Les normes d'emploi au Canada, province par province

Au Canada, la plupart des règles quotidiennes qui protègent les travailleurs, comme le salaire minimum, les heures supplémentaires, les vacances et le préavis de cessation d'emploi, ne sont pas établies par une seule loi nationale. Elles sont établies séparément par chaque province et territoire. C'est l'un des aspects les plus mal compris du droit du travail canadien, et cela importe parce que les détails peuvent varier considérablement selon l'endroit où travaille l'employé.
Cet aperçu explique le fonctionnement du système provincial et territorial des normes d'emploi, ce que ces lois couvrent habituellement, et pourquoi une règle qui s'applique dans une province ne s'applique pas nécessairement dans une autre. Pour les travailleurs qui échappent entièrement à ce système, consultez la section sur les employés de compétence fédérale ci-dessous.
Pourquoi les normes d'emploi sont établies au niveau provincial
En vertu du partage constitutionnel des pouvoirs au Canada, les relations de travail et d'emploi relèvent en grande partie de la compétence provinciale. Chaque province et territoire a adopté sa propre loi sur les normes d'emploi et créé son propre organisme d'application pour l'administrer. Il n'existe aucune « loi canadienne unique sur les normes d'emploi » qui s'applique d'un océan à l'autre.
Cela signifie qu'un employeur ayant des bureaux dans plus d'une province doit se conformer à un ensemble différent de règles minimales à chaque endroit. Cela signifie également qu'un travailleur qui déménage d'une province à une autre, même pour le même employeur, peut voir son seuil d'heures supplémentaires, son droit aux vacances ou son préavis de cessation d'emploi changer.
Une petite partie de la main-d'œuvre échappe entièrement à cette mosaïque provinciale. Les employés des banques, des compagnies aériennes, des entreprises de transport interprovincial et international, des entreprises de télécommunications et de radiodiffusion, et de quelques autres industries de compétence fédérale sont régis par le Code canadien du travail plutôt que par la loi sur les normes d'emploi de leur province. Selon des sources du gouvernement fédéral, ce groupe représente environ 6% des employés canadiens. Consultez la page sur les employés de compétence fédérale pour une explication complète de qui fait partie de cette catégorie et en quoi leurs règles diffèrent.
Pour des renseignements généraux sur la structure du droit du travail canadien, consultez le droit du travail au Canada.
Ce que couvrent habituellement les normes d'emploi
Même si les chiffres précis varient, chaque loi provinciale et territoriale sur les normes d'emploi aborde un ensemble similaire de sujets fondamentaux :
Salaire minimum. Chaque province et territoire fixe son propre salaire horaire minimum, et la plupart le révisent ou l'ajustent au moins une fois par année. Certaines provinces établissent également des règles de salaire minimum différentes pour des groupes particuliers, comme les étudiants ou le personnel servant de l'alcool.
Heures de travail et heures supplémentaires. Ces lois fixent des limites quotidiennes et hebdomadaires d'heures et définissent le moment où la rémunération des heures supplémentaires s'applique, ainsi que le taux de majoration (habituellement une fois et demie le taux régulier). Le seuil des heures supplémentaires, et le fait qu'il soit mesuré quotidiennement, hebdomadairement ou les deux, est l'un des domaines où les provinces divergent le plus (voir l'exemple ci-dessous).
Vacances et jours fériés. Les provinces fixent un nombre minimal de semaines de vacances payées (souvent croissant selon les années de service) et un pourcentage minimal d'indemnité de vacances, ainsi qu'une liste de jours fériés payés.
Congés. La plupart des provinces garantissent un congé non payé et protégé pour des situations comme la maladie personnelle, un deuil, la violence familiale ou sexuelle, et les soins à un membre de la famille gravement malade. Le congé de maternité et le congé parental relèvent également des provinces (indépendamment des prestations fédérales d'assurance-emploi qui peuvent les financer), sauf pour les employés de compétence fédérale, dont les congés proviennent du Code canadien du travail.
Préavis et indemnité de cessation d'emploi. Les lois sur les normes d'emploi fixent une période de préavis minimale prévue par la loi (ou une indemnité en tenant lieu) qui augmente selon la durée de service, ainsi que des règles pour les licenciements collectifs et, dans certaines provinces, une indemnité de départ pour les employés ayant une plus longue ancienneté. Pour un examen plus approfondi du fonctionnement des préavis lorsqu'un employeur met fin à la relation sans motif, consultez la cessation d'emploi sans motif.
Heures de travail et heures supplémentaires : un même sujet traité différemment
Les heures supplémentaires illustrent bien pourquoi les « normes d'emploi au Canada » ne peuvent pas être réduites à un seul ensemble de chiffres.
En Ontario, en vertu de l'Employment Standards Act, 2000, la plupart des employés ont droit à une rémunération des heures supplémentaires après 44 heures de travail au cours d'une même semaine de travail, calculée de façon hebdomadaire plutôt que quotidienne, à 1,5 fois leur taux de salaire régulier.
En Alberta, en vertu de l'Employment Standards Code, la règle générale est souvent appelée la « règle du 8/44 ». Les heures supplémentaires correspondent au plus élevé des deux montants suivants : les heures travaillées au-delà de 8 heures par jour ou les heures travaillées au-delà de 44 heures par semaine, également rémunérées à 1,5 fois le taux de salaire régulier (une disposition distincte permet aussi, par entente, un congé payé au lieu d'une rémunération des heures supplémentaires).
En Colombie-Britannique, en vertu de l'Employment Standards Act, les employés sont généralement rémunérés à 1,5 fois leur salaire régulier pour les heures travaillées au-delà de 8 heures par jour (jusqu'à 12 heures) et au double du taux régulier au-delà de 12 heures par jour, en plus d'un seuil hebdomadaire de 40 heures.
Ces trois approches (uniquement hebdomadaire, le plus élevé entre le seuil quotidien ou hebdomadaire, et un système à paliers combinant le quotidien et l'hebdomadaire) ne sont pas interchangeables, et aucune d'elles ne décrit la règle applicable dans toutes les autres provinces. Le Québec, les provinces de l'Atlantique et les territoires établissent chacun leurs propres seuils en vertu de leurs propres lois. Quiconque a besoin d'une réponse précise pour un emploi en particulier devrait vérifier la règle actuelle sur la page officielle des normes d'emploi de sa province ou de son territoire, puisque les seuils, les taux et les exemptions peuvent également changer d'une année à l'autre.
Les normes d'emploi sont des minimums, pas des maximums
La loi sur les normes d'emploi d'une province établit le plancher, pas le plafond. Les employeurs sont toujours libres d'offrir plus que le minimum prévu par la loi, et plusieurs le font, par un contrat de travail, une lettre d'offre, une politique d'entreprise ou une convention collective.
Cela importe surtout dans deux domaines. Premièrement, un contrat de travail écrit peut promettre plus de vacances, plus de congés payés ou une période de préavis de cessation d'emploi plus longue que ce qu'exige la loi applicable, et si c'est le cas, la clause du contrat prévaut généralement (un employeur ne peut pas invoquer la loi pour justifier le versement d'un montant inférieur à ce que promet le contrat). Deuxièmement, en vertu de la common law qui s'applique dans la plupart du Canada à l'extérieur du Québec, les tribunaux peuvent accorder à un employé congédié un « délai de congé raisonnable » souvent considérablement plus long que le minimum prévu par la loi, selon des facteurs comme l'âge, la durée de service, le poste occupé et la facilité à trouver un emploi comparable. Le minimum prévu par la loi est le plancher légal qu'un employeur ne doit jamais franchir vers le bas, mais ce n'est pas nécessairement le dernier mot sur ce qui est dû à l'employé.
Exemptions et règles particulières
Les lois sur les normes d'emploi ne s'appliquent pas de façon uniforme à tous les travailleurs. La plupart des provinces exemptent certaines catégories d'employés d'une partie ou de la totalité des règles standards, notamment :
- Les cadres et superviseurs, particulièrement en ce qui concerne la rémunération des heures supplémentaires, lorsque leurs fonctions sont véritablement de nature de gestion ou de supervision
- Certains professionnels autorisés (dans certaines provinces, des fonctions comme les avocats, les médecins et certaines autres professions réglementées)
- Certains travailleurs agricoles, selon la province
- Les travailleurs autonomes, qui ne sont pas du tout des « employés » au sens de ces lois, bien que l'étiquette utilisée par une entreprise ne détermine pas si un travailleur est légalement un entrepreneur ou un employé
La liste exacte des catégories exemptées, et la façon dont chaque exemption est définie, n'est pas la même dans toutes les provinces. Un titre de poste à lui seul ne détermine pas si une exemption s'applique. Ce qui compte, c'est la nature réelle du travail effectué, ce qui explique pourquoi les litiges portant sur les exemptions (particulièrement l'exemption des cadres pour les heures supplémentaires) sont fréquents.
Lois sur les normes d'emploi et organismes d'application par province et territoire
| Province / Territoire | Loi sur les normes d'emploi | Organisme d'application |
|---|---|---|
| Ontario | Employment Standards Act, 2000 | Ministère du Travail, de l'Immigration, de la Formation et du Développement des compétences |
| Colombie-Britannique | Employment Standards Act | Direction des normes d'emploi |
| Alberta | Employment Standards Code | Normes d'emploi de l'Alberta |
| Québec | Act respecting labour standards | CNESST (Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail) |
| Manitoba | The Employment Standards Code | Division des normes d'emploi |
| Saskatchewan | The Saskatchewan Employment Act (Part II) | Division des normes d'emploi |
| Nouvelle-Écosse | Labour Standards Code | Division des normes du travail |
| Nouveau-Brunswick | Employment Standards Act | Direction des normes d'emploi |
| Terre-Neuve-et-Labrador | Labour Standards Act | Division des normes du travail |
| Île-du-Prince-Édouard | Employment Standards Act | Direction des normes d'emploi, Division des relations de travail et industrielles |
| Yukon | Employment Standards Act | Direction des normes d'emploi |
| Territoires du Nord-Ouest | Employment Standards Act | Bureau des normes d'emploi (Éducation, Culture et Emploi) |
| Nunavut | Labour Standards Act | Bureau de conformité aux normes du travail |
Ce tableau présente la loi générale pour chaque juridiction. Certaines provinces ont également des lois distinctes pour des secteurs particuliers (la construction, par exemple, est souvent traitée différemment), et l'Act respecting labour standards du Québec ne s'applique pas aux travailleurs déjà couverts par le Code canadien du travail.
Ce qu'il en est pour les quelque 6% d'employés de compétence fédérale
Les employés des banques, du transport aérien et d'autres modes de transport aérien, du transport ferroviaire, routier et maritime interprovincial et international, des pipelines qui traversent une frontière provinciale, des entreprises de télécommunications et de radiodiffusion, ainsi que de certaines sociétés d'État comme Postes Canada, relèvent du Code canadien du travail plutôt que de la loi sur les normes d'emploi de leur province. Leur salaire minimum, leurs heures de travail, leurs heures supplémentaires, leurs vacances, leurs congés et les règles relatives à la cessation d'emploi proviennent de la législation fédérale et sont appliqués au niveau fédéral, et non provincial. Pour un portrait complet de qui est couvert et de la façon dont les règles fédérales se comparent, consultez les employés de compétence fédérale.
Trouver les règles applicables à une situation précise
Comme la loi applicable dépend entièrement de la province ou du territoire (et, pour une petite partie des travailleurs, de la compétence fédérale à la place), l'approche la plus fiable consiste d'abord à déterminer la bonne juridiction, puis à consulter directement l'organisme officiel des normes d'emploi de cette juridiction. Chaque province et territoire mentionné dans le tableau ci-dessus publie sur son site Web gouvernemental officiel les taux de salaire minimum actuels, les règles sur les heures supplémentaires, les droits aux congés et les procédures de plainte, et ces renseignements sont mis à jour périodiquement, de sorte qu'il est plus fiable de vérifier la version actuelle pour la province concernée que de se fier à un résumé général.
Les travailleurs qui croient que leur employeur n'a pas respecté les normes minimales applicables peuvent généralement déposer une plainte auprès de l'organisme d'application de leur province ou territoire, dont la plupart enquêtent sur les plaintes et peuvent ordonner à un employeur de verser le salaire, les heures supplémentaires ou d'autres montants dus.
Avertissement
Cet article fournit des renseignements généraux sur la structure des lois sur les normes d'emploi à travers le Canada. Il ne constitue pas un avis juridique et ne décrit pas chaque règle, exemption ou modification récente dans chaque province ou territoire. Les taux, seuils et droits prévus par les normes d'emploi changent périodiquement. Quiconque a une question précise concernant son milieu de travail devrait consulter l'organisme officiel des normes d'emploi de sa province ou de son territoire, ou un avocat qualifié en droit du travail, pour obtenir des conseils adaptés à sa situation.
Questions fréquentes
Existe-t-il une seule loi nationale sur les normes d'emploi pour tout le Canada?
Non. Les normes d'emploi sont établies séparément par chacune des 10 provinces et des 3 territoires, en vertu de sa propre loi et de son propre organisme d'application. Seule une petite partie des travailleurs, ceux employés dans des industries de compétence fédérale comme les banques, les compagnies aériennes et le transport interprovincial, sont régis par une seule loi fédérale, le Code canadien du travail.
Quels sujets les lois provinciales sur les normes d'emploi couvrent-elles habituellement?
La plupart des lois provinciales et territoriales couvrent le salaire minimum, les heures de travail et les heures supplémentaires, les vacances et les jours fériés, les congés protégés, ainsi que le préavis ou l'indemnité de cessation d'emploi. Les chiffres et les seuils précis pour chaque sujet varient d'une province à l'autre.
Les heures supplémentaires débutent-elles après le même nombre d'heures dans toutes les provinces?
Non. Par exemple, l'Ontario calcule généralement les heures supplémentaires après 44 heures dans une semaine de travail, l'Alberta applique le plus élevé entre 8 heures par jour ou 44 heures par semaine, et la Colombie-Britannique applique 8 heures par jour (avec un taux plus élevé après 12 heures) en plus d'un seuil hebdomadaire de 40 heures. Vérifiez toujours la règle actuelle pour la province concernée.
Un employeur peut-il payer moins que le minimum prévu par les normes d'emploi de la province si l'employé accepte?
Généralement non. Les normes d'emploi établissent un plancher légal auquel la plupart des employés ne peuvent renoncer par entente, même s'ils y consentent. Un employeur peut toujours offrir plus que le minimum, par un contrat ou une politique, mais accepter moins que le minimum prévu par la loi n'est généralement pas exécutoire.
Tous les employés sont-ils couverts par la loi sur les normes d'emploi de leur province?
La plupart, mais pas tous. Les exemptions courantes comprennent les cadres et superviseurs (particulièrement pour les heures supplémentaires), certains professionnels autorisés, certains travailleurs agricoles et les travailleurs autonomes. Les exemptions précises varient d'une province à l'autre, et le titre de poste à lui seul ne détermine pas si une exemption s'applique.
Qui applique les normes d'emploi si un employeur ne les respecte pas?
Chaque province et territoire a son propre organisme d'application, comme le Ministère du Travail de l'Ontario, la Direction des normes d'emploi de la Colombie-Britannique, ou la CNESST au Québec. Les employés peuvent généralement déposer une plainte auprès de l'organisme concerné, qui peut enquêter et ordonner à un employeur de verser les montants dus.
Sources et références
- Rémunération des heures supplémentaires : votre guide de la Employment Standards Act (Ministère du Travail, de l'Immigration, de la Formation et du Développement des compétences de l'Ontario)(ontario.ca).gov
- Rémunération des heures supplémentaires : normes d'emploi (Province de la Colombie-Britannique)(gov.bc.ca).gov
- Règles des normes d'emploi : heures supplémentaires et rémunération des heures supplémentaires (Alberta.ca)(alberta.ca).gov
- Act respecting labour standards : guide d'interprétation (CNESST)(cnesst.gouv.qc.ca).gov
- Normes du travail fédérales (Gouvernement du Canada)(canada.ca).gov
- Normes d'emploi (Manitoba)(gov.mb.ca).gov
- Normes d'emploi (Gouvernement de la Saskatchewan)(saskatchewan.ca).gov
- Droits en matière d'emploi / Division des normes du travail (Nouvelle-Écosse)(novascotia.ca).gov
- Normes d'emploi (Gouvernement du Nouveau-Brunswick)(gnb.ca).gov
- Normes du travail et de l'emploi au Nunavut (Gouvernement du Nunavut)(gov.nu.ca).gov