Loi européenne sur les cookies (directive ePrivacy) expliquée (2026)

Par Équipe éditoriale de Recording Law30 min de lecture
Loi européenne sur les cookies (directive ePrivacy) expliquée (2026)

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la directive ePrivacy et quel est son rapport avec le RGPD ?

La directive ePrivacy (2002/58/CE, modifiée par la 2009/136/CE) est la loi de l'UE qui régit les cookies, les technologies de suivi et les communications électroniques. Elle fonctionne comme une lex specialis aux côtés du RGPD : la directive encadre l'acte de déposer des cookies sur un appareil, tandis que le RGPD encadre le traitement des données à caractère personnel collectées via ces cookies. Lorsque les deux lois s'appliquent, les règles spécifiques de la directive ePrivacy priment. Le RGPD fixe la norme de consentement que doit respecter l'exigence de consentement aux cookies de la directive ePrivacy.

Le règlement ePrivacy a-t-il été retiré ?

Oui. La Commission européenne a formellement retiré le projet de règlement ePrivacy dans son programme de travail 2025, publié le 11 février 2025. La Commission a déclaré qu'aucun accord n'était attendu de la part des colégislateurs et que la proposition était dépassée au regard des évolutions législatives numériques récentes. La directive ePrivacy existante demeure pleinement en vigueur. Une nouvelle approche de la modernisation des règles relatives aux cookies a été introduite via le Digital Omnibus de novembre 2025, qui propose d'intégrer les règles de consentement aux cookies dans le RGPD plutôt que de remplacer la directive par un règlement distinct.

Que propose le Digital Omnibus de novembre 2025 en matière de cookies ?

Le Digital Omnibus, publié le 19 novembre 2025, propose deux nouveaux articles du RGPD. L'article 88 bis exigerait des options de refus en un clic, d'une visibilité égale à l'acceptation, interdirait les demandes de consentement répétées pendant six mois après un refus, et préserverait l'exemption pour les cookies strictement nécessaires. L'article 88 ter exigerait des sites web qu'ils respectent les signaux de consentement lisibles par machine au niveau du navigateur, permettant aux utilisateurs de définir leurs préférences de confidentialité une seule fois dans leur navigateur plutôt que de cliquer sur chaque bandeau de cookies individuellement. La proposition reste soumise à l'approbation du Parlement européen et du Conseil et n'est pas encore en vigueur.

Quels cookies sont exemptés de l'obligation de consentement ?

Seules deux catégories sont exemptées au titre de l'article 5, paragraphe 3. Premièrement, les cookies utilisés uniquement pour transmettre une communication sur un réseau (acheminement technique). Deuxièmement, les cookies strictement nécessaires pour fournir un service expressément demandé par l'utilisateur, tels que les cookies d'authentification, de panier d'achat et de sécurité. Les cookies d'analyse, publicitaires et la plupart des cookies fonctionnels requièrent tous un consentement. Certains régulateurs nationaux, notamment la CNIL française, autorisent une exemption étroite pour les outils de mesure d'audience de première partie et respectueux de la vie privée, sous conditions strictes.

Les cases de consentement aux cookies précochées sont-elles légales dans l'UE ?

Non. La CJUE a jugé dans l'affaire C-673/17 (Planet49), en octobre 2019, que les cases précochées ne constituent pas un consentement valide pour les cookies. Le consentement exige un acte positif clair. Le défilement de la page ou la poursuite de la navigation sur le site ne constituent pas non plus un consentement valide. Cela s'applique que les données du cookie constituent ou non des données à caractère personnel.

Les murs de cookies de type « consentement ou paiement » sont-ils légaux ?

Cela dépend du contexte. Le CEPD a rendu l'avis 08/2024 en avril 2024, concluant que, « dans la plupart des cas », les grandes plateformes en ligne ne peuvent pas utiliser un modèle de consentement ou paiement, les utilisateurs ne disposant pas d'un véritable choix libre. La Commission européenne est parvenue à la même conclusion concernant Meta en avril 2025. Toutefois, l'avis cible principalement les grandes plateformes, et les autorités nationales n'ont pas interdit de manière uniforme tous les modèles de consentement payant pour les petits éditeurs. L'autorité néerlandaise autorise certains murs de cookies lorsqu'un contenu équivalent est accessible ailleurs. La question demeure non résolue au niveau de l'UE dans son ensemble.

Quelles sanctions un site web peut-il encourir pour des violations de la loi sur les cookies ?

Les sanctions varient selon les pays. La France a infligé des amendes de 325 millions d'euros (Google, 2025) et de 150 millions d'euros (Google, 2021) en s'appuyant sur les dispositions de sanction du RGPD. L'Espagne peut infliger une amende allant jusqu'à 300 000 euros au titre de la LSSI, ou appliquer les amendes du RGPD lorsque des données à caractère personnel sont concernées. Le maximum prévu par le TDDDG allemand est de 300 000 euros, avec des amendes RGPD disponibles pour les violations impliquant des données à caractère personnel. En pratique, la plupart des régulateurs appliquent le cadre du RGPD, jusqu'à 20 millions d'euros ou 4 % du chiffre d'affaires annuel mondial, lorsque les cookies impliquent un traitement de données à caractère personnel.

Les cookies d'analyse comme Google Analytics requièrent-ils un consentement ?

Au titre de la directive ePrivacy, les cookies d'analyse requièrent généralement un consentement. Toutefois, certains régulateurs nationaux ont assoupli cette exigence pour l'analyse de première partie. La CNIL française autorise une exemption pour les cookies de mesure d'audience de première partie sous conditions strictes : les données doivent être agrégées, non partagées avec des tiers, et leur conservation limitée. Les outils tiers comme Google Analytics, qui transfèrent des données à l'extérieur, requièrent systématiquement un consentement dans toutes les juridictions de l'UE.

À quelle fréquence les sites web doivent-ils redemander le consentement aux cookies ?

La directive ePrivacy ne précise pas d'intervalle de renouvellement du consentement. Les orientations nationales varient. La CNIL recommande de redemander le consentement tous les six mois. D'autres autorités suggèrent des intervalles de 12 mois. La proposition de Digital Omnibus, si elle est adoptée, interdirait de redemander le consentement pour une finalité déjà refusée par l'utilisateur pendant au moins six mois. Les organisations devraient également redemander le consentement chaque fois qu'elles ajoutent de nouvelles catégories de cookies ou modifient leurs finalités de traitement.

Mises à jour

Mise à jour majeure : ajout du retrait formel du règlement ePrivacy (programme de travail de la Commission de février 2025), des propositions du Digital Omnibus de novembre 2025 relatives aux cookies (articles 88 bis et 88 ter), des conclusions du groupe de travail du CEPD sur les bandeaux de cookies, de l'avis du CEPD sur les modèles « consentement ou paiement », de l'amende de 325 millions d'euros infligée par la CNIL à Google (2025), et de sections élargies consacrées à l'exécution et aux spécificités nationales.

Sources et références

  1. Directive 2002/58/CE concernant les communications électroniques et la protection de la vie privée (directive ePrivacy)(eur-lex.europa.eu).gov
  2. Directive 2009/136/CE modifiant la directive ePrivacy (modification relative aux cookies)(eur-lex.europa.eu).gov
  3. Affaire C-673/17 de la CJUE (Planet49), norme de consentement aux cookies(curia.europa.eu).gov
  4. Avis 04/2012 du groupe de travail « Article 29 » sur les exemptions de consentement aux cookies(ec.europa.eu).gov
  5. Lignes directrices 05/2020 du CEPD sur le consentement au titre du RGPD(edpb.europa.eu).gov
  6. Règlement (UE) 2016/679, règlement général sur la protection des données (RGPD)(eur-lex.europa.eu).gov
  7. Programme de travail 2025 de la Commission européenne, retrait du règlement ePrivacy(commission.europa.eu).gov
  8. Paquet numérique de l'UE, Commission européenne (Digital Omnibus)(digital-strategy.ec.europa.eu).gov
  9. Rapport du groupe de travail du CEPD sur les bandeaux de cookies (janvier 2023)(edpb.europa.eu).gov
  10. Déclaration du CEPD et du CEPD sur le Digital Omnibus (2026)(edpb.europa.eu).gov
  11. CNIL, lignes directrices sur les cookies et autres dispositifs de suivi(cnil.fr).gov
  12. Lignes directrices du Garante italien sur les cookies (2021)(garanteprivacy.it).gov
  13. LSSI espagnole (loi 34/2002), loi sur les services de la société de l'information(boe.es).gov
  14. BfDI allemand, commissaire fédéral à la protection des données(bfdi.bund.de).gov
  15. Irlande, S.I. n° 336/2011, règlement sur les communications électroniques(irishstatutebook.ie).gov
  16. Telecommunicatiewet néerlandaise(wetten.overheid.nl).gov
  17. France, loi Informatique et Libertés, article 82(legifrance.gouv.fr).gov
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