La diffamation en Belgique : calomnie, diffamation et la fusion prévue en 2026

Le droit belge de la diffamation établit une distinction qui déroute presque tout le monde, sauf ceux qui l'ont étudiée : la calomnie et la diffamation ne sont pas la même infraction, et celle qui s'applique peut déterminer si la vérité de ce qui a été dit est même pertinente.
Les deux infractions figurent dans le même ancien chapitre du Code pénal, les articles 443 à 452, aux côtés de la fausse dénonciation écrite traitée plus en détail sur une page distincte et de l'infraction plus générale d'injure. Aujourd'hui, la plupart des litiges de diffamation en Belgique sont en réalité menés comme des actions civiles en dommages et intérêts plutôt que comme des poursuites pénales, et cette voie civile a changé de façon significative au début de 2025. Un changement supplémentaire et plus vaste survient le 1er septembre 2026, lorsqu'un tout nouveau Code pénal fusionne en une seule les deux infractions pénales que cette page explique.
Informations vérifiées pour la dernière fois le 21 juillet 2026. Cette page fournit des informations juridiques générales et ne constitue pas un conseil juridique pour un cas individuel.
Calomnie contre diffamation : la distinction établie par l'article 443
L'article 443 du Code pénal définit l'infraction comme le fait d'imputer méchamment à une personne un fait précis susceptible de porter atteinte à son honneur ou de l'exposer au mépris public. Ce que l'article scinde ensuite en deux, c'est la question de savoir si la loi permet à l'accusé de prouver que ce fait est vrai.
Lorsque la loi admet la preuve du fait imputé, et que l'imputation s'avère fausse ou n'est pas prouvée, l'infraction est appelée calomnie. Lorsque la loi n'admet pas du tout la preuve du fait imputé, même s'il s'avère vrai, l'infraction est appelée diffamation, et la vérité de ce qui a été dit n'est tout simplement pas une défense.
C'est cette distinction qui piège les gens. Dans le langage courant, la calomnie paraît être l'infraction la plus grave et la diffamation la moins grave, mais la différence juridique porte en réalité sur le point de savoir si la vérité peut même être invoquée, et non sur la question de savoir quelle imputation est la pire.
La peine et ce que signifie la publicité : l'article 444
L'article 444 fixe une seule peine pour la calomnie comme pour la diffamation : un emprisonnement de 8 jours à 1 an, assorti d'une amende. Comme pour toute amende inscrite dans le Code pénal, le montant figurant dans l'article n'est pas celui réellement infligé par un tribunal ; les décimes additionnels le multiplient, actuellement par un facteur de dix depuis le 1er février 2026.

La publicité fait partie de ce qui transforme une imputation en cette infraction. Dire quelque chose de préjudiciable à la seule personne concernée, en privé, est différent du fait de le dire là où cela peut se répandre, que ce soit devant témoins, dans une publication, ou en ligne. L'ancien chapitre, qui s'étend de l'article 443 à l'article 452, contient également le détail procédural et les défenses spécifiques qui peuvent s'appliquer, aux côtés de deux infractions connexes traitées ailleurs sur cette page et sur une page complémentaire : une plainte écrite malveillante et mensongère aux autorités, et la simple injure.
L'injure sans fait imputé : l'article 448
L'article 448 punit l'injure : une insulte qui n'impute absolument aucun fait précis. Cela diffère encore de la calomnie comme de la diffamation, qui exigent toutes deux l'imputation d'un fait susceptible de porter atteinte à l'honneur de quelqu'un. Une insulte sans aucun contenu factuel, un langage purement outrageant, relève de l'article 448, avec sa propre peine, plus légère, de 8 jours à 2 mois assortie d'une amende.
La plainte malveillante et mensongère : une infraction distincte
Une plainte écrite, malveillante et mensongère, adressée aux autorités constitue une infraction à part, la dénonciation calomnieuse, punie à l'article 445 d'un emprisonnement de 15 jours à 6 mois assorti d'une amende. Comme elle diffère suffisamment de la calomnie et de la diffamation ordinaires pour mériter sa propre explication, notamment sur ce qui la distingue et ce qu'elle exige réellement, elle fait l'objet de sa propre page : voir notre page sur la dénonciation calomnieuse aux autorités en Belgique.
Aujourd'hui, la plupart des actions en diffamation sont civiles, et la règle civile a changé en 2025
Une grande partie de ce qui ressemble à un litige de diffamation en Belgique ne débouche jamais sur des poursuites pénales. Il est réglé par une action civile en dommages et intérêts, historiquement fondée sur la règle générale de responsabilité pour faute qui figurait autrefois à l'article 1382 de l'ancien Code civil.

L'article 1382 est aujourd'hui abrogé. Le Livre 6 du Code civil, introduit par la loi du 7 février 2024 et publié au Moniteur belge le 1er juillet 2024, est entré en vigueur le 1er janvier 2025 et régit désormais la responsabilité extracontractuelle, y compris la diffamation poursuivie au civil. La règle générale de la faute figure à l'article 6.5, et la faute elle-même est définie à l'article 6.6.
Ce qui compte, c'est la date du fait dommageable, et non la date d'introduction de l'action. Une déclaration diffamatoire faite à partir du 1er janvier 2025 relève du nouveau cadre des articles 6.5 et 6.6. Une déclaration faite avant cette date reste jugée sous l'ancien article 1382, même si l'action civile à ce sujet est introduite bien après l'entrée en vigueur du Livre 6. Considérer qu'une action civile en diffamation actuelle relève uniquement de l'article 1382, sans se demander quand la déclaration a réellement été faite, risque d'aboutir à l'application d'un droit entièrement erroné.
Une particularité belge : le délit de presse et la Cour d'assises
Une caractéristique réellement distinctive du droit belge de la diffamation est de nature procédurale. Un délit de presse, une infraction commise par voie de presse, a traditionnellement été renvoyé devant la Cour d'assises, la juridiction normalement réservée aux crimes les plus graves, plutôt que devant un tribunal correctionnel ordinaire.
Il existe une exception notable : un délit de presse motivé par le racisme ou la xénophobie est correctionnalisé, ce qui signifie qu'il est traité par les tribunaux correctionnels ordinaires plutôt que renvoyé devant la Cour d'assises. Cette particularité a façonné la façon dont les affaires de diffamation liées à la presse sont réellement poursuivies en Belgique, car renvoyer une affaire ordinaire devant la juridiction réservée aux crimes les plus graves constitue en soi un obstacle pratique important.

Ce qui change le 1er septembre 2026
Un tout nouveau Code pénal, publié le 8 avril 2024 et devant désormais entrer en vigueur le 1er septembre 2026 après un report par rapport à une date initiale d'avril 2026, restructure le droit pénal belge autour de huit niveaux de peine, appelés niveaux, à la place de l'ancienne répartition tripartite entre crime, délit et contravention.

Pour la diffamation, le changement ne se limite pas à une renumérotation. Le nouveau code fusionne la calomnie et la diffamation, la distinction même que cette page vient d'expliquer, en une seule infraction appelée calomnie, à l'article 240. La distinction fondée sur la vérité entre les deux infractions actuelles disparaît avec cette fusion. L'article 445, la plainte malveillante et mensongère, devient l'article 242, et l'article 448, la simple injure, devient l'article 244.
La nouvelle infraction de l'article 240 se situe au niveau 1, le plus bas des huit niveaux de peine, qui ne comporte aucune peine d'emprisonnement dans le nouveau code, mais uniquement des peines telles qu'une amende, une peine de travail, une probation, une confiscation, ou une déclaration de culpabilité sans peine. Si vous lisez ceci après le 1er septembre 2026, recherchez ces nouveaux numéros d'article plutôt que 443, 444 et 448.
Cette page décrit le droit belge général de la diffamation, tant pénal que civil, et ne constitue pas un conseil juridique pour une situation individuelle. Le fait qu'une déclaration donnée constitue une calomnie, une diffamation, ou aucune de ces deux infractions, dépend des faits exacts, et le droit change substantiellement le 1er septembre 2026. Vérifiez le texte en vigueur sur ejustice.just.fgov.be, ou consultez un avocat, avant d'agir sur la base de ce qui précède.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre la calomnie et la diffamation en droit belge ?
La calomnie consiste à imputer un fait que la loi permet à l'accusé d'essayer de prouver, lorsque cette imputation s'avère fausse ou non prouvée. La diffamation consiste à imputer un fait que la loi ne permet pas du tout de prouver, de sorte que la vérité n'est pas une défense, même si la déclaration s'avère exacte.
Quelle est la peine encourue pour diffamation en Belgique ?
L'article 444 du Code pénal fixe un emprisonnement de 8 jours à 1 an assorti d'une amende, pour la calomnie comme pour la diffamation. En raison du multiplicateur des décimes additionnels, actuellement de dix, l'amende réellement infligée est bien supérieure au montant brut inscrit dans l'article.
Puis-je intenter une action en diffamation en Belgique sans procédure pénale ?
Oui, et c'est ainsi que la plupart des litiges de diffamation sont réglés. Une action civile en dommages et intérêts, désormais régie par les articles 6.5 et 6.6 du Livre 6 du Code civil pour les faits survenus à partir du 1er janvier 2025, ne nécessite pas de condamnation pénale.
L'ancien article 1382 s'applique-t-il encore aux actions en diffamation ?
Seulement aux faits survenus avant le 1er janvier 2025. Le Livre 6 du Code civil, en vigueur depuis cette date, régit les déclarations diffamatoires faites après, avec la règle générale de la faute désormais à l'article 6.5 et la faute définie à l'article 6.6.
Insulter quelqu'un est-il la même infraction que la diffamation en Belgique ?
Non. L'article 448 punit l'injure, une insulte sans aucun fait précis imputé, séparément et plus légèrement que la calomnie ou la diffamation, qui exigent toutes deux l'imputation d'un fait susceptible de porter atteinte à l'honneur de quelqu'un.
Pourquoi certaines affaires belges de diffamation sont-elles jugées par la Cour d'assises ?
Un délit de presse a traditionnellement été jugé devant la Cour d'assises plutôt que devant un tribunal correctionnel ordinaire, avec une exception : un délit de presse motivé par le racisme ou la xénophobie est correctionnalisé et traité par les juridictions pénales ordinaires.
Le droit belge de la diffamation va-t-il changer ?
Oui, de façon substantielle. Un nouveau Code pénal entrant en vigueur le 1er septembre 2026 fusionne la calomnie et la diffamation en une seule infraction à l'article 240, placée au niveau de peine le plus bas, le niveau 1, qui ne comporte aucune peine de prison dans le nouveau code.
Sources et références
- Code pénal, texte coordonné (articles 443 à 452, atteintes portées à l'honneur ou à la considération des personnes)(ejustice.just.fgov.be).gov
- Code pénal du 8 juin 1867, Livre II, titres VI, VIbis et VII (coordination officieuse en langue allemande, comprend le titre VII)(etaamb.openjustice.be).gov
- Constitution belge, texte coordonné (article 150, jury pour les délits de presse)(ejustice.just.fgov.be).gov
- Loi du 7 février 2024 introduisant le Livre 6 "La responsabilité extracontractuelle" du Code civil(ejustice.just.fgov.be).gov
- Loi du 29 février 2024 introduisant le Livre II du Code pénal(etaamb.openjustice.be).gov
- SPF Justice, Réforme du Code pénal(justice.belgium.be).gov
- SPF Justice, Nouveau Code pénal : entrée en vigueur reportée au 1er septembre 2026(justice.belgium.be).gov
- SPF Justice, Réforme du Code civil(justice.belgium.be).gov