- Filmer d'une manière qui gêne les agents peut constituer une entrave.
- Diffuser des images révélant l'identité d'un agent infiltré dans l'intention de le mettre en danger peut soulever des difficultés au regard d'autres dispositions du Code pénal.
La Ligue des droits de l'homme (LDH) a publié des recommandations détaillées confirmant le droit de filmer les interventions de police en France à la suite de la décision du Conseil constitutionnel de 2021.
Règles applicables à l'enregistrement sur le lieu de travail
L'enregistrement sur le lieu de travail en France est régi par le Code du travail, le RGPD, la loi Informatique et Libertés, ainsi que par les recommandations de la CNIL.
Surveillance mise en place par l'employeur :
Les recommandations de référence de la CNIL interdisent l'enregistrement sonore par les caméras de vidéoprotection sur le lieu de travail : « L'enregistrement du son par une caméra de vidéoprotection est interdit par la loi. » La vidéosurveillance permanente des salariés à leur poste de travail est également interdite, sauf circonstances de sécurité exceptionnelles. La durée de conservation maximale par défaut des images de vidéoprotection en entreprise est de 30 jours.
Les employeurs souhaitant mettre en place un dispositif de surveillance ou d'enregistrement doivent :
- Consulter au préalable le comité social et économique (CSE) (entreprises de 50 salariés et plus).
- Informer l'ensemble des salariés de l'objet de la surveillance, de sa finalité, de la durée de conservation et des personnes ayant accès aux données.
- S'assurer que la surveillance est proportionnée à l'intérêt légitime de l'entreprise qu'elle sert.
- Réaliser une analyse d'impact relative à la protection des données (AIPD) en vertu de l'article 35 du RGPD pour toute surveillance à grande échelle ou systématiquement intrusive.
La Cour de cassation, chambre sociale, a jugé dans son arrêt du 23 juin 2021 (Cass. soc., n° 19-13.856) que la vidéosurveillance constante d'un salarié isolé à son poste de travail était disproportionnée au regard de l'article L. 1121-1 du Code du travail et ne pouvait être admise comme preuve d'une faute grave.
Test de proportionnalité de 2024 : la Cour de cassation, chambre sociale, a apporté une clarification importante dans son arrêt du 14 février 2024 (Cass. soc., n° 22-23.073), en admettant comme preuve un enregistrement de vidéosurveillance à l'encontre d'une caissière ayant commis 19 anomalies à sa caisse. La Cour a appliqué un test en trois volets : (1) il doit exister des raisons légitimes et concrètes justifiant la surveillance ; (2) des moyens moins attentatoires à la vie privée n'auraient pas permis d'atteindre le même résultat ; (3) l'atteinte doit être strictement proportionnée au but poursuivi. Le « droit à la preuve » ne peut justifier une surveillance portant atteinte à la vie privée que si ces trois conditions sont réunies.
Enregistrements réalisés par un salarié : un salarié qui enregistre secrètement une conversation avec un supérieur hiérarchique ou un collègue commet également une infraction au titre de l'article 226-1. De tels enregistrements étaient auparavant exclus des procédures civiles au titre de la preuve déloyale. À la suite des arrêts de l'assemblée plénière du 22 décembre 2023, ils peuvent désormais être admis si le test de proportionnalité est satisfait, mais la responsabilité pénale au titre de l'article 226-1 subsiste, indépendamment de leur recevabilité civile.
Sanction de la CNIL : la CNIL a infligé à Amazon France Logistique une amende de 32 millions d'euros en décembre 2023 pour surveillance excessive des salariés, la plus lourde sanction jamais prononcée en France en matière de surveillance au travail. La CNIL a constaté que le système d'Amazon suivait les temps d'inactivité, les cadences de manutention et la durée des pauses des travailleurs, d'une manière disproportionnée, intrusive et insuffisamment portée à la connaissance des salariés.
Voyeurisme et diffusion d'images intimes sans consentement (NCII)
Voyeurisme (article 226-3-1) : créé par la loi n° 2018-703 du 3 août 2018, l'article 226-3-1 du Code pénal réprime le fait d'enregistrer les parties intimes d'autrui, lorsque celles-ci sont dissimulées par un vêtement ou que la personne se trouve dans un lieu privé, sans son consentement ni sa connaissance. Peine de base : 1 an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende.
Des peines aggravées de 2 ans d'emprisonnement et 30 000 euros s'appliquent lorsque :
- L'auteur abuse de l'autorité que lui confèrent ses fonctions.
- La victime est mineure.
- La victime est une personne vulnérable (en raison d'une maladie, de son âge, d'une infirmité, d'un handicap ou d'un état de grossesse) apparente aux yeux de l'auteur.
- Plusieurs personnes agissent en qualité de coauteurs ou de complices.
- L'infraction est commise dans un véhicule ou une installation affectés au transport collectif de voyageurs.
- Les images sont effectivement captées et conservées.
NCII / diffusion d'images intimes sans consentement (article 226-2-1) : la diffusion d'images à caractère sexuel sans consentement est punie de 2 ans d'emprisonnement et 60 000 euros d'amende, comme indiqué ci-dessus dans la section consacrée à l'article 226-2-1.
Deepfakes : le détail des modifications de 2024
Avant 2024, l'article 226-8 du Code pénal ne couvrait que le montage traditionnel : fixer l'image d'une personne dans un assemblage ou une juxtaposition avec d'autres contenus dans le but de porter atteinte à sa dignité. La loi SREN (loi n° 2024-449 du 21 mai 2024) a considérablement étendu cet article.
Ce que couvre désormais l'article 226-8 :
- Tout contenu généré par un traitement algorithmique ou par IA qui reproduit l'image ou la voix d'une personne sans son consentement.
- Le caractère fictif ou artificiel ne doit pas être évident pour le public, ni expressément signalé.
- L'exception relative à la presse s'applique : la responsabilité en cas d'infraction commise par voie de presse écrite ou audiovisuelle relève des lois spécifiques applicables aux médias.
Ce que couvre le nouvel article 226-8-1 :
- Le montage à caractère sexuel ou le contenu à caractère sexuel généré par IA représentant une personne sans son consentement.
- Il s'agit d'une infraction distincte et autonome par rapport à l'article 226-8 ; c'est le caractère sexuel explicite qui justifie l'aggravation de la peine.
- Aucune exception fondée sur le caractère évident du caractère artificiel : même un deepfake à caractère sexuel signalé comme tel peut constituer une infraction s'il est diffusé sans consentement.
Interaction avec le règlement européen sur l'IA : l'obligation de transparence prévue à l'article 50 du règlement sur l'IA (imposant le signalement des deepfakes générés par IA) s'applique à compter du 2 août 2026, date d'entrée en vigueur complète des obligations relatives à l'IA à usage général. Avant cette date, l'exception de l'article 226-8 relative au contenu « manifestement artificiel ou clairement signalé » repose sur le standard fixé par le législateur français. À compter d'août 2026, la conformité au règlement sur l'IA imposera de fait le type de signalement qui satisfait à l'exception de l'article 226-8.
Situations transfrontalières
Visiteurs et touristes en France : la règle française du consentement de toutes les parties s'applique à tout enregistrement réalisé sur le territoire français, quelle que soit la nationalité ou la résidence des personnes concernées. Un touriste originaire d'un pays appliquant le consentement d'une seule partie (comme les États-Unis ou le Canada) qui enregistre une conversation en France sans le consentement de toutes les parties commet une infraction pénale au regard du droit français.
Enregistrements transfrontaliers à distance : lorsqu'une partie se trouve en France et l'autre à l'étranger, le ministère public français considère que le droit français s'applique dès lors que l'acte d'enregistrement produit des effets en France. Il n'existe pas de jurisprudence établie pour tous les cas de figure, de sorte que la prudence s'impose pour tout enregistrement impliquant un participant français.
Entreprises établies dans l'Union européenne enregistrant des clients français : le RGPD s'applique à toute entreprise (quel que soit son lieu d'établissement) qui traite des données à caractère personnel de personnes se trouvant en France dans le cadre d'une offre de biens ou de services, ou d'un suivi de leur comportement. Une entreprise américaine qui enregistre un appel Zoom avec un client français doit se conformer à la fois au RGPD et, selon les circonstances, à l'article 226-1 du Code pénal.
Compétence en matière d'application du RGPD : le principe de l'autorité chef de file, prévu à l'article 56 du RGPD, désigne généralement l'autorité de contrôle de l'établissement principal du responsable de traitement dans l'Union européenne comme autorité chef de file. Pour les responsables de traitement établis hors de l'Union européenne et dépourvus d'établissement principal dans l'Union, l'autorité de contrôle de chaque État membre est compétente pour les personnes concernées se trouvant sur son territoire. La CNIL est donc compétente pour enquêter sur les atteintes à la vie privée touchant des personnes françaises et les sanctionner, quel que soit le lieu d'établissement du responsable de traitement.
Questions fréquentes
Avertissement
Cet article présente des informations juridiques générales sur le droit de l'enregistrement et de la protection de la vie privée en France. Il ne constitue pas un avis juridique et ne crée aucune relation avocat-client. Le droit décrit reflète les textes et décisions de justice en vigueur au mois de mai 2026. Le droit évolue ; vérifiez toujours la version en vigueur de tout texte sur Légifrance (legifrance.gouv.fr) avant d'agir. Si vous êtes confronté à une situation juridique précise relative à l'enregistrement en France, consultez un avocat inscrit au barreau en France.
À propos de l'auteur
[EN ATTENTE : liste des auteurs à venir. Informations vérifiées pour la dernière fois le 15/05/2026.]
Autorités citées
- Code pénal, art. 226-1 (tel que modifié par la loi n° 2024-247 du 21 mars 2024). https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000049312755
- Code pénal, art. 226-2. https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006070719/LEGISCTA000006165309/
- Code pénal, art. 226-2-1 (créé par la loi n° 2016-1321 du 7 octobre 2016). https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000033207318
- Code pénal, art. 226-3. https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006070719/LEGISCTA000006165309/
- Code pénal, art. 226-3-1 (créé par la loi n° 2018-703 du 3 août 2018). https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006070719/LEGISCTA000006165309/
- Code pénal, art. 226-8 (tel que modifié par la loi n° 2024-449 du 21 mai 2024). https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000049571542
- Code pénal, art. 226-8-1 (créé par la loi n° 2024-449 du 21 mai 2024). https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000049567458
- Code civil, art. 9. https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006419288
- Loi n° 2024-449 du 21 mai 2024 visant à sécuriser et à réguler l'espace numérique (loi SREN). https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000049563368
- Loi n° 2024-247 du 21 mars 2024 (modification de l'art. 226-1 ajoutant la géolocalisation). https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000049312547
- Loi n° 2021-646 du 25 mai 2021 pour une sécurité globale préservant les libertés. https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000043540571
- Conseil constitutionnel, décision n° 2021-817 DC du 20 mai 2021 (censure de l'art. 52 relatif au fait de filmer la police). https://www.conseil-constitutionnel.fr/decision/2021/2021817DC.htm
- Cour de cassation, assemblée plénière, 22 décembre 2023, n° 20-20.648 (recevabilité des enregistrements clandestins en matière civile). https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000048769030
- Cour de cassation, assemblée plénière, 22 décembre 2023, n° 21-11.330. https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000048769031
- Cour de cassation, chambre sociale, 14 février 2024, n° 22-23.073 (proportionnalité de la vidéosurveillance au travail). https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000049163178
- Cour de cassation, chambre sociale, 23 juin 2021, n° 19-13.856 (surveillance constante au travail jugée disproportionnée). https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000043711120
- Loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés (loi Informatique et Libertés, telle que modifiée). https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000886460/
- Loi n° 2018-493 du 20 juin 2018 relative à la protection des données personnelles (loi de transposition du RGPD). https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000037085952
- Règlement (UE) 2016/679 (RGPD). https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX:32016R0679
- Règlement (UE) 2024/1689 (règlement européen sur l'IA). https://eur-lex.europa.eu/EN/legal-content/summary/rules-for-trustworthy-artificial-intelligence-in-the-eu.html
- CNIL, La vidéosurveillance au travail (recommandations relatives à la vidéosurveillance au travail). https://www.cnil.fr/fr/la-videosurveillance-au-travail
- CNIL, sanctions : Amazon France Logistique (32 millions d'euros, décembre 2023). https://www.cnil.fr/en/employee-monitoring-cnil-fined-amazon-france-logistique-eu32-million
Articles connexes
- Lois sur l'enregistrement dans le monde : règles de consentement par pays
- Lois sur l'enregistrement en Allemagne : consentement de toutes les parties et § 201 du StGB
- RGPD et lois sur l'enregistrement dans l'Union européenne
Dernière mise à jour : 15/05/2026. Les textes cités reflètent leur version en vigueur au mois de mai 2026.
Frequently Asked Questions
La France applique-t-elle le consentement d'une seule partie ou de toutes les parties pour l'enregistrement ?
La France est un pays à consentement de toutes les parties. En vertu de l'article 226-1 du Code pénal, enregistrer une conversation privée sans le consentement de chaque participant constitue une infraction pénale passible d'une peine pouvant aller jusqu'à 1 an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende. Il n'existe en France aucune exception légale fondée sur le consentement d'une seule partie.
Puis-je enregistrer un appel téléphonique en France ?
Non, pas sans le consentement de toutes les parties. L'article 226-1 du Code pénal couvre les paroles prononcées à titre privé ou confidentiel, ce qui inclut les appels téléphoniques. Enregistrer un appel téléphonique à l'insu et sans l'accord de tous les participants constitue une infraction pénale. Les entreprises qui enregistrent les appels de leur service client doivent en informer l'appelant avant le début de l'enregistrement et disposer d'une base légale conforme au RGPD.
Puis-je filmer des policiers en France ?
Oui. Filmer des policiers en service est légal en France. Le Conseil constitutionnel a censuré, dans sa décision n° 2021-817 DC du 20 mai 2021, la disposition de la loi sécurité globale de 2021 qui aurait restreint le fait de filmer des policiers. La seule infraction subsistante consiste à provoquer activement l'identification d'un agent dans le but manifeste de porter atteinte à son intégrité physique ou psychique, ce qui constitue une exigence bien plus restrictive que le simple fait de filmer ou de photographier.
Quelles sont les sanctions applicables en cas de violation des lois françaises sur l'enregistrement ?
La peine de base prévue par l'article 226-1 est de 1 an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende. Des circonstances aggravantes (par exemple, si l'auteur est le conjoint de la victime, ou si la personne visée est un agent public) portent cette peine à 2 ans et 60 000 euros. La diffusion en ligne de deepfakes à caractère sexuel au titre de l'article 226-8-1 est passible d'une peine pouvant aller jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende. La fabrication de dispositifs de surveillance clandestine au titre de l'article 226-3 peut entraîner une peine de 5 ans d'emprisonnement et 300 000 euros d'amende.
Les conversations enregistrées secrètement sont-elles recevables devant les tribunaux français ?
Cela dépend de la procédure. En matière pénale, la chambre criminelle admet généralement les enregistrements comme éléments de preuve à l'appui de plaintes pénales. En matière civile, la Cour de cassation, en assemblée plénière, a jugé en décembre 2023 (n° 20-20.648 et 21-11.330) que les enregistrements clandestins peuvent être admis si leur production est indispensable à l'exercice du droit à la preuve et si l'atteinte à la vie privée est strictement proportionnée au but poursuivi. L'enregistrement demeure toutefois pénalement illicite au regard de l'article 226-1, indépendamment de sa recevabilité en matière civile.
Mon [employeur peut-il m'enregistrer](/can-an-employer-record-conversations-without-consent) au travail en France ?
Les employeurs peuvent recourir à la vidéosurveillance à des fins de sécurité légitimes, mais sous des limites strictes. L'enregistrement sonore par les caméras de vidéoprotection sur le lieu de travail est interdit par la loi (recommandations de la CNIL). La surveillance permanente d'un salarié à son poste de travail est interdite, sauf circonstances exceptionnelles (Cass. soc., n° 19-13.856, 23 juin 2021). Les employeurs doivent consulter le comité social et économique (CSE), informer l'ensemble des salariés, et limiter la surveillance à ce qui est proportionné à l'intérêt de l'entreprise. La CNIL a infligé à Amazon France Logistique une amende de 32 millions d'euros en 2023 pour surveillance excessive.
Le contenu deepfake généré par IA est-il illégal en France ?
Oui, en vertu de l'article 226-8 du Code pénal, tel que modifié par la loi SREN (loi n° 2024-449 du 21 mai 2024). Publier ou diffuser un contenu généré algorithmiquement qui reproduit l'image ou la voix d'une personne sans son consentement, lorsque le caractère artificiel n'est pas évident ou clairement signalé, est puni d'une peine pouvant aller jusqu'à 2 ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende. Les deepfakes à caractère sexuel sont soumis à des peines plus lourdes en vertu du nouvel article 226-8-1 : jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende en cas de diffusion en ligne.
Le RGPD s'applique-t-il aux enregistrements réalisés en France ?
Oui. Tout enregistrement captant des personnes identifiables constitue un traitement de données à caractère personnel au sens du RGPD (règlement (UE) 2016/679), applicable en France depuis le 25 mai 2018. Une base légale au sens de l'article 6 du RGPD est requise, de même que des obligations de transparence, la minimisation des données et des mesures de sécurité appropriées. La CNIL assure l'application du RGPD en France et peut prononcer des amendes allant jusqu'à 20 millions d'euros ou 4 % du chiffre d'affaires mondial.
Un touriste américain peut-il enregistrer des conversations en France sans consentement ?
Non. La règle française du consentement de toutes les parties, prévue à l'article 226-1, s'applique à tout enregistrement réalisé en France, quelle que soit la nationalité des participants. Un visiteur originaire d'un pays appliquant le consentement d'une seule partie qui enregistre une conversation en France sans le consentement de toutes les parties commet une infraction pénale au regard du droit français.
Qu'est-ce que le « droit à l'image » et comment affecte-t-il l'enregistrement en France ?
Le droit à l'image est un principe fondé sur l'article 9 du Code civil, qui confère à chaque personne le droit exclusif de contrôler la manière dont son image est captée et utilisée. Il s'applique même dans les espaces publics : photographier ou filmer une personne identifiable et publier ce contenu sans son consentement peut engager la responsabilité civile de son auteur, avec condamnation à des dommages et intérêts, des injonctions et la destruction du matériel, indépendamment de toute infraction pénale au regard du Code pénal.
Sources and References
- La France est une juridiction à consentement de toutes les parties. En vertu de l'article 226-1 du Code pénal, capter, enregistrer ou transmettre volontairement, sans consentement, des paroles prononcées à titre privé ou confidentiel constitue une atteinte à la vie privée punie de 1 an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende.(legifrance.gouv.fr)
- Le consentement est présumé lorsque l'enregistrement est réalisé au vu et au su de la personne concernée et que celle-ci, pouvant s'y opposer, ne l'a pas fait. L'article 226-1 codifie explicitement cette doctrine.(legifrance.gouv.fr)
- L'article 226-1 interdit également d'enregistrer l'image d'une personne dans un lieu privé sans son consentement, ainsi que de suivre la localisation, en temps réel ou en différé, d'une personne sans autorisation. La modification de 2024 (loi 2024-247 du 21 mars 2024) a ajouté l'interdiction relative à la géolocalisation.(legifrance.gouv.fr)
- Des peines aggravées de 2 ans d'emprisonnement et 60 000 euros s'appliquent lorsque l'auteur est le conjoint, le concubin ou le partenaire de PACS de la victime, ou lorsque la personne visée est un agent public, un élu, un candidat à une élection, ou un membre de leur famille.(legifrance.gouv.fr)
- L'article 226-2 réprime le fait de conserver, d'utiliser ou de porter à la connaissance du public ou d'un tiers tout enregistrement ou document obtenu au moyen d'une infraction à l'article 226-1. Les peines sont identiques à celles de l'article 226-1 : 1 an / 45 000 euros, avec les mêmes circonstances aggravantes applicables.(legifrance.gouv.fr)
- L'article 226-2-1 (créé par la loi 2016-1321 du 7 octobre 2016) prévoit des peines aggravées de 2 ans d'emprisonnement et 60 000 euros d'amende pour la diffusion d'enregistrements ou d'images à caractère sexuel pris dans un lieu public ou privé sans consentement. Cette disposition couvre ce que l'on appelle en anglais le non-consensual intimate imagery (NCII).(legifrance.gouv.fr)
- La loi SREN (loi n° 2024-449 du 21 mai 2024, en vigueur le 23 mai 2024) a réécrit l'article 226-8 pour couvrir à la fois le montage traditionnel et le contenu généré algorithmiquement (deepfake par IA). Publier ou diffuser un contenu visuel ou sonore généré par un traitement algorithmique reproduisant l'image ou la voix d'une personne sans son consentement est puni de 1 an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende (hors ligne) ou de 2 ans et 45 000 euros (via un service de communication en ligne), lorsque le caractère artificiel n'est pas évident ou clairement signalé.(legifrance.gouv.fr)
- La loi SREN a également créé l'article 226-8-1, ciblant spécifiquement les deepfakes à caractère sexuel. Diffuser un montage à caractère sexuel ou un contenu à caractère sexuel généré par IA représentant une personne sans son consentement est puni de 2 ans d'emprisonnement et 60 000 euros d'amende, portés à 3 ans d'emprisonnement et 75 000 euros en cas de diffusion via un service de communication en ligne.(legifrance.gouv.fr)
- La loi pour une sécurité globale (loi n° 2021-646 du 25 mai 2021) comportait à l'origine un article 52 (initialement article 24) qui aurait érigé en infraction la diffusion d'images de policiers en service dans l'intention de porter atteinte à leur intégrité physique ou psychologique. Le Conseil constitutionnel a censuré cette disposition dans sa décision n° 2021-817 DC (20 mai 2021), estimant qu'elle méconnaissait le principe de légalité des délits et des peines faute de définir suffisamment les éléments constitutifs de l'infraction.(conseil-constitutionnel.fr)
- À la suite de la décision du Conseil constitutionnel, filmer des policiers en service demeure licite en France en règle générale. L'infraction maintenue ne couvre que la provocation à l'identification d'un agent « dans le but manifeste qu'il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique », et non le simple fait de filmer ou de photographier.(conseil-constitutionnel.fr)
- La Cour de cassation, chambre sociale, dans son arrêt du 23 juin 2021 (n° 19-13.856, publié au bulletin), a jugé que la vidéosurveillance constante d'un salarié travaillant seul à un poste isolé viole l'article L. 1121-1 du Code du travail, qui exige que les restrictions aux libertés des salariés soient justifiées par la nature de la tâche et proportionnées au but recherché. L'employeur ne pouvait pas invoquer les images pour justifier un licenciement pour faute grave.(legifrance.gouv.fr)
- La Cour de cassation, chambre sociale, dans son arrêt du 14 février 2024 (n° 22-23.073, publié au bulletin), a admis la recevabilité d'images de vidéosurveillance à l'encontre d'une caissière, en appliquant un test en trois volets : (1) l'existence de raisons légitimes et concrètes justifiant l'étendue de la surveillance ; (2) l'absence de moyens moins attentatoires à la vie privée permettant d'atteindre le même résultat ; (3) la proportionnalité de l'atteinte au regard du but légitime poursuivi. La Cour a jugé que le droit à la preuve peut justifier la production de tels éléments.(legifrance.gouv.fr)
- La Cour de cassation, en assemblée plénière, dans deux arrêts du 22 décembre 2023 (n° 20-20.648 et 21-11.330, publiés au bulletin), a renversé la règle antérieure excluant systématiquement la preuve déloyale ou clandestine en matière civile. La Cour a jugé que les juges doivent désormais mettre en balance le droit à la preuve et les droits concurrents, n'admettant une telle preuve que si sa production est indispensable et si l'atteinte à la vie privée est strictement proportionnée au but poursuivi.(legifrance.gouv.fr)
- Le RGPD (règlement 2016/679) s'applique directement en France depuis le 25 mai 2018. La loi française de transposition, la loi Informatique et Libertés (loi n° 78-17 du 6 janvier 1978, telle que modifiée par la loi n° 2018-493 du 20 juin 2018), complète le RGPD pour les marges de manœuvre nationales, notamment les données de santé, l'âge de consentement des mineurs (fixé à 15 ans), et certains contextes de traitement. Tout enregistrement audio ou vidéo captant des personnes identifiables constitue un traitement de données à caractère personnel soumis au RGPD.(legifrance.gouv.fr)
- La CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés) est l'autorité de contrôle française pour le RGPD et la loi Informatique et Libertés. Elle peut prononcer des amendes allant jusqu'à 20 millions d'euros ou 4 % du chiffre d'affaires annuel mondial pour les manquements graves au RGPD. En 2023, la CNIL a infligé à Amazon France Logistique une amende de 32 millions d'euros pour surveillance excessive des salariés, la plus lourde sanction en matière de surveillance au travail dans l'histoire française.(cnil.fr)
- La CNIL interdit l'enregistrement sonore par les caméras de vidéoprotection sur le lieu de travail : « L'enregistrement du son par une caméra de vidéoprotection est interdit par la loi. » La surveillance vidéo permanente des salariés à leur poste de travail est également interdite, sauf circonstances de sécurité exceptionnelles. La durée de conservation des images de vidéoprotection au travail ne doit généralement pas excéder 30 jours.(cnil.fr)
- Le règlement européen sur l'IA (règlement 2024/1689) est entré en vigueur le 1er août 2024. Les dispositions d'interdiction, notamment l'interdiction de l'identification biométrique à distance en temps réel dans les espaces publics et l'interdiction de constituer des bases de données de reconnaissance faciale par extraction non ciblée de visages sur Internet ou à partir d'images de vidéosurveillance, sont devenues applicables le 2 février 2025. L'ensemble des obligations relatives aux systèmes d'IA à haut risque, y compris les systèmes de surveillance, s'appliquera à compter du 2 août 2026. La CNIL agit en tant qu'autorité de surveillance du marché pour le règlement sur l'IA en France.(eur-lex.europa.eu)
- En vertu du règlement européen sur l'IA, les fournisseurs de systèmes d'IA générant des contenus présentant un « risque de transparence spécifique » (tels que les outils de création de deepfakes et les chatbots) doivent veiller à ce que les productions soient visiblement signalées comme telles. L'absence de signalement des deepfakes générés par IA constitue à la fois une violation du règlement sur l'IA et, potentiellement, une violation de l'article 226-8 du Code pénal.(cnil.fr)
- L'article 226-3 réprime la fabrication, l'importation, la détention, l'exposition, l'offre, la location ou la vente de dispositifs techniques permettant de commettre les infractions prévues à l'article 226-1, ainsi que la publicité en faveur de tels dispositifs. Peine : 5 ans d'emprisonnement et 300 000 euros d'amende.(legifrance.gouv.fr)
- L'article 226-3-1 (créé par la loi 2018-703 du 3 août 2018) réprime le fait d'enregistrer des parties intimes lorsqu'elles sont dissimulées par un vêtement ou que la personne se trouve dans un lieu privé, sans consentement. Peine de base : 1 an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende. Une peine aggravée de 2 ans / 30 000 euros s'applique en cas d'abus d'autorité, de victime mineure ou vulnérable, de pluralité d'auteurs, de commission dans un moyen de transport en commun, ou lorsque les images sont effectivement captées et conservées.(legifrance.gouv.fr)
- L'article 9 du Code civil dispose : « Chacun a droit au respect de sa vie privée. » Les tribunaux français ont interprété cette disposition de manière extensive pour couvrir la protection de l'image personnelle, les conversations privées, la correspondance personnelle et les espaces privés. Les recours civils comprennent les dommages et intérêts, les injonctions, la saisie et la destruction des enregistrements, et la publication du jugement.(legifrance.gouv.fr)
- La loi SREN (loi n° 2024-449 du 21 mai 2024) est la principale loi française relative à la sécurité de l'espace numérique. Ses éléments pertinents pour l'enregistrement incluent : le renforcement des pouvoirs de la CNIL sur les plateformes en ligne ; les obligations de vérification d'âge pour les sites pornographiques appliquées par l'ARCOM ; les dispositions relatives au cyberharcèlement permettant des bannissements des réseaux sociaux de six mois ; et les modifications relatives aux deepfakes apportées aux articles 226-8 et 226-8-1. Elle adapte le droit français au DSA, au DMA et au règlement sur la gouvernance des données de l'Union européenne.(legifrance.gouv.fr)