Arbres et haies en limite de propriété en France : les distances de plantation expliquées

Les plantations en limite de propriété en France sont régies par des chiffres précis, et les voisins se trompent sur ce point plus souvent que sur presque toute autre règle de la vie immobilière. Le Code civil fixe deux distances simples pour déterminer à quelle proximité un arbre ou une haie peut se trouver de la ligne séparant deux propriétés, ajoute un ensemble de règles distinctes pour les branches et les racines qui débordent sur la limite, et considère une haie plantée sur la ligne elle-même comme étant en copropriété. Bien respecter les mètres au moment de la plantation coûte bien moins cher qu'un litige des années plus tard.
Cette page explique les distances de plantation prévues à l'article 671, le droit de suppression de l'article 672 et son exception de 30 ans, les règles sur les branches et les racines de l'article 673, le fonctionnement d'une haie mitoyenne (une haie sur la limite appartenant aux deux voisins), et le bornage qui fixe d'abord la ligne elle-même. Pour le cadre plus général du droit du voisinage, consultez le guide des litiges de voisinage et la page sur les litiges de voisinage en général.
Informations vérifiées pour la dernière fois le 22 juillet 2026. Cette page présente des informations juridiques générales, et non un conseil juridique.
Les distances de plantation de deux mètres et d'un demi-mètre (article 671)
L'article 671 du Code civil fixe la règle centrale. Sauf réglementation locale ou usage local constant contraire, un arbre, un arbrisseau ou un arbuste dont la hauteur dépasse 2 mètres doit être planté à au moins 2 mètres de la ligne séparative entre les deux propriétés. Une plante qui reste à 2 mètres ou moins peut être plantée à au moins 0,5 mètre de la limite.
Deux détails de mesure tranchent la plupart des litiges. La hauteur se compte depuis le sol jusqu'au sommet de la plante, de sorte qu'un arbre qui dépasse 2 mètres avec le temps peut passer de la tranche des 0,5 mètre à celle des 2 mètres. La distance elle-même se mesure depuis le milieu du tronc, et non depuis les branches extérieures ou le bord du feuillage.
Le même article permet de palisser des plantes contre un mur séparatif en espalier, sans distance minimale, à condition qu'elles ne dépassent pas le sommet du mur. C'est le seul cas où la règle de distance ne s'applique pas à une plante placée contre la limite.
Quand un arbre est trop proche : réduction et suppression (article 672)
Si un voisin a planté à une distance inférieure à la distance légale, l'article 672 vous offre un recours. Vous pouvez exiger que l'arbre, l'arbrisseau ou l'arbuste litigieux soit arraché, ou réduit à la hauteur autorisée par l'article précédent. En pratique, cela signifie qu'une plante située dans la tranche des 0,5 mètre peut être ramenée à 2 mètres de hauteur ou supprimée si elle a été plantée trop près.
Ce droit n'est pas automatique dans tous les cas. L'article 672 préserve trois moyens de défense pour le voisin : un titre accordant le droit de conserver la plante à cet endroit, une disposition d'origine établie lorsque les deux propriétés ne formaient qu'un seul fonds, et la prescription trentenaire, la règle des 30 ans décrite dans la section suivante.
Lorsqu'aucun de ces moyens de défense ne s'applique, la voie habituelle est une demande écrite de taille ou de suppression, suivie si nécessaire d'une saisine du tribunal judiciaire. Un tribunal peut ordonner la suppression et, dans certains cas, des dommages et intérêts pour le préjudice causé par la plantation.
L'exception des 30 ans (prescription trentenaire)
La raison la plus fréquente pour laquelle un arbre trop proche peut légalement rester en place est le temps. Si une plantation se trouve en infraction avec la distance légale, de façon apparente et sans interruption, pendant 30 ans, le voisin acquiert le droit de la conserver. C'est la prescription trentenaire, et elle constitue un moyen de défense face au droit de suppression prévu à l'article 672.
Les 30 années courent à partir du moment où l'infraction est devenue visible, par exemple lorsqu'un arbre situé dans la tranche du demi-mètre a dépassé pour la première fois les 2 mètres. Tolérer une plante empiétant pendant des décennies a donc des conséquences juridiques : le droit d'en exiger la suppression peut être perdu même si la distance n'a jamais été respectée.
En revanche, le droit d'agir contre les branches et les racines qui traversent la limite, prévu à l'article 673, est expressément imprescriptible. Aucun écoulement du temps ne l'éteint. Cette différence compte : un arbre peut devenir impossible à supprimer après 30 ans, alors que ses branches surplombantes peuvent toujours faire l'objet d'une action, à tout moment.
Branches surplombantes et racines envahissantes (article 673)
L'article 673 établit une distinction nette entre les branches et les racines, et les lecteurs l'inversent fréquemment.
Pour les branches qui surplombent votre propriété, vous pouvez contraindre le propriétaire à les couper, mais vous ne pouvez pas les couper vous-même. L'obligation de taille incombe au propriétaire de l'arbre. Si une demande informelle échoue, une mise en demeure écrite puis, en dernier recours, une décision de justice constituent la voie appropriée. Les fruits qui tombent naturellement de ces branches sur votre terrain vous appartiennent.
Pour les racines, ronces et brindilles qui avancent sur votre terrain, la règle s'inverse : vous pouvez les couper vous-même, au niveau de la ligne de démarcation. Vous n'avez pas besoin de l'autorisation du propriétaire pour cela, et comme indiqué plus haut, ce droit ne s'éteint jamais avec le temps.
Bien distinguer les deux évite une erreur coûteuse. Couper vous-même une branche surplombante appartenant à un voisin, au lieu d'exiger que le propriétaire le fasse, peut vous exposer à une action, alors même que couper vous-même une racine envahissante est parfaitement licite.
Les haies mitoyennes sur la limite
Une haie est traitée comme toute autre plantation lorsqu'elle se trouve d'un seul côté de la limite : les distances de 2 mètres et de 0,5 mètre de l'article 671 s'y appliquent. Mais une haie plantée sur la limite elle-même est différente. Elle est présumée être une haie mitoyenne, une haie en copropriété, en vertu des règles de mitoyenneté du Code civil.
Une haie mitoyenne appartient aux deux voisins et est entretenue par les deux à frais partagés. Chaque voisin taille la face de la haie de son côté, et les produits de la haie sont partagés. Comme elle se trouve sur la ligne plutôt qu'en retrait, les distances de plantation ne s'appliquent pas.
Un copropriétaire peut supprimer une haie mitoyenne jusqu'à sa propre limite de propriété, mais uniquement à condition de construire un mur sur cette limite (Code civil, article 668) ; à défaut, il ne peut pas l'arracher unilatéralement. Chaque propriétaire peut exiger qu'une haie mitoyenne conservée soit correctement entretenue. Si une haie se trouve sur le terrain d'un seul propriétaire plutôt que sur la limite, elle lui appartient en propre, et les règles ordinaires de distance et de taille s'appliquent.
Le bornage : fixer d'abord la limite (article 646)
De nombreux litiges de plantation sont en réalité des litiges sur l'emplacement de la limite. L'article 646 du Code civil apporte la réponse : l'un ou l'autre voisin peut exiger un bornage, la délimitation formelle de la ligne entre deux propriétés. Il s'agit d'une action distincte de tout litige sur les distances ou les branches.
Un bornage est normalement réalisé par un géomètre-expert, qui identifie la ligne, pose des bornes, et rédige un procès-verbal que les propriétaires signent. Réalisé d'un commun accord, il s'agit d'un bornage amiable ; si un voisin refuse, un tribunal peut ordonner un bornage judiciaire.
Fixer la ligne en premier est souvent la démarche la plus sensée. Une distance mesurée depuis le milieu d'un tronc ne signifie rien tant que les deux voisins ne sont pas d'accord sur l'endroit où passe réellement la ligne par rapport à laquelle la distance est mesurée.
Des règles locales peuvent modifier les distances
Les chiffres de 2 mètres et de 0,5 mètre ne s'appliquent que si aucune règle locale ou usage local constant ne dispose autrement. L'article 671 renvoie expressément aux réglementations particulières et aux usages locaux constants et reconnus, et un document d'urbanisme local (le plan local d'urbanisme, ou PLU) ou un règlement municipal peut fixer des distances différentes pour une commune donnée.
Avant de planter près d'une limite, il vaut la peine de vérifier auprès de la mairie si une règle ou un usage local modifie les chiffres par défaut. Lorsqu'une règle locale valable existe, elle prévaut sur les distances générales du Code civil.
Comment résoudre un litige de plantation
La plupart des litiges de plantation entre voisins se résolvent mieux sans passer par un tribunal. La séquence habituelle est une démarche informelle, puis une demande écrite (une lettre recommandée exposant l'article invoqué et ce qui est demandé), et enfin, seulement en dernier recours, une action en justice.
Pour de nombreux petits litiges de voisinage, une tentative de résolution amiable devant un conciliateur de justice (un conciliateur bénévole et gratuit) est requise avant que le tribunal judiciaire puisse être saisi. Le conciliateur rencontre les parties, tente de trouver un accord, et consigne tout règlement obtenu.
Si la conciliation échoue, le tribunal judiciaire connaît de l'affaire. Il peut ordonner qu'un arbre soit réduit ou supprimé, exiger la taille de branches, confirmer une limite par bornage, ou accorder des dommages et intérêts. Pour le cadre général d'escalade applicable dans l'ensemble du droit du voisinage, consultez la page sur les litiges de voisinage, et pour d'autres sujets juridiques français, commencez par France.
Questions fréquentes
À quelle distance de la limite de mon voisin puis-je planter un arbre en France ?
En vertu de l'article 671 du Code civil, un arbre, un arbrisseau ou un arbuste dont la hauteur dépasse 2 mètres doit être planté à au moins 2 mètres de la ligne séparative entre les deux propriétés. Une plante qui reste à 2 mètres ou moins peut être plantée jusqu'à 0,5 mètre de la limite. La hauteur se compte depuis le sol jusqu'au sommet de la plante, et la distance se mesure depuis le milieu du tronc. Des règles ou des usages locaux constants peuvent fixer des chiffres différents, il vaut donc la peine de vérifier auprès de votre commune avant de planter.
Puis-je couper les branches de mon voisin qui surplombent mon jardin ?
Non. L'article 673 vous permet de contraindre votre voisin à couper les branches qui surplombent votre terrain, mais il ne vous permet pas de couper ces branches vous-même. Vous devez demander au propriétaire de les tailler, par écrit si une demande informelle échoue, et s'il refuse, vous pouvez demander une décision au tribunal judiciaire. La règle est différente pour les racines, ronces et brindilles qui traversent la limite : celles-ci, vous avez le droit de les couper vous-même, au niveau de la limite. Les fruits qui tombent naturellement des branches surplombantes vous appartiennent.
L'arbre de mon voisin est bien trop proche de la limite mais il est là depuis des années. Puis-je encore le faire supprimer ?
Peut-être pas. L'article 672 vous donne le droit d'exiger qu'une plante placée à une distance inférieure à la distance légale soit arrachée ou réduite à la hauteur autorisée. Ce droit est mis en échec par un titre, par une disposition d'origine établie, ou par la prescription trentenaire, c'est-à-dire lorsque la plantation a poussé en infraction avec la distance et a été tolérée pendant 30 ans. Une fois 30 années de non-conformité visible et ininterrompue écoulées, le voisin peut conserver l'arbre où il se trouve.
Qui est responsable d'une haie qui pousse sur la limite elle-même ?
Une haie plantée directement sur la ligne séparative est présumée être une haie mitoyenne, une haie en copropriété, de sorte que les deux voisins la possèdent et l'entretiennent ensemble et partagent le coût de l'entretien. Chaque côté est taillé par le voisin de ce côté. Comme elle se trouve sur la limite plutôt qu'en retrait, les distances de 2 mètres et de 0,5 mètre de l'article 671 ne s'y appliquent pas. Chaque propriétaire peut demander que la haie mitoyenne soit entretenue, et aucun des deux ne peut la supprimer sans l'accord de l'autre.
Que dois-je faire en premier si je ne connais pas l'emplacement exact de la limite ?
Demandez un bornage. Il s'agit de la délimitation formelle de la ligne de propriété, régie par l'article 646 du Code civil, et l'un ou l'autre voisin peut l'exiger. Un géomètre-expert identifie la ligne, pose des bornes, et rédige un procès-verbal que les deux propriétaires signent. Faire cela en premier est important, car un litige de distance de plantation ne peut être réglé tant que tout le monde n'est pas d'accord sur l'emplacement réel de la ligne. Si le voisin refuse un bornage amiable, un tribunal peut ordonner un bornage judiciaire.
Sources et références
- Code civil, article 671 (distances de plantation : 2 mètres et 0,5 mètre)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 672 (droit d'exiger l'arrachage ou la réduction ; titre, disposition des lieux, prescription trentenaire)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 673 (branches surplombantes, racines, ronces et brindilles)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 668 (droit du copropriétaire de supprimer une haie mitoyenne, sous réserve de construire un mur)(legifrance.gouv.fr).gov
- Code civil, article 646 (bornage : fixer la limite de propriété)(legifrance.gouv.fr).gov
- Service-Public : Plantations (haies, arbres, arbustes), fiche F614(service-public.gouv.fr).gov
- Service-Public : Bornage d'un terrain, fiche F3037(service-public.gouv.fr).gov
- Code civil, section 1 : Du mur et du fossé mitoyens (articles 653 à 673)(legifrance.gouv.fr).gov