Garde partagée et la règle du 40% en pension alimentaire

Les arrangements de garde partagée sont fréquents partout au Canada, et de nombreux parents séparés présument qu'en partageant le temps de façon à peu près égale, la pension alimentaire pour enfants disparaît ou est simplement coupée de moitié. Ce n'est pas ainsi que la loi fonctionne. Une règle précise, souvent appelée la « règle du 40% », détermine quand un arrangement de garde partagée change la façon dont la pension alimentaire est calculée, et même dans ce cas, le calcul est plus nuancé qu'un simple partage égal.
Cette page explique l'article 9 des Lignes directrices fédérales sur les pensions alimentaires pour enfants, la façon dont les tribunaux comptabilisent le temps parental, et pourquoi la décision de la Cour suprême du Canada dans Contino v Leonelli-Contino a rejeté toute formule automatique. Pour en savoir plus sur les tables des lignes directrices elles-mêmes, voir comment fonctionnent les tables fédérales. Pour les frais qui s'ajoutent au montant de base de la table, comme les frais de garde ou les frais médicaux, voir les frais particuliers et extraordinaires.
Ce que dit vraiment l'article 9
L'article 9 des Lignes directrices fédérales sur les pensions alimentaires pour enfants s'applique lorsque chaque parent exerce « pas moins de 40% du temps parental » avec un enfant au cours d'une année. Une fois ce seuil atteint, le montant de table habituel prévu par les lignes directrices ne s'applique pas automatiquement. Le montant de la pension alimentaire doit plutôt être déterminé en tenant compte de trois éléments ensemble : les montants de table que chaque parent paierait autrement selon son revenu, les coûts accrus d'un arrangement de garde partagée, et la situation, les moyens, les besoins et les autres circonstances de chaque parent et de l'enfant.
Il s'agit d'un véritable écart par rapport à la façon habituelle dont la pension alimentaire pour enfants fonctionne. Dans un arrangement typique où un parent a la majorité du temps parental, généralement plus de 60%, le revenu du parent payeur est appliqué à la table de pension alimentaire applicable, et c'est la fin du calcul, sous réserve des frais particuliers. L'article 9 remplace cette approche mécanique par un examen discrétionnaire plus large, une fois la garde partagée établie.
Le seuil de 40% et la façon dont le temps est comptabilisé
Quarante pour cent d'une année représente environ 146 jours. Les tribunaux n'exigent pas un partage exactement égal sur le plan mathématique, mais ils exigent une preuve du temps réel que l'enfant passe sous la garde de chaque parent, et non seulement ce qu'indique un plan parental écrit.
Le temps que l'enfant passe à l'école ou à la garderie pendant qu'un parent a la garde et la surveillance compte tout de même dans le pourcentage de ce parent. Certaines décisions considèrent principalement les nuitées comme indicateur pratique, d'autres considèrent les heures d'éveil ou un calcul plus large de qui est réellement responsable de l'enfant pendant une période donnée. Il n'existe aucune formule unique appliquée par tous les tribunaux, et le parent qui invoque l'article 9 porte généralement le fardeau de prouver que le seuil est atteint.
Comme la différence entre, disons, 39% et 41% peut changer tout le calcul, ce seuil est fortement contesté devant les tribunaux. Un horaire parental qui paraît presque égal sur papier peut quand même ne pas atteindre 40% une fois que les vacances d'été, le temps avec la famille élargie ou les variations informelles par rapport au plan écrit sont pris en compte. Les parents qui invoquent l'article 9 devraient conserver un registre clair et contemporain de l'horaire réellement suivi, plutôt que de présumer que le plan parental écrit sera déterminant.
Comment la pension alimentaire est calculée : trois facteurs, pas une formule
Une fois le seuil de 40% atteint, l'article 9 demande au tribunal de soupeser trois facteurs ensemble, plutôt que d'appliquer une seule formule.
Les montants de table pour les deux parents. Le point de départ habituel consiste à trouver le montant de table que chaque parent paierait selon son propre revenu, comme si l'autre parent avait la majorité du temps parental, puis à compenser les deux montants l'un par rapport à l'autre. On parle souvent du montant de « compensation ». Cela reconnaît au parent ayant le revenu le plus élevé le fait qu'il assume directement des coûts pendant son propre temps parental.
Les coûts accrus de la garde partagée. Maintenir deux résidences toutes deux aménagées pour l'enfant, avec des chambres séparées, des vêtements, des fournitures et des activités, coûte généralement plus cher au total qu'un seul foyer principal jumelé à un horaire de visite. Les tribunaux examinent si l'arrangement partagé a réellement augmenté les coûts globaux et comment ces coûts se répartissent entre les parents.
La situation, les moyens, les besoins et les circonstances. Il s'agit du facteur le plus large. Il permet au tribunal d'examiner le budget réel de chaque parent, tout écart de revenu, les besoins de l'enfant, et si une compensation stricte laisserait l'enfant avec un niveau de vie sensiblement plus bas dans un foyer que dans l'autre.
Aucun de ces trois facteurs ne fonctionne comme une formule rigide à lui seul. Comment fonctionnent les tables fédérales explique les tables provinciales et territoriales sous-jacentes qui alimentent le premier facteur, mais l'article 9 traite ces tables comme une donnée d'entrée, et non comme une réponse finale.
Contino v Leonelli-Contino : aucune présomption de simple compensation
L'autorité de principe sur la façon dont ces trois facteurs interagissent est la décision de 2005 de la Cour suprême du Canada dans Contino v Leonelli-Contino, 2005 SCC 63. La Cour a statué qu'il n'existe aucune présomption en faveur d'une simple compensation entre les deux montants de table, ni aucune présomption que le montant de table des lignes directrices continue de s'appliquer intégralement malgré la garde partagée.
Le calcul de la compensation n'est qu'un point de départ pour l'analyse. Le tribunal doit ensuite examiner les coûts accrus réels de l'arrangement partagé et la situation financière réelle des deux foyers, y compris tout écart de revenu entre les parents. La Cour a décrit l'objectif sous-jacent comme un niveau de soutien équitable pour l'enfant et des contributions équitables des deux parents, et non une simple soustraction mécanique de deux chiffres.
En pratique, cela signifie qu'une simple compensation peut être ajustée à la hausse ou à la baisse selon les faits. Un parent au revenu nettement plus élevé peut quand même être condamné à payer davantage que le simple montant de compensation si une compensation stricte laissait l'enfant vivre à un niveau sensiblement plus bas dans le foyer à revenu moindre. Il n'existe aucun raccourci qui évite un examen véritable du budget réel des deux parents.
Garde partagée et garde répartie : ne pas confondre les deux
La garde partagée prévue à l'article 9 est souvent confondue avec la garde répartie prévue à l'article 8 des lignes directrices, mais les deux visent des situations différentes.
La garde partagée (article 9) s'applique lorsqu'il y a un enfant, ou un groupe d'enfants traités ensemble, et que chaque parent a ce même enfant ou ces mêmes enfants au moins 40% du temps. La garde répartie (article 8) s'applique lorsqu'il y a deux enfants ou plus et que chaque parent a la majorité du temps parental avec au moins l'un d'eux, par exemple lorsqu'un enfant plus âgé vit principalement avec un parent et qu'un frère ou une sœur plus jeune vit principalement avec l'autre.
La garde répartie prévue à l'article 8 utilise une compensation simple : le montant de table de chaque parent est calculé comme si une ordonnance alimentaire était demandée contre lui pour l'enfant ou les enfants sous la garde de l'autre parent, et la différence est payée par le parent au montant le plus élevé. Contrairement à l'article 9, l'article 8 n'intègre pas la même pondération discrétionnaire des coûts accrus et des circonstances individuelles. Les deux articles ont été conçus pour des situations factuelles différentes et ne devraient pas être appliqués de façon interchangeable.
Pièges courants dans les litiges de pension alimentaire en garde partagée
Quelques problèmes récurrents surviennent dans les litiges de pension alimentaire en garde partagée.
Ne pas atteindre tout à fait 40% est le problème le plus fréquent. Si le temps parental réel se chiffre à, disons, 38% plutôt que 40%, l'article 9 ne s'applique pas du tout, et le montant de table habituel basé sur le revenu du parent qui gagne le plus s'applique intégralement, peu importe le degré d'implication quotidienne de ce parent par ailleurs.
Les parents présument parfois qu'un horaire presque égal signifie automatiquement qu'il n'y a que peu ou pas de pension alimentaire due. Comme l'article 9 tient explicitement compte de l'écart de revenu et des coûts accrus, un horaire véritablement partagé à 50/50 entre des parents aux revenus très différents peut quand même donner lieu à une obligation alimentaire importante pour le parent qui gagne le plus.
Se fier uniquement au plan parental écrit, plutôt qu'à l'horaire réellement suivi, est un autre problème courant. Les tribunaux examinent ce qui s'est réellement passé, de sorte qu'un plan prévoyant un partage 50/50 sur papier n'est pas concluant si un parent finit régulièrement par assumer une plus grande part des soins réels.
Enfin, les frais particuliers ou extraordinaires, traités séparément dans les frais particuliers et extraordinaires, s'ajoutent au montant déterminé selon l'article 9, quel qu'il soit. Ils ne sont pas intégrés au calcul de base.
Pour un aperçu plus large du fonctionnement de la pension alimentaire pour enfants à travers le pays, y compris les variations provinciales, voir les lois canadiennes sur la pension alimentaire pour enfants et le droit canadien par province.
Avis de non-responsabilité
Cet article fournit des renseignements généraux sur l'article 9 des Lignes directrices fédérales sur les pensions alimentaires pour enfants et ne constitue pas un avis juridique. Les résultats en matière de pension alimentaire dépendent des faits propres à la situation de chaque famille, y compris l'horaire parental réellement suivi, le revenu des deux parents et les besoins des enfants. Toute personne ayant une question sur la pension alimentaire en contexte de garde partagée devrait consulter un avocat en droit de la famille ou le service d'aide juridique de sa province.
Questions fréquentes
La pension alimentaire cesse-t-elle si la garde est partagée à 50/50 ?
Non. Selon l'article 9 des Lignes directrices fédérales sur les pensions alimentaires pour enfants, les tribunaux tiennent quand même compte du revenu de chaque parent, des coûts accrus de la garde partagée, et des moyens et besoins de chaque parent. Une obligation alimentaire importante peut quand même exister même avec un partage égal du temps, surtout lorsque les revenus des parents diffèrent de façon importante.
Comment le seuil de 40% en pension alimentaire est-il calculé ?
Les tribunaux examinent le temps réel que l'enfant passe sous la garde de chaque parent sur une année complète, et non seulement ce qu'indique un plan parental écrit. Quarante pour cent représente environ 146 jours par année. Le temps passé à l'école ou à la garderie pendant qu'un parent a la garde et la surveillance compte tout de même dans le pourcentage de ce parent, et il n'existe aucune formule unique appliquée par tous les tribunaux.
Que se passe-t-il si le temps parental est juste en dessous de 40%, comme 38% ?
Si le temps parental réel d'un parent est inférieur à 40%, l'article 9 ne s'applique pas du tout. Le montant de table habituel basé sur le revenu du parent qui gagne le plus s'applique intégralement, peu importe la part des soins quotidiens que ce parent assume par ailleurs.
Le montant de compensation en garde partagée est-il automatique ?
Non. La Cour suprême du Canada a statué dans Contino v Leonelli-Contino, 2005 SCC 63, qu'une simple compensation entre les montants de table des deux parents n'est qu'un point de départ, et non une présomption. Les tribunaux doivent quand même examiner les coûts accrus réels de la garde partagée et la situation réelle de chaque foyer.
Quelle est la différence entre la garde partagée et la garde répartie ?
La garde partagée, prévue à l'article 9, s'applique lorsque chaque parent a le même enfant ou les mêmes enfants au moins 40% du temps. La garde répartie, prévue à l'article 8, s'applique lorsqu'il y a deux enfants ou plus et que chaque parent a la majorité du temps parental avec au moins l'un d'eux. Les deux dispositions utilisent des méthodes de calcul différentes.
Sources et références
- Lignes directrices fédérales sur les pensions alimentaires pour enfants, SOR/97-175, article 9 (Temps parental partagé)(laws-lois.justice.gc.ca).gov
- Lignes directrices fédérales sur les pensions alimentaires pour enfants, SOR/97-175, article 8 (Temps parental réparti)(laws-lois.justice.gc.ca).gov
- Contino v Leonelli-Contino, 2005 SCC 63(canlii.org)
- Ministère de la Justice Canada, Les Lignes directrices fédérales sur les pensions alimentaires pour enfants : étape par étape, étape 3 : Déterminer l'arrangement relatif au temps parental(justice.gc.ca).gov
- Ministère de la Justice Canada, Les Lignes directrices fédérales sur les pensions alimentaires pour enfants : étape par étape, étape 6 : Trouver le montant de table(justice.gc.ca).gov
- Lignes directrices fédérales sur les pensions alimentaires pour enfants, SOR/97-175, texte intégral du règlement(laws-lois.justice.gc.ca).gov