Lois camerounaises sur la diffamation : civile, pénale et défenses

La diffamation au Cameroun constitue à la fois une infraction civile et pénale. L'article 305 du Code pénal (loi n° 2016/007) punit l'atteinte à l'honneur ou à la réputation d'autrui d'une peine d'emprisonnement et d'une amende, tandis que la loi n° 2010/012 relative à la cybersécurité et à la cybercriminalité régit la diffamation en ligne et électronique.
La diffamation est-elle civile ou pénale au Cameroun ?
La diffamation au Cameroun est traitée à la fois comme une infraction pénale et comme un délit civil. L'infraction pénale est prévue à l'article 305 du Code pénal (loi n° 2016/007 du 12 juillet 2016), qui punit quiconque porte atteinte à l'honneur ou à la réputation d'autrui par l'imputation, directe ou indirecte, de faits que la personne ne peut prouver. Le Cameroun étant un État bijuridique, les poursuites pénales suivent le Code pénal et le Code de procédure pénale, tandis qu'une victime peut également poursuivre une indemnisation civile, soit en se constituant partie civile dans la procédure pénale, soit en engageant une action civile distincte. La diffamation en ligne est en outre régie par la loi n° 2010/012 du 21 décembre 2010 relative à la cybersécurité et à la cybercriminalité. En pratique, une personne diffamée au Cameroun peut donc rechercher une condamnation pénale, des dommages-intérêts civils, ou les deux.
Qu'est-ce qui constitue une diffamation ?
En vertu de l'article 305 du Code pénal, la diffamation est constituée par l'atteinte à l'honneur ou à la réputation d'autrui au moyen de l'imputation, directe ou indirecte, de faits que l'auteur ne peut prouver. L'imputation doit viser une personne précise et être communiquée à des tiers. Le droit camerounais distingue la diffamation, qui consiste à alléguer un fait précis, de l'injure, qui est une expression outrageante ou méprisante n'imputant pas un fait déterminé. Lorsque des propos méprisants visent des agents publics ou des organismes publics, le Code pénal traite cette conduite comme une forme d'outrage à l'autorité. Les mêmes peines de diffamation s'appliquent que la déclaration soit orale, écrite, imprimée dans la presse, diffusée par voie audiovisuelle, ou distribuée par tout moyen destiné à atteindre le public, de sorte que les articles de journaux, les émissions de radio et de télévision et les publications en ligne relèvent tous de l'infraction.

Diffamation pénale et peines
L'article 305 érige la diffamation en infraction pénale passible d'un emprisonnement de six jours à six mois et d'une amende de 5 000 à 2 000 000 FCFA, ou de l'une de ces deux peines seulement. Le tableau ci-dessous résume les principales dispositions.
| Disposition | Comportement | Peine |
|---|---|---|
| Code pénal, art. 305 (diffamation) | Atteinte à l'honneur ou à la réputation par l'imputation d'un fait non prouvable | Emprisonnement de 6 jours à 6 mois et/ou amende de 5 000 à 2 000 000 FCFA |
| Code pénal, art. 305(3) (limites de l'exception de vérité) | Interdit la preuve de la vérité concernant la vie privée, des faits de plus de 10 ans, des affaires amnistiées ou effacées | Restreint l'exception de justification |
| Loi 2010/012, art. 78 (fausse publication électronique) | Publication d'informations fausses par voie de communication électronique | Emprisonnement de 6 mois à 2 ans et/ou amende de 5 000 000 à 10 000 000 FCFA |
Attention : l'article 78 de la loi de 2010 sur la cybercriminalité double la peine lorsque la fausse publication vise à troubler l'ordre public, de sorte que la même déclaration diffusée en ligne peut entraîner une peine bien plus lourde qu'une diffamation ordinaire dans la presse écrite.
Quelles défenses sont disponibles ?
La défense centrale à une accusation de diffamation consiste à prouver que les faits imputés sont vrais, l'infraction prévue à l'article 305 reposant sur l'imputation de faits que l'auteur ne peut prouver. Cette défense est considérablement restreinte par l'article 305(3), qui prévoit qu'aucune preuve de la vérité ne peut être offerte lorsque la déclaration concerne la vie privée de la personne diffamée, renvoie à un fait vieux de plus de dix ans, ou concerne une infraction amnistiée ou une condamnation effacée. Au-delà de la vérité, un prévenu peut invoquer la bonne foi, c'est-à-dire que la déclaration a été faite à une occasion légitime, sans malveillance et sur une base raisonnable, et peut se prévaloir de l'absence de publication ou d'identification. Le compte rendu fidèle et exact de procédures publiques, ainsi que les déclarations faites dans l'exercice de fonctions officielles ou judiciaires, bénéficient d'une immunité selon les principes généraux.
Réparations et dommages-intérêts
Une condamnation pénale pour diffamation peut entraîner l'emprisonnement, une amende, ou les deux, dans les limites fixées par l'article 305. Outre la sanction pénale, la victime constituée partie civile peut se voir accorder des dommages-intérêts par le tribunal correctionnel afin de compenser l'atteinte à sa réputation, et une personne préférant la voie purement civile peut réclamer des dommages-intérêts selon les principes généraux de la responsabilité délictuelle. Les tribunaux évaluent l'indemnisation civile en fonction de la gravité de l'allégation, de l'étendue de la publication et du préjudice subi, et l'article 305 ne fixe aucun plafond légal fixe. La poursuite dépendant généralement d'une plainte de la partie lésée, le plaignant peut également retirer sa plainte, ce qui met fin à la procédure pénale, une possibilité souvent utilisée lorsque les parties parviennent à un règlement ou lorsque le défendeur présente une rétractation ou des excuses.

Délai de prescription
Les délais applicables à une affaire de diffamation au Cameroun dépendent de la voie choisie, poursuite pénale ou action civile. Les infractions de presse et de diffamation sont soumises aux délais de prescription courts prévus par le Code de procédure pénale et les règles applicables en matière de presse, de sorte qu'un plaignant devrait agir promptement après la publication plutôt que de présumer qu'un long délai reste ouvert. Une action civile en dommages-intérêts est régie par les règles de prescription ordinaires applicables aux actions civiles, distinctes des délais pénaux. Le délai précis pouvant dépendre de la qualification retenue et de la voie procédurale choisie, une personne diffamée devrait considérer le délai comme court et chercher à déposer une plainte ou une action en justice rapidement après avoir eu connaissance de la publication.
Diffamation en ligne et sur les réseaux sociaux
Les déclarations diffamatoires publiées en ligne au Cameroun peuvent être poursuivies à la fois comme diffamation ordinaire en vertu de l'article 305 du Code pénal et en vertu de la loi n° 2010/012 du 21 décembre 2010 relative à la cybersécurité et à la cybercriminalité. L'article 78 de cette loi punit l'usage de communications électroniques pour publier de fausses informations d'un emprisonnement de six mois à deux ans et d'une amende de 5 000 000 à 10 000 000 FCFA, ou de l'une de ces deux peines seulement, et double la peine lorsque l'objectif est de troubler l'ordre public. Les publications sur les réseaux sociaux, la messagerie, les blogs et l'actualité en ligne relèvent de ces dispositions, et la loi de 2010 est considérée comme l'un des cadres les plus détaillés et répressifs de la région en matière d'expression en ligne. Une personne diffamée en ligne peut engager une plainte pénale, une action civile en dommages-intérêts, ou les deux, et la priorité pratique consiste souvent à obtenir le retrait du contenu.
Comment introduire une action en diffamation
Une affaire pénale de diffamation au Cameroun débute généralement par une plainte de la partie lésée auprès de la police, de la gendarmerie ou du procureur de la République, la poursuite pour diffamation exigeant généralement cette plainte. L'affaire est ensuite portée devant les juridictions pénales selon le Code de procédure pénale, et la victime peut se constituer partie civile pour réclamer des dommages-intérêts dans le cadre de la même procédure. Une personne préférant un recours civil peut à la place saisir les juridictions civiles en dommages-intérêts selon les principes généraux de la responsabilité délictuelle, en invoquant les propos diffamatoires, leur publication et le préjudice causé. Le plaignant pouvant retirer une plainte pénale, de nombreux litiges se règlent par rétractation, excuses ou transaction avant le procès. Compte tenu des délais de prescription courts, une action rapide après la publication est importante.

Frequently Asked Questions
La diffamation est-elle une infraction pénale au Cameroun ?
Oui. L'article 305 du Code pénal (loi n° 2016/007) fait de la diffamation une infraction pénale punissable d'un emprisonnement de six jours à six mois et d'une amende de 5 000 à 2 000 000 FCFA, ou de l'une de ces deux peines seulement. La diffamation en ligne peut également être poursuivie en vertu de la loi de 2010 sur la cybersécurité et la cybercriminalité.
Quelle est la peine pour diffamation au Cameroun ?
En vertu de l'article 305 du Code pénal, la peine est un emprisonnement de six jours à six mois et une amende de 5 000 à 2 000 000 FCFA, ou l'une de ces deux peines seulement. Les fausses publications électroniques en vertu de l'article 78 de la loi n° 2010/012 sont punies d'un emprisonnement de six mois à deux ans et d'amendes pouvant atteindre 10 000 000 FCFA.
La vérité est-elle une défense à la diffamation au Cameroun ?
La vérité peut constituer une défense car l'infraction repose sur l'imputation de faits que l'auteur ne peut prouver. Toutefois, l'article 305(3) interdit la preuve de la vérité lorsque la déclaration concerne la vie privée, un fait vieux de plus de dix ans, ou une infraction amnistiée ou une condamnation effacée.
Comment poursuivre en diffamation au Cameroun ?
Une affaire pénale débute généralement par une plainte auprès de la police, de la gendarmerie ou du procureur de la République, la poursuite exigeant généralement la plainte de la victime. La victime peut réclamer des dommages-intérêts en se constituant partie civile dans la procédure pénale ou engager une action civile distincte devant les juridictions civiles.
Le droit camerounais couvre-t-il la diffamation en ligne ?
Oui. Les déclarations diffamatoires en ligne peuvent être poursuivies en vertu de l'article 305 du Code pénal et de la loi n° 2010/012 du 21 décembre 2010 relative à la cybersécurité et à la cybercriminalité, dont l'article 78 punit les fausses publications électroniques et double la peine lorsque l'objectif est de troubler l'ordre public.
Quelle est la différence entre diffamation et injure au Cameroun ?
La diffamation en vertu de l'article 305 consiste à imputer un fait précis portant atteinte à l'honneur ou à la réputation, tandis que l'injure est une expression outrageante ou méprisante n'imputant pas de fait particulier. Les deux sont prévues par le Code pénal, mais constituent des infractions distinctes.
Une plainte pour diffamation peut-elle être retirée au Cameroun ?
Oui. La poursuite pour diffamation exigeant généralement une plainte de la partie lésée, ce plaignant peut retirer sa plainte, ce qui met fin à la procédure pénale. Cette possibilité est couramment utilisée lorsque les parties transigent ou que le défendeur présente des excuses ou une rétractation.
Sources and References
- Code pénal du Cameroun (loi n° 2016/007 du 12 juillet 2016), incl. art. 305 sur la diffamation(wipo.int).gov
- Guide Carter-Ruck sur le droit des médias au Cameroun (peines de l'art. 305, limites de l'exception de vérité de l'art. 305(3), civil et pénal)(carter-ruck.com)
- Loi n° 2010/012 du 21 décembre 2010 relative à la cybersécurité et à la cybercriminalité (diffamation en ligne et électronique, art. 78)(dig.watch)
- Profil pays Octopus du Conseil de l'Europe, politiques de cybercriminalité du Cameroun et loi 2010/012(coe.int).gov
- Reporters sans frontières, journalistes camerounais détenus dans des affaires de diffamation (application de l'art. 305)(rsf.org)
- IFEX, journalistes camerounais détenus dans des affaires de diffamation(ifex.org)