Droit de la famille en France : PACS, divorce, garde, pension alimentaire

Le droit de la famille français est un droit codifié. Les règles relatives aux couples, à la séparation et aux enfants figurent dans le Code civil, et le point de départ pratique est presque toujours un juge spécialisé unique, le juge aux affaires familiales, qui décide de la résidence, de l'autorité parentale et des contributions financières pour les enfants. Il en résulte un système avec beaucoup moins de variations locales qu'un lecteur habitué à la common law ne pourrait s'y attendre, mais où le numéro précis de l'article, et l'année de sa dernière modification, font l'essentiel du travail.
L'autre élément qui surprend les nouveaux venus est l'ampleur de ce qui, dans le droit de la famille français, se déroule désormais en dehors d'un tribunal. Un divorce non contesté peut être finalisé par acte sous seing privé, avec un notaire et sans juge. La pension alimentaire transite, par défaut, par un intermédiaire public plutôt que d'être versée directement d'un parent à l'autre. Cette section explique le fonctionnement de chaque volet du domaine et renvoie à la page détaillée correspondante.
Informations vérifiées pour la dernière fois le 20 juillet 2026. Cette page présente des informations juridiques générales, et non un avis juridique.
Former un couple : le PACS
Parmi les trois façons de former un couple en France, celle du milieu, le PACS, est la plus souvent mal comprise. Il s'agit d'un contrat enregistré, gratuit à conclure à la mairie de la résidence commune du couple, ou conclu moyennant des frais chez un notaire, qui conserve l'acte original.
Un partenaire survivant désigné légataire dans un testament est entièrement exonéré des droits de succession français en vertu de l'article 796-0 bis du CGI, sur le même pied qu'un conjoint, et conserve automatiquement un droit gratuit de jouissance du logement commun du couple pendant un an après le décès de l'autre partenaire, le loyer éventuel étant à la charge de la succession. Mais un partenaire de PACS n'est pas automatiquement héritier légal, de sorte que sans testament le survivant n'hérite de rien, et un PACS n'ouvre jamais de droit à une pension de réversion dans aucun régime.
En matière d'adoption, l'écart s'est comblé : depuis la loi n° 2022-219 du 21 février 2022, en vigueur à partir du 23 février 2022, les partenaires de PACS et les concubins peuvent adopter conjointement dans les mêmes conditions que les couples mariés. Mettre fin à un PACS est simple : déclaration conjointe, déclaration unilatérale d'un partenaire par l'intermédiaire d'un commissaire de justice, ou automatiquement dès que l'un des partenaires se marie. Le détail complet figure sur Le PACS en France : comment fonctionne le partenariat civil, et ce qu'il ne vous donne pas.
Mettre fin à un mariage : le divorce par consentement mutuel
La voie dominante pour les époux qui sont d'accord est le divorce sans juge. Depuis le 1er janvier 2017, ils peuvent le finaliser au moyen d'un acte sous seing privé signé par les deux époux et leurs avocats, puis déposé chez un notaire, sans comparaître devant un juge.
Deux règles structurelles l'encadrent. Chaque époux doit être représenté par son propre avocat en vertu de l'article 229-1 du Code civil : un avocat unique partagé n'est pas autorisé et mettrait en péril la validité de la convention. Et il existe un calendrier : la convention signée est généralement transmise au notaire dans les 7 jours suivant la signature, après quoi le notaire dispose de 15 jours pour la déposer, ce qui confère à la convention date certaine et force exécutoire.
Cette voie se ferme si un enfant mineur demande à être entendu par un juge, ou si l'un des époux est placé sous un régime de protection juridique tel que la curatelle ou la tutelle. Un élément de coût important est le droit de partage sur les biens matrimoniaux, tombé à 1,80 pour cent au 1er janvier 2021 puis à 1,10 pour cent au 1er janvier 2022, bien qu'une licitation (une vente forcée) reste à 2,50 pour cent. Pour les époux qui ne s'accordent pas, la voie sans faute fondée sur l'altération définitive du lien conjugal exige désormais une séparation d'un an, contre deux ans auparavant, depuis le 1er janvier 2021. Les deux voies sont détaillées sur Le divorce par consentement mutuel en France : la voie sans juge et l'alternative judiciaire.
Rééquilibrer après le divorce : la prestation compensatoire
Le divorce met fin au devoir de secours entre époux. Ce qui peut lui survivre est un versement de rééquilibrage unique. En vertu de l'article 270 du Code civil, un époux peut être condamné à verser à l'autre une prestation compensatoire destinée à compenser, autant que possible, la disparité que la rupture du mariage crée dans leurs conditions de vie respectives. L'article 270 fixe aussi sa forme générale : le versement a un caractère forfaitaire et prend généralement la forme d'un capital, le montant étant fixé par le juge.
L'article 271 énumère les éléments pris en compte par le juge : les besoins et les ressources de chaque époux, la durée du mariage, l'âge et l'état de santé, les sacrifices de carrière consentis pour le ménage ou pour la carrière de l'autre époux, la situation patrimoniale estimée après liquidation du régime matrimonial, et la situation de chaque époux au regard de sa pension de retraite.
Un versement périodique viager, la rente viagère, constitue l'exception, et elle est régie par l'article 276 plutôt que par l'article 274 (qui ne traite que des formes que peut prendre le capital). Un juge ne peut l'ordonner qu'à titre exceptionnel, par décision spécialement motivée, lorsque l'âge ou l'état de santé du bénéficiaire l'empêche de subvenir à ses propres besoins. Par ailleurs, un juge peut refuser entièrement une prestation compensatoire pour des motifs d'équité, notamment lorsque le divorce est prononcé aux torts exclusifs de l'époux qui la demande. Le régime fiscal dépend du calendrier : un capital versé en numéraire dans les 12 mois suivant le jugement de divorce devenu définitif ouvre droit, pour l'époux qui le verse, à une réduction d'impôt sur le revenu de 25 pour cent, plafonnée sur une base de 30 500 EUR, tandis qu'un capital versé sur une plus longue période, ou une rente, suit au contraire le régime fiscal de la pension alimentaire. Les critères sont expliqués sur La prestation compensatoire lors d'un divorce en France : comment elle fonctionne.
Enfants : l'autorité parentale prime
Tout ce qui concerne les enfants en droit français découle de l'autorité parentale, dont l'exercice est conjoint par défaut en vertu de l'article 372 du Code civil. L'exception principale concerne la filiation tardive : lorsque la filiation d'un second parent est légalement établie plus d'un an après la naissance de l'enfant, ce parent ne partage pas automatiquement l'exercice de l'autorité parentale et doit l'obtenir par une déclaration conjointe ou une décision du juge.
L'exercice conjoint fonctionne en pratique parce que le droit français scinde les décisions en deux catégories. Les décisions courantes, les actes usuels, peuvent être prises par un seul parent ; les décisions importantes, les actes importants, exigent l'accord des deux parents.
Le volet protecteur du régime a été renforcé. Depuis la loi Santiago du 18 mars 2024, une juridiction pénale qui condamne un parent pour un crime ou une agression sexuelle incestueuse commis sur son propre enfant, ou pour un crime commis contre l'autre parent, doit prononcer le retrait total de l'autorité parentale par défaut, sauf à motiver spécialement une décision contraire. L'article 378-2 suspend séparément l'exercice de l'autorité parentale et le droit de visite d'un parent dès que celui-ci est poursuivi ou mis en examen pour viol ou agression sexuelle sur l'enfant, ou pour un crime contre l'autre parent, sans attendre une condamnation, et l'article 378-1 permet un retrait pour des motifs non pénaux. Voir L'autorité parentale en droit de la famille français.
Où vit l'enfant : résidence et garde alternée
La résidence est une question distincte de l'autorité. La garde alternée, plus précisément la résidence alternée, signifie que l'enfant vit alternativement chez chaque parent sur une base approximativement égale. Le juge aux affaires familiales peut l'ordonner à titre provisoire même lorsqu'un parent s'y oppose : la jurisprudence considère que le seul désaccord parental ne suffit pas à l'écarter, et le juge doit identifier en quoi l'intérêt de l'enfant s'y oppose.
Il n'existe aucune présomption en sa faveur. Une proposition visant à faire de la résidence alternée une présomption légale a été débattue au Parlement mais n'a pas été adoptée. L'article 373-2-11 énumère les facteurs pris en compte par le juge, notamment l'implication antérieure de chaque parent, les sentiments de l'enfant lui-même, et toute violence entre les parents.
Les prestations obéissent à leur propre logique. Depuis le 1er décembre 2025, chaque parent d'un enfant en résidence alternée peut réclamer son propre complément de mode de garde (CMG), calculé sur ses propres revenus, plutôt qu'un versement unique partagé. Les allocations familiales constituent une prestation distincte et peuvent être partagées à parts égales sur demande conjointe au moyen du formulaire Cerfa 14000, ce qui n'est pas possible pour le CMG. Voir La garde alternée en France : comment fonctionnent la garde partagée et la résidence alternée.
Payer pour l'enfant : la pension alimentaire
La pension alimentaire est la contribution qu'un parent verse à l'autre après la séparation pour l'entretien de l'enfant, fondée sur l'article 371-2 du Code civil. Deux particularités surprennent souvent. L'obligation ne s'éteint pas automatiquement lorsque l'enfant atteint 18 ans : elle se poursuit tant que l'enfant devenu majeur ne peut subvenir à ses propres besoins. Et depuis le 1er janvier 2023, la plupart des pensions sont versées automatiquement par l'intermédiation financière de l'ARIPA, via la CAF ou la MSA, et non plus directement entre les parents ; les deux parents doivent conjointement accepter d'y renoncer, et cette renonciation est totalement exclue en cas d'allégation de violences.
L'exécution forcée peut aller jusqu'au pénal. Ne pas verser plus de deux mois de versements ordonnés par un tribunal constitue le délit d'abandon de famille, puni de deux ans d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. Une pension peut également être indexée sur le coût de la vie. Les modalités figurent sur La pension alimentaire en France : règles, versement et exécution.
Le montant provient du barème du ministère de la Justice, qui soustrait du revenu mensuel net du parent débiteur un montant forfaitaire indexé sur le RSA pour une personne seule, puis applique un pourcentage déterminé par le nombre d'enfants et le mode de garde. Ce plancher, 652 euros après la revalorisation du 1er avril 2026, suit le RSA et évolue à chaque revalorisation de celui-ci ; il ne doit donc jamais être considéré comme fixe. Le barème n'est qu'indicatif : le juge aux affaires familiales n'est pas lié par lui. Des exemples chiffrés figurent sur Comment calculer la pension alimentaire en France : le barème officiel.
Par où commencer
Si un mariage prend fin, commencez par la page sur le divorce par consentement mutuel, puis lisez celle sur la prestation compensatoire, car cette dernière ne prend tout son sens qu'une fois connue la voie de divorce applicable. Si des enfants sont concernés, lisez l'autorité parentale avant la résidence, et la résidence avant la pension alimentaire, chacune conditionnant la suivante. Les autres domaines du droit français sont indexés sur le guide juridique de la France.
Questions fréquentes
Le PACS offre-t-il la même protection que le mariage en France ?
Non. Un partenaire de PACS survivant désigné légataire dans un testament est entièrement exonéré des droits de succession français en vertu de l'article 796-0 bis du CGI, exactement comme un conjoint survivant. Mais un partenaire de PACS n'est pas automatiquement héritier légal, de sorte que sans testament ce partenaire n'hérite de rien, et un PACS n'ouvre jamais de droit à une pension de réversion dans aucun régime de retraite.
Peut-on divorcer en France sans passer par un tribunal ?
Souvent, oui. Depuis le 1er janvier 2017, les époux qui s'accordent sur le divorce et sur l'ensemble de ses modalités peuvent le finaliser par un acte sous seing privé signé par les deux époux et leurs avocats, puis déposé chez un notaire. Chaque époux doit avoir son propre avocat en vertu de l'article 229-1 du Code civil ; un avocat unique partagé n'est pas autorisé. Cette voie se ferme si un enfant mineur demande à être entendu par un juge, ou si l'un des époux est placé sous un régime de protection tel que la curatelle ou la tutelle.
La prestation compensatoire est-elle la même chose que la pension alimentaire ?
Non. La prestation compensatoire est due entre anciens époux et vise à compenser la disparité que la rupture du mariage crée dans leurs conditions de vie, en vertu de l'article 270 du Code civil. La pension alimentaire est due pour un enfant, en vertu de l'article 371-2, à titre de contribution à son entretien et à son éducation. Elles sont décidées selon des critères différents, calculées différemment, et imposées différemment.
La garde partagée en France signifie-t-elle que personne ne paie de pension alimentaire ?
Pas automatiquement. Le barème officiel utilisé par les tribunaux français comprend un taux réduit pour la résidence alternée, précisément parce qu'une pension peut rester due lorsque les revenus des parents diffèrent. La résidence alternée modifie le calcul, elle ne supprime pas l'obligation sous-jacente.
La pension alimentaire en France s'arrête-t-elle lorsque l'enfant atteint 18 ans ?
Non. L'obligation ne s'éteint pas automatiquement à 18 ans. Elle se poursuit tant que l'enfant devenu majeur est incapable de subvenir à ses propres besoins. Un projet de loi qui étendrait l'intermédiation automatique de l'ARIPA aux enfants majeurs a été adopté par l'Assemblée nationale en mars 2024, mais reste bloqué au Sénat et n'est pas encore entré en vigueur.
Sources et références
- Code civil, article 515-1, définition du contrat de PACS(legifrance.gouv.fr).gov
- Code général des impôts, article 796-0 bis, exonération des droits de succession pour le conjoint survivant et le partenaire de PACS(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 229-1, divorce sans juge par acte sous seing privé, obligation d'un avocat distinct pour chaque époux(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 229-2, exclusions du divorce sans juge, demande d'audition de l'enfant mineur et régime de protection juridique(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 270, objet de la prestation compensatoire et le capital comme forme par défaut(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 271, critères pris en compte par le juge pour fixer la prestation compensatoire(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 372 (exercice conjoint de l'autorité parentale par défaut ; exception de la filiation tardive)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 378, tel que modifié par la loi n° 2024-233 du 18 mars 2024 (loi Santiago ; retrait total par défaut en cas de condamnation)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 373-2-9 (résidence fixée en alternance ; pouvoir du juge d'ordonner une résidence alternée à titre provisoire)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 371-2 (obligation de chaque parent de contribuer à l'entretien et à l'éducation de l'enfant)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 274, formes que peut prendre le capital de la prestation compensatoire(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 276, forme exceptionnelle de rente viagère de la prestation compensatoire(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 378-2 (suspension automatique de l'exercice et du droit de visite en cas de poursuites ou de mise en examen)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 378-1 (retrait de l'autorité parentale pour des motifs non pénaux)(legifrance.gouv.fr).gov